Transition énergétique : le Shift Project sonne l'alarme à un an de 2027

Le Shift Project publie 20 chantiers urgents pour décarboner la France. Pendant ce temps, Gus Van Sant filme une Amérique qui craque et l'Iran perd son patrimoine.

Transition énergétique : le Shift Project sonne l'alarme à un an de 2027
Photo de Afonso Coutinho sur Unsplash

Revue de presse du 14 avril 2026
Dernière mise à jour : 07:21

Le Shift Project dégaine un plan de bataille à vingt chantiers. Gus Van Sant filme un homme que le système broie. Une cinéaste iranienne pleure les ruines de sa civilisation. Point commun : des mondes qui savent qu'ils s'effondrent, et qui regardent ailleurs.

Que propose le Shift Project pour décarboner la France avant qu'il ne soit trop tard ?

À un an de la présidentielle de 2027, le centre de réflexion présidé par Jean-Marc Jancovici abat ses cartes. Vingt chantiers, pas un de moins, pour remettre l'économie française sur les rails de la décarbonation. Selon Le Monde, le plan est conçu autour d'un axe inattendu : non pas la vertu écologique, mais la capacité à encaisser les crises.

Le timing n'est pas anodin. Le baril flirte avec des sommets, les tensions géopolitiques étranglent les approvisionnements, et la France continue de financer sa dépendance fossile à crédit. Jancovici ne prend pas de gants : « La hausse des prix à la pompe n'est qu'un apéritif par rapport à ce qui pourrait advenir si la décarbonation n'est pas gérée. » Traduction : ce qui ressemble aujourd'hui à un inconfort passager pourrait devenir un choc structurel.

Le plus frappant dans ce nouveau plan, c'est le diagnostic sous-jacent. Les Français, selon le Shift Project, ne perçoivent pas encore les bénéfices concrets d'une sortie des fossiles. La transition reste abstraite, punitive, lointaine. Le plan tente donc un renversement de perspective : décarboner, ce n'est pas se priver, c'est se prémunir. L'argument de la résilience plutôt que celui du sacrifice. Reste à savoir quel candidat à l'Élysée osera s'en emparer — sans l'édulcorer au premier sondage défavorable.

Gus Van Sant et « La Corde au cou » : quand l'Amérique étrangle ses propres citoyens

Changement de registre, même ligne de faille. Gus Van Sant revient avec La Corde au cou, tiré d'un fait divers américain : un homme ruiné par un emprunt prend en otage le fils du courtier qu'il tient pour responsable de sa chute. Le Monde décrit un « thriller vigoureux » doublé d'une « grande fresque sociale » sur l'Amérique.

Le cinéaste de Elephant et Milk n'a jamais filmé de simples histoires individuelles. Il capte des failles sismiques. Ici, la violence ne naît pas du crime organisé ni du terrorisme — elle surgit d'un formulaire de prêt, d'un bureau de courtage, de la mécanique froide d'un système financier qui fabrique des perdants. Bill Skarsgård et Dacre Montgomery portent ce duel où l'otage n'est qu'un symptôme. Le vrai sujet, c'est l'Amérique qui dévore ses enfants par le bas.

En salles françaises, le film résonnera autrement. À l'heure où le surendettement des ménages remonte et où les taux d'intérêt restent élevés, la frontière entre fiction américaine et réalité européenne s'amincit dangereusement.

Pourquoi les frappes américaines menacent-elles le patrimoine millénaire de l'Iran ?

La cinéaste iranienne Sepideh Farsi a publié dans Le Monde une tribune qui dépasse le commentaire géopolitique. Elle y raconte, avec une précision douloureuse, ce que les frappes américaines infligent au-delà des vies humaines : la destruction d'un patrimoine culturel et environnemental millénaire.

« C'est à la destruction du patrimoine, de la culture, de l'environnement iraniens que nous assistons », écrit-elle. Le mot-clé ici, c'est « durablement » — les merveilles de la civilisation perse ne se reconstruisent pas en un mandat présidentiel. Farsi ne fait pas de politique partisane. Elle fait le constat d'une perte irréversible, celle que les bilans militaires ne comptabilisent jamais.

Cette tribune rappelle un angle mort récurrent des conflits contemporains : on évalue les dégâts en vies perdues et en milliards de dollars, rarement en mémoire civilisationnelle effacée. L'Irak, la Syrie, le Yémen ont payé ce prix avant l'Iran. La culture, quand elle brûle, ne fait pas de bruit dans les indices boursiers.

Ce qu'il faut retenir

Jancovici avertit, Van Sant filme, Farsi témoigne. Trois registres — le plan stratégique, la fiction sociale, le cri d'une artiste — pour un même constat : les systèmes qui refusent de se transformer finissent par se fracturer. La question n'est plus de savoir si la transition est nécessaire. C'est de savoir combien de dégâts on accepte d'accumuler avant de s'y mettre.