Sénégal en crise, Ormuz en paix : la France face à ses alliances qui craquent
Le limogeage de Sonko au Sénégal et l'accord USA-Iran sur Ormuz révèlent les limites de l'influence française. Entre crises africaines et realpolitik américaine, où se situe Paris ?
Quand le Sénégal s’effondre, la France regarde ailleurs
Le limogeage d’Ousmane Sonko par le président Bassirou Diomaye Faye n’est pas une simple crise gouvernementale. C’est l’effondrement d’un récit – celui d’une Afrique de l’Ouest qui tournerait enfin la page des vieilles tutelles, y compris française. Le tandem Faye-Sonko incarnait cette promesse : un président jeune, un Premier ministre charismatique, une rupture avec les élites corrompues. Leur divorce politique, en moins de trois mois, révèle une réalité plus crue : la France n’a plus les moyens de ses ambitions africaines.
Paris a cru, un temps, que la victoire de Faye en mars 2026 marquerait un nouveau départ. Les discours anti-françafrique du candidat, ses promesses de sortie du franc CFA, ses critiques contre les bases militaires françaises – tout cela avait été accueilli avec une certaine résignation polie. Comme si la France, après les coups d’État au Mali, au Burkina et au Niger, avait enfin compris que son influence se mesurait désormais en contrats perdus et en ambassadeurs expulsés. Mais le limogeage de Sonko change la donne. Il montre que la rupture n’est pas seulement avec Paris, mais avec les attentes d’une jeunesse africaine qui exige des comptes – et des résultats.
Le plus ironique ? La France, qui a tant critiqué les putschs militaires en Afrique, se retrouve aujourd’hui à applaudir discrètement un président élu qui écarte son Premier ministre par décret. Comme si la realpolitik avait remplacé les grands principes. Comme si, après des années à jouer les gendarmes de la démocratie, Paris avait fini par admettre que la stabilité – même autoritaire – valait mieux que l’instabilité. Le problème, c’est que cette stabilité-là ressemble de plus en plus à un mirage.
Ormuz s’ouvre, la France reste à quai
Pendant que Paris tergiverse sur le Sénégal, Washington et Téhéran viennent de signer un accord qui pourrait redessiner les équilibres géopolitiques – sans la France. L’annonce d’un compromis sur le détroit d’Ormuz, avec un assouplissement des sanctions américaines en échange d’une réouverture du passage stratégique, est un camouflet pour la diplomatie française.
Rappelons le contexte : depuis des années, la France se présente comme une puissance médiatrice, capable de dialoguer avec l’Iran quand les États-Unis tournent le dos. Emmanuel Macron avait même tenté, en 2022, de jouer les intermédiaires entre Téhéran et Washington. Quatre ans plus tard, c’est Donald Trump – revenu au pouvoir en 2024 – qui signe un accord historique, laissant la France sur le banc de touche.
Pire : cet accord intervient alors que la France est en pleine crise énergétique. Les tensions sur le détroit d’Ormuz, en 2025, avaient fait flamber les prix du pétrole, aggravant une inflation déjà galopante. Paris avait alors multiplié les déclarations sur la nécessité de sécuriser les routes maritimes. Mais quand les États-Unis et l’Iran trouvent un terrain d’entente, c’est sans consulter leurs alliés européens. La France, qui se rêve en puissance indépendante, découvre une fois de plus qu’elle n’est qu’un acteur secondaire dans les grands jeux géopolitiques.
La realpolitik américaine, le bluff français
Ce qui se joue entre le Sénégal et Ormuz, c’est l’effritement d’un mythe : celui d’une France capable de peser sur les crises du monde. Les États-Unis, eux, agissent. Ils signent des accords avec l’Iran quand cela les arrange, soutiennent des régimes africains quand ils y voient un intérêt, et laissent leurs alliés européens gérer les conséquences.
La France, elle, en est réduite à des postures. Elle condamne les coups d’État en Afrique, mais ferme les yeux quand un président élu limoge son Premier ministre. Elle se présente comme une alternative à l’hégémonie américaine, mais se retrouve exclue des négociations sur Ormuz. Elle parle de souveraineté européenne, mais dépend des États-Unis pour sa sécurité énergétique.
Le plus inquiétant, c’est que cette impuissance n’est pas seulement diplomatique. Elle est économique, militaire, et même culturelle. La France n’a plus les moyens de ses ambitions. Ses bases militaires en Afrique sont contestées, ses entreprises peinent à rivaliser avec la Chine ou les États-Unis, et son soft power – autrefois si puissant – s’effrite face à la montée des influences turque, russe et arabe.
Ce qu’il faut retenir
- Le Sénégal n’est plus un allié, mais un symptôme : La crise politique qui secoue Dakar montre que la France a perdu son influence en Afrique de l’Ouest. Les régimes qui lui étaient favorables tombent les uns après les autres, et ceux qui les remplacent – qu’ils soient militaires ou civils – n’ont plus besoin de Paris.
- Ormuz, ou l’art de négocier sans la France : L’accord USA-Iran sur le détroit d’Ormuz est un rappel brutal : quand les grandes puissances négocient, elles le font entre elles. La France, malgré ses prétentions, reste un acteur secondaire.
- La realpolitik américaine vs. le bluff français : Washington agit, Paris réagit. Les États-Unis signent des accords, la France se contente de communiqués. Cette asymétrie révèle une vérité cruelle : la France n’a plus les moyens de ses ambitions géopolitiques.
- Un déclin qui n’est pas une fatalité : Si la France veut retrouver une place dans le concert des nations, elle doit d’abord admettre qu’elle n’est plus une grande puissance. Ensuite, elle doit choisir ses combats : l’Afrique ou l’Europe ? La realpolitik ou les grands principes ? Pour l’instant, elle tente de tout faire – et échoue sur tous les fronts.
Le Sénégal et Ormuz ne sont pas des crises isolées. Ce sont les deux faces d’une même réalité : une France qui parle fort, mais qui n’a plus les moyens de ses ambitions. Et dans un monde où les États-Unis et la Chine redessinent les règles, cette faiblesse pourrait coûter cher.