Géopolitique : Sebta sous Eurofighter, Sall défie l'ONU
L'Espagne déploie des Eurofighter au-dessus de Sebta, Macky Sall défend sa candidature à l'ONU, la Guinée vide discrètement sa Charte de transition.
Revue de presse du 22 avril 2026
Dernière mise à jour : 09:16
Des chasseurs Eurofighter Typhoon survoleront ce mercredi le nord du Maroc depuis Sebta occupée. À New York, Macky Sall joue sa dernière carte diplomatique devant l'Assemblée générale. En Guinée, les fidèles du colonel Doumbouya contournent la Charte qu'ils ont eux-mêmes signée. Trois scènes, une même grammaire : le rapport de force.
Pourquoi l'Espagne muscle-t-elle son dispositif à Sebta ?
Le commandement militaire espagnol a choisi Sebta pour organiser des exercices d'interception aérienne avec des Eurofighter Typhoon et des systèmes de défense antiaérienne au sol, rapporte Hespress. Pas de tir réel. Des « intrusions » simulées, des détections apprises. Un message codé, mais lisible.
Le choix de l'appareil n'est pas neutre. L'Eurofighter Typhoon est un chasseur de supériorité aérienne, offensif autant que défensif. Le déployer depuis l'enclave, c'est rappeler — sans le dire — que Madrid considère Sebta comme un territoire à défendre militairement, à l'heure même où Rabat réaffirme sa revendication historique sur les présides occupés.
La chronologie interpelle. L'Espagne avait signé avec le Maroc, en avril 2022, une feuille de route dite de « nouvelle phase » qui avait normalisé les relations. Les exercices de ce mercredi au-dessus de Sebta tranchent avec cette tonalité conciliante. Ce n'est pas une escalade. C'est un signal — et à Rabat, les signaux, on les lit.
Macky Sall à l'ONU : le grand oral d'un président en reconversion
Depuis le dépôt de sa candidature au poste de secrétaire général des Nations unies, l'ancien président sénégalais bat campagne avec l'énergie d'un homme qui joue sa postérité. Son grand oral devant l'Assemblée générale est fixé à ce 22 avril, selon Jeune Afrique. Ils sont quatre candidats déclarés. Sall veut se distinguer.
Le Sénégalais dispose d'atouts sérieux : il a présidé l'Union africaine, traversé la crise sanitaire, navigué entre Paris, Pékin et Washington sans se brouiller avec personne. Mais il traîne un bilan intérieur encombré — une troisième candidature contestée, un scrutin présidentiel remporté par son opposition, une transition ouverte vers un successeur hostile. Les diplomates qui le soutiennent parient sur son carnet d'adresses ; ceux qui doutent redoutent le dossier sénégalais.
Pour le Maroc, une candidature africaine au poste suprême de l'ONU change la photo. Rabat a toujours soutenu une voix africaine au sommet des grandes institutions multilatérales. Reste à savoir si le Royaume se rangera derrière Sall — ou jouera une autre carte du continent.
Guinée : la Charte de la transition vidée de sa substance
La junte de Conakry avait inscrit noir sur blanc, dans sa Charte de transition de 2021, que les dirigeants militaires et leurs proches ne pourraient pas briguer de mandat électif à la sortie. Quatre ans plus tard, la plupart des fidèles du président Mamadi Doumbouya figureront pourtant sur les listes des communales et législatives du 31 mai, selon Jeune Afrique. Anciens ministres, « maires » nommés, barons du régime : le contournement est méthodique, assumé, juridique.
Le procédé n'est pas une surprise. Il reprend le chemin tracé par le Tchad d'Idriss Déby fils et le Mali d'Assimi Goïta : la transition militaire se transforme, à mesure que les délais s'étirent, en captation civile du pouvoir par des élections sur mesure. Pour les opinions ouest-africaines — et pour un Maroc qui observe avec attention ce qui se joue au Sahel —, le signal est préoccupant. Les chartes se signent vite, se réécrivent en silence.
Cameroun : la traversée du désert d'Issa Tchiroma Bakary
Il incarnait, quelques mois plus tôt, l'espoir d'une alternance. Aujourd'hui, Issa Tchiroma Bakary apparaît comme « une promesse inaboutie », analyse Jeune Afrique. Hésitations stratégiques, isolement progressif, relais politiques qui s'éteignent : l'ancien ministre camerounais n'a pas su transformer l'élan de la présidentielle en force politique durable.
Sa trajectoire illustre le sort réservé, dans les régimes africains de longue durée, aux opposants qui approchent du pouvoir sans le saisir. Pas besoin de répression frontale. La gestion du temps, l'érosion méthodique des alliances, la coopération calculée suffisent.
Ce qu'il faut retenir
L'Espagne réarme son ciel au-dessus de Sebta et rappelle qui tient l'enclave. L'Afrique joue sa place dans la diplomatie mondiale avec Sall à New York. Les transitions militaires d'Afrique de l'Ouest continuent de contourner leurs propres règles. Et les oppositions démocratiques s'épuisent face à des machines rodées.
Pour Rabat, spectateur attentif, la leçon est constante : la souveraineté ne se déclare pas. Elle se défend — dans les airs comme dans les enceintes diplomatiques.