Seine-Saint-Denis, climat, art : quand culture et écologie redéfinissent l'engagement

La Seine-Saint-Denis lance un festival historique contre les récits identitaires, tandis que scientifiques et artistes appellent à l'urgence climatique. Entre riposte culturelle et mobilisation écologique, les fronts se croisent.

Seine-Saint-Denis, climat, art : quand culture et écologie redéfinissent l'engagement
Photo de Walter Martin sur Unsplash

La Seine-Saint-Denis a choisi l’été 2027 pour frapper un grand coup. Trois spectacles, coordonnés par les historiens Patrick Boucheron et Guillaume Mazeau, formeront le cœur d’un festival intitulé « Populaire. Toutes nos histoires ». Présenté comme une « riposte » aux offensives culturelles de la droite identitaire, ce projet départemental entend réaffirmer, à travers le théâtre et la mémoire, une vision plurielle de l’histoire française. Une initiative qui s’inscrit dans un contexte plus large, où culture et écologie deviennent les terrains d’une bataille politique et sociale.

Une contre-offensive culturelle en Seine-Saint-Denis

Le département, souvent réduit à des clichés médiatiques, mise sur l’art pour contrer les récits essentialistes. « Populaire. Toutes nos histoires » ne se contente pas de célébrer les luttes ouvrières ou les migrations : il interroge la fabrique même de l’histoire nationale, en donnant la parole à des voix marginalisées. Les spectacles, dont les détails restent encore confidentiels, s’appuieront sur des archives locales et des témoignages, mêlant fiction et documentaire. « L’enjeu n’est pas seulement artistique, mais politique », souligne un proche du projet. « Il s’agit de montrer que l’histoire de France ne se résume pas à une seule narration, mais qu’elle est faite de multiples récits qui se croisent et se contestent. »

Cette démarche intervient alors que la droite radicale, et en particulier le Rassemblement national (RN), multiplie les initiatives pour imposer sa vision de la culture. Le parti de Marine Le Pen a ainsi lancé une campagne ciblée auprès des maires sans étiquette en vue des élections sénatoriales du 27 septembre. Une stratégie qui vise à ancrer le RN dans les territoires ruraux, mais aussi à normaliser son discours sur l’identité nationale. « Le RN instrumentalise la culture comme un outil de division », analyse un élu local. « Face à cela, la Seine-Saint-Denis propose une alternative : une culture qui rassemble plutôt qu’elle n’exclut. »

L’art comme miroir des fractures sociales

À Paris, le Petit Palais consacre une exposition à Eva Gonzalès, figure méconnue de l’impressionnisme. Moins célèbre que Berthe Morisot ou Mary Cassatt, Gonzalès fut pourtant une artiste majeure, modèle et élève d’Édouard Manet. Son parcours, marqué par une indépendance rare pour une femme de son époque, offre un éclairage sur les dynamiques de genre dans l’art du XIXe siècle. « Eva Gonzalès a dû se battre pour exister dans un milieu dominé par les hommes », explique une historienne de l’art. « Son œuvre, à la fois délicate et audacieuse, montre comment les femmes artistes ont dû négocier leur place dans un système qui les reléguait souvent au second plan. »

Cette relecture de l’histoire de l’art s’inscrit dans un mouvement plus large de réévaluation des héritages culturels. Les musées, sous pression pour diversifier leurs collections, multiplient les expositions consacrées à des artistes oubliés ou marginalisés. « Il ne s’agit pas seulement de réparer des oublis, mais de repenser la manière dont l’histoire de l’art est écrite », souligne un conservateur. « Ces expositions posent une question simple : qui décide de ce qui est digne d’être montré ? »

Climat : l’appel des scientifiques et des artistes

Alors que les effets du réchauffement climatique se font de plus en plus visibles, un collectif de personnalités a lancé un appel solennel au gouvernement. Parmi les signataires, on retrouve le photographe Yann Arthus-Bertrand, le climatologue Jean Jouzel, l’ancien député écologiste Noël Mamère et l’économiste Laurence Tubiana. Leur demande ? Que le Premier ministre et les candidats à la présidentielle de 2027 « décrètent l’urgence climatique » et en fassent une priorité absolue de l’action publique.

« Le climat n’est plus une question parmi d’autres, mais le cadre dans lequel toutes les autres politiques doivent s’inscrire », écrit le collectif dans une tribune publiée par Le Monde. « Sans une mobilisation sans précédent, les générations futures hériteront d’un monde invivable. » Cet appel intervient alors que les dégâts climatiques s’accumulent, comme en témoigne la situation dans le massif des Écrins. Routes effondrées, villages isolés, sentiers emportés par les crues : les Hautes-Alpes subissent de plein fouet les conséquences du réchauffement. « Les Ecrins sont un symbole », explique un glaciologue. « Ce massif, l’un des plus emblématiques des Alpes, est en train de se transformer sous nos yeux. Et ce n’est qu’un avant-goût de ce qui nous attend. »

Culture et écologie : deux fronts qui se rejoignent

À Paris, le Festival du Monde a offert un aperçu de cette convergence entre art et engagement écologique. Samedi 19 septembre, huit artistes – dont Feu ! Chatterton, Youssef Swatt’s et Jeanne Cherhal – se sont relayés pour un concert solidaire au profit de la Fondation des Femmes. Une initiative qui rappelle que la scène musicale peut aussi être un espace de mobilisation. « La musique a toujours été un vecteur de changement », confie une organisatrice. « Aujourd’hui, elle peut servir à sensibiliser le public à des causes comme l’égalité femmes-hommes ou la protection de l’environnement. »

Dimanche 20 septembre, une balade ornithologique dans le Jardin des Plantes a permis aux festivaliers de découvrir les oiseaux de Paris. Une manière de rappeler que la biodiversité urbaine, souvent méconnue, est un enjeu majeur. « Les oiseaux sont des indicateurs de la santé de nos écosystèmes », explique un naturaliste de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO). « Leur disparition serait un signal d’alarme que nous ne pouvons plus ignorer. »

Ce qu’il faut retenir

La Seine-Saint-Denis mise sur l’art pour contrer les récits identitaires, tandis que les scientifiques et les artistes unissent leurs voix pour exiger une action climatique immédiate. Ces deux fronts, culture et écologie, se rejoignent dans une même volonté de repenser le monde – et la place que nous y occupons. « L’art et l’écologie ne sont pas des domaines séparés », résume un historien. « Ils sont tous deux des outils pour imaginer un avenir différent. »

Reste à savoir si ces mobilisations parviendront à peser sur le débat politique. À moins d’un an de la présidentielle, le temps presse. Et les défis, eux, ne font que s’accumuler.