Santé mentale, mobilité urbaine, droits étudiants : les défis sociétaux du Maroc en 2026

6,5 millions de Marocains concernés par les troubles psychiques, des carrefours saturés à Marrakech, et un prix étudiant pour les droits humains : les enjeux sociaux du 24 octobre.

Santé mentale, mobilité urbaine, droits étudiants : les défis sociétaux du Maroc en 2026
Photo de Alex Radelich sur Unsplash

Une crise de santé mentale encore largement invisible

Le Maroc compte 6,5 millions de personnes touchées par des troubles psychiques, dont près de deux millions d’enfants et d’adolescents, selon les données de la Coalition professionnelle des psychologues cliniciens du Maroc. Pourtant, 85 % de ces personnes ne bénéficient d’aucune prise en charge adaptée. Ce chiffre, révélé mercredi lors d’une rencontre à Mohammedia, met en lumière l’ampleur d’un enjeu de santé publique souvent relégué au second plan.

Les professionnels du secteur appellent à une accélération de la mise en œuvre du plan national de santé mentale à l’horizon 2030, lancé il y a deux ans. Ce plan prévoit notamment le renforcement des structures de soins, la formation de personnel spécialisé et des campagnes de sensibilisation pour briser les tabous persistants autour des troubles psychiques. Mais sur le terrain, les obstacles restent nombreux : manque de centres de proximité, pénurie de psychiatres et de psychologues, et surtout, une méconnaissance des symptômes par les familles et les communautés.

« La santé mentale n’est pas une priorité dans les budgets alloués à la santé », souligne un membre de la coalition, qui pointe aussi le déficit de coordination entre les différents acteurs – ministères, hôpitaux, associations et secteur privé. À l’heure où le pays mise sur des réformes structurelles pour améliorer son système de santé, cette crise silencieuse rappelle que les inégalités d’accès aux soins ne se mesurent pas seulement en lits d’hôpitaux ou en médecins disponibles, mais aussi en capacité à répondre à des souffrances souvent invisibles.


Marrakech : quand la mobilité urbaine devient un casse-tête

À Marrakech, la place Qazdariya, au cœur de la médina, est devenue le symbole des dysfonctionnements de la mobilité urbaine dans les villes historiques. Transformée en « bourse noire » du stationnement et du déchargement de marchandises, cette esplanade, pourtant classée au patrimoine mondial de l’Unesco, est aujourd’hui saturée par des comportements routiers anarchiques. Les riverains et les commerçants dénoncent une situation qui s’aggrave depuis des mois, avec des embouteillages chroniques aux heures de pointe et des risques accrus pour les piétons.

Les acteurs locaux ont lancé un appel pour une régulation urgente du trafic dans ce secteur. Leurs propositions sont claires : délimiter des zones de stationnement réservées aux véhicules de livraison, fixer des horaires stricts pour le déchargement des marchandises, et surtout, installer des caméras de surveillance pour sanctionner les infractions. « Il ne s’agit pas seulement de fluidifier la circulation, mais de préserver un patrimoine et une qualité de vie », explique un membre d’une association de quartier.

Pourtant, les solutions peinent à se concrétiser. Les autorités locales, sollicitées à plusieurs reprises, n’ont pas encore répondu aux demandes des riverains. Entre préservation du patrimoine, pression touristique et besoins logistiques des commerçants, la gestion de ce carrefour emblématique illustre les défis d’une ville en pleine mutation, où l’urgence de moderniser les infrastructures se heurte à la nécessité de préserver son identité historique.


Un prix pour les étudiants, un signal pour les droits humains

Vingt ans après son implantation au Maroc, la Fédération européenne des écoles (FEDE) lance la première édition du Prix spécial des droits humains, en partenariat avec le Conseil de l’Europe. Annoncée mercredi à Mohammedia, cette initiative s’adresse aux étudiants des établissements affiliés à la FEDE dans le pays, invités à proposer des projets autour de trois thèmes : le sport comme vecteur d’inclusion, la justice comme garantie des libertés, et la lutte contre la corruption.

Ce prix s’inscrit dans une dynamique plus large de sensibilisation des jeunes aux enjeux des droits humains, alors que le Maroc traverse une période de réformes institutionnelles et de débats sur les libertés individuelles. « Les étudiants sont des acteurs clés pour faire avancer ces questions », souligne un représentant de la FEDE, qui voit dans ce concours une opportunité de « former une nouvelle génération de citoyens engagés ».

Les projets retenus seront évalués par un jury composé d’experts marocains et européens, et les lauréats se verront offrir une visibilité accrue, ainsi que des opportunités de networking avec des organisations internationales. Pour le Conseil de l’Europe, présent à travers son bureau local, cette collaboration avec la FEDE s’inscrit dans une stratégie de renforcement des liens entre l’Europe et le Maroc sur les questions de gouvernance et de droits fondamentaux.

Alors que le pays a récemment adopté plusieurs textes législatifs pour moderniser son cadre juridique, ce prix étudiant rappelle que les droits humains ne se décrètent pas seulement par la loi, mais se construisent aussi par l’éducation et l’engagement citoyen.


Ce qu’il faut retenir

Trois enjeux sociétaux se dégagent ce samedi, chacun révélateur des tensions et des opportunités qui traversent le Maroc en 2026.

D’abord, la santé mentale, souvent reléguée au second plan des politiques publiques, émerge comme un défi majeur. Avec 6,5 millions de personnes concernées et seulement 15 % d’entre elles prises en charge, le pays doit accélérer la mise en œuvre de son plan national, sous peine de voir cette crise s’aggraver. Les prochains mois seront décisifs pour évaluer si les moyens alloués – humains, financiers et logistiques – seront à la hauteur des besoins.

Ensuite, la mobilité urbaine à Marrakech illustre les contradictions d’un pays en pleine croissance. Comment concilier développement économique, préservation du patrimoine et qualité de vie ? La réponse ne viendra pas seulement des autorités, mais aussi d’une meilleure coordination entre acteurs locaux, commerçants et citoyens. Les solutions existent – régulation du trafic, aménagement des espaces, technologies de surveillance –, mais leur mise en œuvre tarde.

Enfin, le lancement du Prix des droits humains pour les étudiants marque une étape dans la sensibilisation des jeunes générations. Dans un contexte où les débats sur les libertés individuelles et la gouvernance occupent une place croissante, ce type d’initiative rappelle que les droits humains ne sont pas seulement une affaire d’institutions, mais aussi de citoyens informés et engagés.

Ces trois sujets, aussi différents soient-ils, ont un point commun : ils montrent que les défis sociétaux du Maroc ne se résoudront pas par des mesures techniques ou des lois, mais par une mobilisation collective, associant pouvoirs publics, société civile et citoyens.