Maroc : sécurité routière, inégalités régionales et transition verte au cœur des débats

Bilan alarmant des accidents urbains, disparités salariales dans le Drâa-Tafilalet et avancées de l'hydrogène vert à Laâyoune. Les défis sociaux du Maroc en 2026.

Maroc : sécurité routière, inégalités régionales et transition verte au cœur des débats
Photo de Francesca Fabian sur Unsplash

Sécurité routière : un bilan hebdomadaire qui interroge

Trente morts et 3 026 blessés en une semaine. C'est le bilan des accidents de la circulation survenus en périmètre urbain au Maroc entre le 20 et le 26 juillet, selon les chiffres publiés par la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN). Ces données, bien que parcellaires – elles ne couvrent ni les axes interurbains ni les autoroutes –, révèlent une réalité persistante : l'insécurité routière reste un fléau structurel.

Les causes identifiées par la DGSN dessinent un portrait sans surprise : l'inadvertance des conducteurs (42 % des cas), le non-respect de la priorité (18 %), et l'excès de vitesse (12 %) arrivent en tête. Plus inquiétant encore, les comportements à risque semblent se banaliser. Le rapport mentionne ainsi des infractions aussi variées que la conduite en état d'ébriété, le non-respect des feux rouges, ou encore la circulation en sens interdit. Autant de pratiques qui, au-delà des chiffres, traduisent une forme de normalisation du danger.

Pourtant, les solutions existent. Depuis 2016, le Maroc a adopté une stratégie nationale de sécurité routière, avec pour objectif de réduire de 50 % le nombre de morts sur les routes d'ici 2026. Les résultats, à mi-parcours, sont mitigés. Si certaines mesures – comme le renforcement des contrôles radar ou la modernisation du parc automobile – ont porté leurs fruits, d'autres, comme la sensibilisation des usagers ou l'amélioration des infrastructures, peinent à produire des effets durables.

La question se pose avec d'autant plus d'acuité que ces accidents ne sont pas seulement une tragédie humaine : ils représentent aussi un coût économique et social considérable. Selon une étude de la Banque mondiale publiée en 2023, les accidents de la route coûteraient au Maroc entre 1,5 % et 2 % de son PIB annuel. Un chiffre qui, à l'échelle du pays, équivaut à plusieurs milliards de dirhams – autant de ressources qui pourraient être réinvesties dans des secteurs comme la santé ou l'éducation.


Drâa-Tafilalet : les limites d'un modèle économique régional

La région de Drâa-Tafilalet incarne, à bien des égards, les défis du développement territorial au Maroc. Les dernières statistiques publiées par l'Observatoire marocain de la TPME dressent un tableau contrasté : d'un côté, une dynamique entrepreneuriale en berne (les créations d'entreprises ont chuté de 22,6 % en 2024) ; de l'autre, une précarité salariale qui touche l'écrasante majorité des travailleurs.

Plus de 92 % des salariés de la région gagnent moins de 4 000 dirhams par mois. Un chiffre qui, au-delà de son caractère alarmant, révèle les inégalités structurelles qui traversent le pays. À titre de comparaison, le salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) au Maroc s'élève à 3 500 dirhams dans le secteur industriel – un seuil que la plupart des salariés de Drâa-Tafilalet peinent à atteindre.

Cette situation n'est pas sans conséquences. Elle alimente une forme de désenchantement économique, visible à travers la hausse des procédures de liquidation judiciaire (+5,4 % en 2024). Les entreprises locales, souvent fragilisées par un accès limité au financement et par la concurrence des grands centres urbains, peinent à se maintenir à flot. Résultat : une région qui, malgré ses atouts touristiques et agricoles, reste en marge des dynamiques de croissance nationales.

Pourtant, des pistes existent. Le Plan de développement régional 2022-2027, adopté par le Conseil régional de Drâa-Tafilalet, mise sur plusieurs leviers : la valorisation des filières locales (dattes, safran, tourisme saharien), le renforcement des infrastructures de transport, et l'attraction d'investissements étrangers. Mais ces mesures, pour l'instant, peinent à inverser la tendance. La question reste entière : comment faire de Drâa-Tafilalet une région attractive, alors que les inégalités salariales et le chômage des jeunes y restent endémiques ?


Hydrogène vert : Laâyoune, symbole d'une transition énergétique ambitieuse

La signature, ce mardi à Laâyoune, d'un accord de subvention entre l'Agence américaine pour le commerce et le développement (USTDA) et la société ORNX marque une étape importante dans la stratégie marocaine de transition énergétique. Doté d'un financement de 5,7 millions de dollars, ce projet vise à lancer les études préliminaires (Pre-FEED) pour la première phase d'une usine de production d'ammoniac vert – un composé clé pour le stockage et le transport de l'hydrogène.

Ce partenariat s'inscrit dans une dynamique plus large. Le Maroc, qui dispose d'un potentiel solaire et éolien parmi les plus élevés au monde, a fait de l'hydrogène vert un pilier de sa stratégie énergétique. Le pays vise à devenir un acteur majeur de cette filière d'ici 2030, avec des projets ambitieux comme le complexe Noor Ouarzazate ou les parcs éoliens de Tarfaya.

Pourtant, le choix de Laâyoune comme site pilote n'est pas anodin. La région de Laâyoune-Sakia El Hamra, souvent associée aux tensions géopolitiques autour du Sahara occidental, cherche à se repositionner comme un hub énergétique et industriel. Ce projet, soutenu par les États-Unis, pourrait ainsi avoir une double portée : économique, d'abord, avec la création d'emplois locaux et l'attraction d'investissements ; symbolique, ensuite, en faisant de cette région un laboratoire de la transition verte en Afrique.

Reste à savoir si ces ambitions se traduiront par des retombées concrètes pour les populations locales. Les critiques, notamment du côté des associations environnementales, pointent du doigt les risques liés à l'extraction des ressources (eau, minerais) nécessaires à la production d'hydrogène vert. Un débat qui, au-delà des enjeux techniques, interroge la capacité du Maroc à concilier transition énergétique et justice sociale.


Gouvernance urbaine : quand l'espace public devient un enjeu de sécurité

À Marrakech, deux affaires récentes illustrent les tensions croissantes autour de la gestion de l'espace public. La première concerne un individu soupçonné de trafic de drogue à proximité d'un hôtel de la médina. Selon une plainte déposée auprès du procureur du Roi, ce dernier aurait transformé le trottoir adjacent en lieu de consommation et de revente de stupéfiants, « sous les yeux des touristes et des passants ». Une situation qui, selon les plaignants, porterait atteinte à la réputation de la ville et à la sécurité des visiteurs.

La seconde affaire, plus prosaïque mais tout aussi révélatrice, concerne la rue Ibn Toumert, dans le quartier de Gueliz. Cette artère, pourtant stratégique, est décrite par les riverains comme un « chaos permanent ». Entre les véhicules garés en double file, les vendeurs ambulants occupant les trottoirs, et les deux-roues slalomant entre les piétons, la circulation y est devenue un parcours du combattant. Les autorités locales, sollicitées à plusieurs reprises, n'ont pour l'instant pas apporté de réponse concrète.

Ces deux cas, bien que distincts, posent une même question : celle de la gouvernance urbaine dans un pays en pleine mutation. Avec une urbanisation galopante (plus de 60 % de la population marocaine vit désormais en ville) et une pression touristique toujours plus forte, les villes comme Marrakech, Casablanca ou Agadir sont confrontées à des défis inédits. Comment concilier attractivité économique, sécurité publique et qualité de vie ? Comment éviter que l'espace public ne devienne un terrain de conflits entre riverains, commerçants, touristes et autorités ?

Les réponses, pour l'instant, peinent à émerger. Pourtant, des solutions existent : renforcement des contrôles, aménagement d'espaces dédiés aux vendeurs ambulants, création de zones piétonnes, ou encore généralisation des caméras de surveillance. Autant de mesures qui, si elles étaient mises en œuvre de manière coordonnée, pourraient contribuer à apaiser les tensions. Mais dans un contexte où les ressources municipales restent limitées et où les priorités politiques sont souvent ailleurs, l'équation reste complexe.


Ce qu'il faut retenir

  1. Sécurité routière : Les accidents urbains continuent de faire des dizaines de morts chaque semaine, malgré les stratégies nationales. La question n'est plus seulement technique, mais aussi comportementale.
  2. Inégalités régionales : Drâa-Tafilalet illustre les limites du modèle de développement marocain, avec des salaires très bas et une dynamique entrepreneuriale en berne.
  3. Transition énergétique : Le projet d'hydrogène vert à Laâyoune marque une étape symbolique, mais son succès dépendra de sa capacité à associer les populations locales.
  4. Gouvernance urbaine : L'occupation anarchique de l'espace public à Marrakech révèle les lacunes des politiques municipales, entre impuissance et manque de moyens.

Dans un pays en pleine transformation, ces enjeux – sécurité, équité territoriale, transition écologique, gestion urbaine – dessinent les contours des défis sociaux de demain. Des défis qui, pour être relevés, nécessiteront bien plus que des annonces : une véritable volonté politique, des moyens financiers, et une approche inclusive.