Sciences participatives, tech et patrimoine : les fronts culturels et écologiques de l'automne
En 2026, les citoyens comptent les oiseaux, les musées revisitent la photographie et la littérature interroge les géants du numérique. Trois fronts où culture et écologie se croisent.
Le déclin des oiseaux en France n’est plus une intuition d’ornithologue. Depuis vingt-cinq ans, des milliers de bénévoles arpentent jardins, parcs et campagnes pour compter les espèces, fournissant aux scientifiques des données précises sur leur régression. Ce mardi, la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) et le Muséum national d’histoire naturelle publient un nouveau bilan de leur programme de sciences participatives, le plus ancien du genre en Europe. Les résultats, compilés depuis 1997, confirment une tendance alarmante : certaines espèces communes, comme le moineau domestique ou l’hirondelle rustique, ont vu leurs populations chuter de plus de 30 % en un quart de siècle. « Ces chiffres ne sont pas une surprise, mais ils donnent une légitimité scientifique aux politiques de protection », explique un chercheur du Muséum. Le programme, qui mobilise chaque année près de 20 000 observateurs, illustre une évolution majeure : la science ne se fait plus seulement en laboratoire, mais aussi dans les jardins des particuliers. Une démocratisation qui interroge les méthodes traditionnelles de recherche, tout en offrant une réponse concrète à l’urgence écologique.
Quand la littérature ausculte les géants de la tech
Dans Le Fondateur, le dernier roman de Giuliano da Empoli, la fiction se mêle à la réalité pour décrypter le pouvoir des entrepreneurs du numérique. L’auteur, connu pour ses essais sur les élites, y campe un personnage inspiré de Peter Thiel, le cofondateur de PayPal et figure controversée de la Silicon Valley. Le livre, qui sort ce mercredi en librairie, explore les mécanismes de domination des géants de la tech, entre culte du secret, manipulation des régulateurs et mépris pour la démocratie. « Da Empoli ne juge pas, il dissèque », note Le Monde des livres, qui souligne la finesse de son analyse. Le roman arrive à point nommé : alors que l’Union européenne finalise son règlement sur l’intelligence artificielle, la question du contrôle des plateformes numériques s’impose comme un enjeu culturel autant que politique. En France, le débat prend une tournure particulière. Les récents scandales liés à la désinformation et à la modération des contenus ont relancé les critiques contre les algorithmes, accusés de favoriser les discours extrêmes. Le Fondateur offre une plongée dans les coulisses de ce pouvoir, sans tomber dans le manichéisme. Une lecture utile, alors que les élections européennes de 2027 approchent.
La Bourse de Commerce revisite la photographie, entre mémoire et modernité
À l’occasion du bicentenaire de l’invention de la photographie, la Collection Pinault présente Remember Me, une exposition monumentale qui rassemble plus de 700 œuvres de 70 artistes. Ouverte depuis vendredi à la Bourse de Commerce, à Paris, l’exposition mêle daguerréotypes du XIXe siècle et créations contemporaines, interrogeant la place de l’image dans notre société. « La photographie n’a jamais été aussi omniprésente, et pourtant, son rôle dans la construction de la mémoire collective est souvent sous-estimé », explique Emma Lavigne, directrice de la Collection Pinault. Parmi les pièces phares, une série de clichés de Dorothea Lange, emblématique de la Grande Dépression, dialogue avec les travaux de la jeune photographe sud-africaine Zanele Muholi, qui documente les luttes LGBTQ+ en Afrique du Sud. L’exposition, qui s’étend sur près de 3 000 mètres carrés, est aussi un manifeste pour la diversité des regards. « Nous voulions montrer que la photographie n’est pas un medium neutre, mais un outil de pouvoir et de résistance », ajoute Lavigne. Un message qui résonne particulièrement en cette période de tensions sociales, où les images jouent un rôle central dans les mobilisations citoyennes.
Ce qu’il faut retenir
Trois fronts se dessinent cet automne, où culture et écologie se croisent de manière inattendue. D’abord, les sciences participatives, qui transforment les citoyens en acteurs de la recherche, offrent une réponse pragmatique à l’urgence climatique. Ensuite, la littérature s’empare des enjeux technologiques, interrogeant le pouvoir des géants du numérique et leur impact sur nos démocraties. Enfin, les musées, en revisitant le patrimoine photographique, rappellent que l’art n’est jamais neutre : il reflète les combats de son époque, tout en les façonnant. Autant de pistes pour comprendre comment la culture peut, elle aussi, contribuer à la transition écologique. Sans idéalisme, mais avec pragmatisme.