Société : la santé nucléaire, Essaouira et Gaza en écho
Santé nucléaire avec l'AIEA, musique classique gratuite à Essaouira, reconstruction de Gaza : la société marocaine se lit à trois échelles.
Revue de presse du 23 avril 2026
Dernière mise à jour : 09:19
Trois annonces, trois échelles. Une fondation marocaine signe à Vienne pour du nucléaire médical. Essaouira prépare douze concerts gratuits. L'ONU chiffre à 71 milliards la reconstruction de Gaza. La société marocaine se raconte cette semaine sur trois registres — le corps qu'on soigne, la culture qu'on partage, la catastrophe qu'on regarde.
Santé : le Maroc frappe à la porte du nucléaire médical
La Fondation Mohammed VI des Sciences et de la Santé (FM6SS) a signé mercredi 22 avril à Vienne un accord de coopération stratégique avec l'Agence Internationale de l'Énergie Atomique (AIEA). Oncologie radiothérapique, imagerie médicale, médecine nucléaire, physique médicale, nutrition : la liste ratisse large.
Derrière le langage technique, un pari : faire de l'accès au traitement du cancer un enjeu de souveraineté sanitaire. Aujourd'hui encore, un patient de Béni-Mellal ou d'Errachidia dont le parcours réclame une radiothérapie voit souvent son destin dépendre d'une place libre à Rabat ou Casablanca. Le nucléaire médical est capital-intensive et compétences-intensive. L'AIEA apporte les deux.
Reste la question qui fâche : à quelle échéance ce partenariat changera-t-il la vie d'un patient à Fkih Ben Salah ? Les accords signés à Vienne sonnent bien dans les communiqués. Leur traduction en lits, en machines et en praticiens formés se mesure en années, pas en annonces. La société marocaine a le droit de demander un calendrier.
Essaouira : la gratuité comme choix politique
Du 30 avril au 3 mai, la 22e édition du Festival Printemps Musical des Alizés déploiera douze concerts de musique de chambre dans les lieux emblématiques de la cité, selon l'Association Essaouira-Mogador et la Fondation Ténor pour la Culture. Gratuits — le mot mérite d'être souligné dans un secteur culturel où la billetterie reste la norme et où la musique classique se paie souvent au prix fort.
Les organisateurs placent l'édition sous le signe du « dialogue » et de l'excellence musicale. Formule un peu convenue. L'engagement à la gratuité, lui, ne l'est pas. À l'heure où l'accès à la musique classique reste largement réservé aux grandes villes et aux bourses aisées, douze concerts ouverts à tous dans une ville à forte fréquentation internationale est un choix politique autant qu'artistique.
La vraie mesure du succès ne sera pas le nombre d'entrées. Ce sera la composition du public. Combien de Souiris, combien de Marocains du voisinage, combien de curieux jamais entrés dans un auditorium ? Une politique culturelle publique se juge à sa capacité à faire venir ceux qui n'y seraient jamais allés seuls.
Gaza : l'addition à 71 milliards que le Maroc regarde
Selon un rapport conjoint de l'Union européenne, de l'ONU et de la Banque mondiale, la reconstruction de Gaza nécessitera 71,4 milliards de dollars sur dix ans. 26,3 milliards doivent être mobilisés dès les 18 prochains mois pour remettre en marche les services vitaux. Les destructions sont chiffrées à 35,2 milliards, les pertes économiques à 22,7 milliards. Au même moment, un responsable libanais recense 21.700 logements détruits et 40.500 endommagés côté libanais en moins de 45 jours de frappes, avant la trêve du 17 avril.
Pour la société marocaine, ces chiffres ne sont pas abstraits. La cause palestinienne structure un pan entier de l'opinion publique, des manifestations aux collectes associatives. Quand les Nations unies, l'UE et la Banque mondiale convergent sur un même chiffrage, la question devient politique : qui paye, et à quelle vitesse ?
Les bailleurs du Golfe seront sollicités en premier. Les capitales européennes traîneront les pieds sur les montants. Washington parlera selon son calendrier intérieur. Et Rabat, qui maintient un équilibre diplomatique connu, sera observé sur ce qu'il apportera — financièrement, techniquement, symboliquement — à un chantier qui dira beaucoup de ce que vaut, concrètement, la solidarité arabe.
Ce qu'il faut retenir
L'accord FM6SS-AIEA est une promesse de long terme. Elle se jugera à sa mise en œuvre hors des métropoles, là où l'accès aux soins spécialisés reste le plus étroit. Essaouira mise sur la gratuité — un geste à saluer, à mesurer sur la diversité réelle du public mobilisé.
Et Gaza pose à chaque État arabe, Maroc compris, une question qui ne se contourne pas : quelle part, dans les 71 milliards annoncés par l'ONU, l'UE et la Banque mondiale ? Entre ambition sanitaire, ouverture culturelle et solidarité régionale, le pays avance sur trois fronts simultanés. Le plus difficile sera d'y être présent sur les trois à la fois, au-delà des communiqués.