Géopolitique : Barcelone organise la riposte mondiale anti-Trump
Géopolitique : Sánchez réunit Lula et Sheinbaum face à Trump, Ormuz menace de s'embraser, la Chine creuse ses failles africaines. Vue de Rabat.
Revue de presse du 19 avril 2026
Dernière mise à jour : 09:16
Pendant que Pedro Sánchez tentait samedi à Barcelone de souder une internationale progressiste contre Donald Trump, le détroit d'Ormuz repassait en zone rouge et un trafiquant chinois était condamné au Kenya pour avoir exporté des fourmis vivantes. Trois scènes, trois continents, une même partition : un ordre mondial qui se réécrit sans demander l'avis de personne. Surtout pas celui de Rabat.
Pourquoi Sánchez a-t-il convoqué la gauche mondiale à Barcelone ?
Le Premier ministre espagnol n'a pas fait dans la demi-mesure. Selon Courrier international, il a réuni samedi 18 avril dans la capitale catalane Lula, Claudia Sheinbaum et plusieurs figures de la gauche internationale, anciens et actuels chefs d'État confondus. L'objectif affiché : « défendre la démocratie ». L'objectif réel : poser une banderole anti-Trump assez visible pour exister dans le débat mondial.
Le pari est risqué. Réunir des progressistes pour s'opposer au président américain, c'est admettre qu'aucune institution multilatérale ne fait plus le travail. C'est aussi acter que la diplomatie classique, celle des chancelleries discrètes et des communiqués sibyllins, a cédé la place à la diplomatie de meeting. Sánchez le sait, ses partenaires aussi. Quand on doit organiser un sommet pour rappeler que la démocratie compte, c'est qu'elle ne va pas si bien.
Pour le Maroc, l'image est ambivalente. Rabat a misé ces dernières années sur Washington — accords d'Abraham, soutien américain au plan d'autonomie sur le Sahara, partenariats militaires structurants. Une gauche mondiale qui se cabre contre Trump, c'est un signal à lire attentivement : si demain le pendule politique américain repart vers les démocrates, les acquis diplomatiques marocains ne seront pas tous gravés dans le marbre.
Le détroit d'Ormuz, une fois encore au bord du basculement
La presse internationale citée par Courrier international remettait dans la nuit le détroit d'Ormuz au sommet des préoccupations stratégiques, aux côtés de l'Ukraine et du couple Trump-Musk. Six morts dans une fusillade à Kiev samedi, et toujours cette artère vitale entre Iran et péninsule Arabique qui menace de se boucher.
Pour le Maroc, ce n'est jamais une donnée abstraite. Une crise majeure dans le Golfe, c'est le baril qui s'envole, la facture énergétique qui dérape, le dirham qui s'érode. C'est aussi un déplacement immédiat de l'attention diplomatique américaine vers l'Iran, donc moins de bande passante pour les dossiers maghrébins. Quand Ormuz tousse, Rabat ajuste son budget.
Les analystes étrangers le rappellent depuis des mois : aucune des grandes capitales n'a véritablement les moyens de désamorcer une escalade dans le détroit. La diplomatie européenne y est marginale, la diplomatie chinoise ambivalente, la diplomatie américaine imprévisible. Le scénario du pire, lui, reste parfaitement planifiable.
Un trafic de fourmis qui en dit long sur l'Afrique-Chine
L'histoire pourrait prêter à sourire si elle n'était pas si symptomatique. Selon Courrier international, un ressortissant chinois vient d'être condamné au Kenya pour trafic de fourmis géantes, ces insectes vivants exfiltrés vers l'Asie dans des tubes à essai. Le marché du braconnage d'invertébrés profite, indique le média, de failles juridiques que personne ne se presse de combler.
Derrière l'anecdote, une mécanique connue. L'Afrique fournit, la Chine consomme, et les législations locales courent toujours derrière. L'ivoire avait suscité une mobilisation internationale ; les fourmis n'auront pas droit au même traitement. Pourtant, c'est exactement le même schéma : asymétrie commerciale, capture de la valeur ajoutée hors du continent, État africain spectateur de ses propres ressources.
Le Maroc, qui multiplie les partenariats avec Pékin — infrastructures, énergies renouvelables, automobile —, a tout intérêt à observer comment ses voisins gèrent cette relation. Le piège n'est pas le commerce avec la Chine. Le piège, c'est de signer sans avoir lu les petites lignes.
Ce qu'il faut retenir
Trois lignes de force se dessinent ce dimanche. Une gauche mondiale qui tente de s'organiser hors des cadres institutionnels classiques. Un détroit d'Ormuz qui rappelle que la stabilité énergétique reste suspendue à un fil iranien. Une relation Afrique-Chine qui continue de produire des asymétries, des plus minuscules — un bocal de fourmis — aux plus structurantes. Pour Rabat, qui vient d'engranger une victoire diplomatique sur le Sahara au Conseil de sécurité, le message est clair : les acquis se défendent, ils ne se conservent pas.