Scandale H2O : 615 millions remboursés, mais les conflits d’intérêts persistent

La société de gestion H2O Asset Management rembourse 615 millions d’euros à ses investisseurs après six ans de crise. Mais les liens troubles entre ses dirigeants et des actifs illiquides interrogent toujours.

Scandale H2O : 615 millions remboursés, mais les conflits d’intérêts persistent
Photo de Philip Strong sur Unsplash

L’été 2026 révèle des fractures profondes, entre crises sanitaires en Afrique, secousses géopolitiques en Amérique latine et remous financiers qui ébranlent la confiance des épargnants. À Paris, une affaire de gestion d’actifs met en lumière les dérives d’un secteur où l’opacité le dispute aux intérêts croisés. Pendant ce temps, en Colombie, un séisme rappelle la vulnérabilité des infrastructures face aux aléas naturels, tandis qu’en République démocratique du Congo, une épidémie d’Ebola s’étend à une vitesse inédite. Voici les histoires qui dessinent les contours d’une journée où les urgences, qu’elles soient humaines, économiques ou climatiques, s’entremêlent.


H2O Asset Management : le remboursement qui ne suffit pas à effacer les doutes

La société de gestion H2O Asset Management a annoncé lundi le remboursement de 615 millions d’euros à près de 8 000 investisseurs, mettant fin à six années de blocage sur sept de ses fonds. Une décision saluée comme un soulagement par les épargnants lésés, mais qui ne dissipe pas les interrogations sur les pratiques ayant conduit à cette crise. Depuis 2020, les fonds d’H2O étaient lestés par des actifs illiquides, dont certains liés à des personnalités controversées comme l’homme d’affaires allemand Lars Windhorst, actionnaire majoritaire de la holding Tennor. Ces placements, jugés surévalués, avaient entraîné des pertes massives et une enquête de l’Autorité des marchés financiers (AMF), toujours en cours.

Le cœur du problème réside dans les conflits d’intérêts qui ont émaillé la gestion d’H2O. Bruno Crastes, cofondateur de la société, et son équipe ont été accusés d’avoir maintenu des liens étroits avec des entreprises dans lesquelles ils détenaient des participations personnelles, tout en les intégrant aux portefeuilles des fonds gérés. Un mélange des genres qui a nourri les soupçons de favoritisme, d’autant que certains de ces actifs, comme des parts dans des clubs de football ou des jets privés, étaient difficilement valorisables. « Ces pratiques révèlent les failles d’un système où la régulation peine à suivre l’ingéniosité des acteurs financiers », analyse un expert en gestion d’actifs, sous couvert d’anonymat.

Si le remboursement partiel marque une étape, il ne clôt pas le dossier. Les investisseurs, dont certains ont perdu jusqu’à 30 % de leur mise, attendent toujours des réponses sur les responsabilités individuelles. Par ailleurs, la liquidation des actifs restants – estimés à plusieurs centaines de millions d’euros – pourrait prendre des mois, voire des années. Une lenteur qui contraste avec la rapidité avec laquelle les fonds avaient été commercialisés auprès du grand public, via des réseaux bancaires comme Natixis ou la Banque Postale.

Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de défiance envers les gestionnaires d’actifs, déjà ébranlés par les scandales des « fonds toxiques » des années 2000 et par les révélations sur les frais cachés. Elle interroge aussi la capacité des régulateurs à prévenir les dérives dans un secteur où les montages financiers complexes échappent souvent à la vigilance des épargnants.


Ebola en RDC : une épidémie qui défie les pronostics

En République démocratique du Congo (RDC), l’épidémie d’Ebola, déclarée en mai dernier, prend une tournure alarmante. En trois mois seulement, le bilan humain s’élève à près de 1 200 morts, un chiffre qui se rapproche dangereusement de celui de l’épidémie de 2018-2020, laquelle avait duré vingt-deux mois. « La vitesse de propagation est sans précédent », alerte le virologue Jean-Jacques Muyembe, codécouvreur du virus en 1976 et figure centrale de la lutte contre Ebola en Afrique. Dans un entretien au Monde, il explique cette accélération par la combinaison de plusieurs facteurs : la densité démographique dans les zones touchées, la méfiance des populations envers les équipes médicales, et l’émergence de nouvelles souches du virus, potentiellement plus contagieuses.

Les autorités congolaises, soutenues par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), tentent de contenir la propagation en déployant des campagnes de vaccination et en renforçant les mesures de quarantaine. Mais les défis logistiques sont immenses. Dans l’est du pays, théâtre de conflits armés récurrents, les équipes sanitaires peinent à accéder à certaines zones, tandis que les rumeurs sur l’origine « artificielle » du virus alimentent les réticences des habitants. « Dans certaines localités, les gens préfèrent se tourner vers les guérisseurs traditionnels plutôt que vers les centres de traitement », confie un responsable de Médecins Sans Frontières (MSF).

Cette crise sanitaire intervient alors que la RDC fait déjà face à une résurgence de la rougeole et à une épidémie de choléra. Elle rappelle, une fois de plus, la vulnérabilité des systèmes de santé africains, souvent sous-financés et fragilisés par des décennies d’instabilité politique. Pour Jean-Jacques Muyembe, la solution passe par un renforcement des infrastructures locales et par une coopération internationale plus efficace : « Nous avons les outils pour vaincre Ebola, mais encore faut-il pouvoir les utiliser sur le terrain. »


Colombie : un séisme de magnitude 7,4 révèle les fragilités du pays

Un puissant séisme de magnitude 7,4 a frappé lundi la Colombie, faisant au moins 132 morts et des centaines de blessés. L’épicentre, situé près de la ville de Cali, dans l’ouest du pays, a provoqué l’effondrement de dizaines d’immeubles et endommagé des infrastructures critiques, dont des ponts et des routes. Le président colombien, Abelardo de la Espriella, a décrété l’état de catastrophe nationale et mobilisé l’armée pour venir en aide aux sinistrés.

Ce drame met en lumière les lacunes du pays en matière de prévention des risques sismiques. La Colombie, située sur la ceinture de feu du Pacifique, est régulièrement frappée par des tremblements de terre, mais les normes de construction restent inégalement appliquées. « Dans les quartiers populaires, beaucoup de bâtiments sont construits sans respecter les règles parasismiques », explique un ingénieur en génie civil basé à Bogotá. Une situation aggravée par la corruption, qui permet à certains promoteurs de contourner les contrôles.

Les secours peinent à atteindre les zones les plus reculées, où des glissements de terrain ont coupé l’accès à plusieurs villages. Les hôpitaux de Cali, submergés par l’afflux de blessés, manquent de matériel et de personnel. La communauté internationale a commencé à envoyer des renforts, mais la coordination des opérations reste un défi, dans un pays où les inégalités territoriales compliquent la gestion des crises.

Ce séisme intervient alors que la Colombie traverse une période de tensions politiques, marquée par des manifestations contre les réformes économiques du gouvernement. Il rappelle, une fois encore, que les catastrophes naturelles exacerbent les fractures sociales et économiques, frappant toujours plus durement les populations les plus vulnérables.


IA et médias : un nouveau séisme pour un secteur déjà fragilisé

L’intelligence artificielle (IA) est en train de bouleverser le paysage médiatique, déjà ébranlé par deux décennies de mutations numériques. Le déferlement des outils d’IA générative, capables de produire des articles, des synthèses ou même des deepfakes en quelques secondes, pose un défi existentiel aux rédactions. « L’IA pille nos contenus, concurrence nos journalistes et brouille la frontière entre information et désinformation », résume un éditeur du Monde, qui voit dans cette technologie une menace pour la crédibilité du secteur.

Les médias français, déjà confrontés à la chute des revenus publicitaires et à la concurrence des plateformes numériques, subissent de plein fouet cette nouvelle révolution. Plusieurs titres ont annoncé des plans sociaux ces derniers mois, tandis que d’autres expérimentent des modèles hybrides, mêlant production humaine et automatisée. Mais les résultats sont mitigés. « L’IA peut aider à traiter des données ou à générer des brèves, mais elle ne remplace pas l’enquête, l’analyse ou le récit », souligne un journaliste spécialisé dans les nouvelles technologies.

Le problème est d’autant plus aigu que les géants du numérique, comme Meta ou Google, utilisent massivement les contenus journalistiques pour entraîner leurs algorithmes, sans toujours rémunérer les médias. Une pratique qui a conduit à des sanctions, comme celle infligée lundi à Meta par un juge fédéral californien, pour destruction de preuves dans une affaire de publicités frauduleuses. « Ces plateformes ont un pouvoir de marché écrasant, et elles en abusent », dénonce un représentant du Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (SPIIL).

Face à ces défis, les régulateurs peinent à suivre le rythme. En France, l’Arcom a lancé une consultation sur l’impact de l’IA sur les médias, mais les propositions concrètes se font attendre. Pendant ce temps, les rédactions tentent de s’adapter, en formant leurs équipes aux nouveaux outils ou en développant des chartes éthiques pour encadrer leur utilisation. Une course contre la montre, alors que les deepfakes et les fausses informations se multiplient, menaçant un peu plus la confiance du public.


Ce qu’il faut retenir

La journée du 11 août 2026 a été marquée par des crises qui, chacune à leur manière, révèlent les vulnérabilités de nos systèmes. Qu’il s’agisse des dérives de la finance, des fragilités sanitaires en Afrique, des lacunes en matière de prévention des risques naturels ou des défis posés par l’IA, une même question se pose : comment concilier innovation et régulation, sans sacrifier l’intérêt général ? Une équation complexe, à laquelle les réponses, si elles existent, devront être collectives.