Cyclisme : Seixas en jaune, Wembanyama mal aimé en NBA
Revue de presse du 10 avril 2026
Dernière mise à jour : 18:21
Le sport français a cette particularité : il fabrique des phénomènes que le monde n'est pas toujours pressé de reconnaître. Ce vendredi, pendant que Paul Seixas résistait à tous ses adversaires sur les routes basques, Victor Wembanyama apprenait que seulement 5 % de ses collègues NBA le considèrent comme le joueur de l'année. Deux portraits d'une France sportive à contre-courant.
Paul Seixas : la cible de tout le monde, et c'est bon signe
Il n'y a pas de meilleur compliment, en cyclisme, que d'être la cible de tous. Paul Seixas l'est. Leader au classement général du Tour du Pays Basque à l'orée de la 5e étape — l'avant-dernière — le Français entre dans la zone de tous les dangers. Ses adversaires savent qui battre. Le peloton sait où attaquer.
C'est précisément ce qui en fait une histoire à suivre. Les jeunes coureurs français ont longtemps été estampillés "prometteurs" — formule passe-partout qui sert à ne rien dire. Seixas, lui, est en train de prouver quelque chose de concret sur un terrain hostile, face à des équipes rodées à la guerre d'altitude et de chiffres. Le Tour du Pays Basque n'est pas une course d'apprentissage : c'est un laboratoire à haute pression où les promesses se dissolvent ou se confirment.
La 5e étape jouée ce vendredi dira si le maillot tient. Mais être la cible que tout le monde vise, à ce niveau, c'est déjà une forme de reconnaissance que nul classement ne peut effacer.
Wembanyama et ses 5 % : le décalage Franco-NBA
Le New York Times a publié son sondage annuel auprès des joueurs NBA sur la course au MVP. Victor Wembanyama y recueille 5 % des voix. Shai Gilgeous-Alexander en rassemble 39 %. Nikola Jokic, 21 %. Le Français, double champion du monde dans la tête de bien des observateurs hexagonaux, est une note de bas de page pour ses pairs américains.
Deux lectures possibles. La première, indulgente : le vote MVP récompense une saison statistique et d'équipe, et les Spurs de San Antonio ne sont pas en course pour les playoffs — Wembanyama paye la médiocrité collective de sa franchise, pas la sienne. La deuxième, plus inconfortable : la hype française autour de Wembanyama a peut-être pris une longueur d'avance sur la réalité d'une ligue où il reste, à ce stade, un talent immense mais pas encore dominant au sens où Jokic ou Gilgeous-Alexander le sont — des joueurs qui gagnent des matches décisifs dans des contextes tendus, semaine après semaine.
Ce n'est pas un échec. C'est un rappel. La France adore consacrer ses champions avant l'heure. Wembanyama a probablement toutes les qualités pour devenir le joueur le plus dominant de sa génération. Mais "probablement" et "un jour" ne valent pas une saison entière aux yeux de ceux qui disputent les matchs avec lui.
Terry Rozier : quand le sport mange ses propres
De l'autre côté de l'Atlantique, une autre actualité NBA, moins glorieuse. Terry Rozier, garde du Miami Heat, a été officiellement libéré par son club ce vendredi. La raison : le joueur est soupçonné d'avoir participé à un système de paris sportifs illégaux. Inculpé en octobre dernier, n'ayant pas joué une seule minute de la saison, il avait plaidé non-coupable en décembre. Le Heat a tranché.
L'affaire Rozier rappelle une réalité que le sport professionnel préfère occulter : la légalisation massive des paris sportifs aux États-Unis, portée à bras-le-corps par les ligues elles-mêmes pour des raisons de revenus, a ouvert une boîte dont les conséquences n'ont pas fini de se déverser. Quand les plateformes de paris deviennent partenaires officiels des franchises, quand les joueurs sont exposés à des sollicitations permanentes, quand l'intégrité sportive repose sur la seule bonne volonté individuelle — les dérives ne sont pas des accidents, elles sont structurelles.
Rozier est présumé innocent. Mais son cas illustre un paradoxe que la NBA — comme d'autres ligues — refuse d'assumer pleinement : on ne peut pas vendre le paris sportif comme divertissement grand public et s'indigner, choqué, quand les acteurs du jeu y participent autrement que comme spectateurs.
Ce qu'il faut retenir : Seixas tient bon sur les routes basques — et c'est une vraie bonne nouvelle pour un cyclisme français qui attend ses successeurs depuis trop longtemps. Wembanyama, lui, rappelle que la hype nationale n'est pas une monnaie internationale. Quant à Rozier, son cas pose une question que personne ne veut vraiment poser à voix haute : qui a construit le terrain sur lequel ce type de scandale devient possible ?