Sahara, RDC et migrations : les équilibres géopolitiques du Maroc ce 25 octobre

Le Maroc aborde une semaine décisive au Conseil de sécurité sur le Sahara, tandis que la crise en RDC et les tensions migratoires à Sebta redessinent ses alliances régionales.

Sahara, RDC et migrations : les équilibres géopolitiques du Maroc ce 25 octobre
Photo de Tatiana Zanon sur Unsplash

Le Maroc se trouve ce dimanche 25 octobre 2026 au cœur de trois dynamiques géopolitiques majeures, chacune porteuse d’enjeux stratégiques pour sa position en Afrique et au-delà. Entre le renouvellement imminent du mandat de la MINURSO, l’escalade politique en République démocratique du Congo (RDC) et la persistance des tensions migratoires à ses frontières nord, Rabat doit composer avec des équilibres fragiles, où chaque dossier influence l’autre.


Sahara occidental : le Conseil de sécurité à l’épreuve des équilibres

Le vote attendu cette semaine au Conseil de sécurité des Nations unies sur le renouvellement du mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) s’annonce comme un moment charnière pour la diplomatie marocaine. La configuration actuelle du Conseil, où plusieurs membres permanents ont déjà exprimé leur soutien à l’initiative d’autonomie proposée par Rabat, pourrait consolider une tendance observée depuis 2022 : un glissement progressif des positions internationales en faveur de la solution marocaine.

Pourtant, les discussions restent tendues. Selon une analyse publiée par Hespress, certains pays, dont la position reste "réservée", pourraient chercher à introduire des amendements au texte final, notamment sur la question du référendum, un point de friction récurrent. Le Maroc, qui a multiplié ces derniers mois les gestes diplomatiques – notamment en Afrique subsaharienne et auprès des pays du Golfe – mise sur une résolution qui acterait une reconnaissance accrue de sa souveraineté sur le territoire, sans pour autant fermer la porte à des négociations.

Cette échéance intervient dans un contexte régional marqué par le regain de tensions avec l’Algérie, dont le soutien historique au Front Polisario reste un obstacle majeur. Pour Rabat, l’enjeu est double : éviter une résolution qui réaffirmerait le principe d’un référendum, tout en consolidant les avancées obtenues lors des précédentes sessions, comme la reconnaissance par les États-Unis en 2020 de la marocanité du Sahara.


RDC : Tshisekedi face à la rébellion de Kabila, un test pour les alliances africaines du Maroc

À près de 5 000 kilomètres de Rabat, la crise politique en RDC prend une tournure inédite avec l’entrée en rébellion officielle de l’ancien président Joseph Kabila, qui a annoncé la création du "Front pour la refondation de la nation". Cette initiative, perçue comme une tentative de déstabilisation du pouvoir en place, a poussé le président Félix Tshisekedi à mobiliser sa majorité parlementaire lors d’une réunion exceptionnelle samedi 24 octobre à Kinshasa.

Pour le Maroc, cette crise congolaise n’est pas neutre. Rabat entretient des relations étroites avec Kinshasa, notamment dans les secteurs minier et sécuritaire, et a récemment renforcé sa coopération économique avec la RDC, un pays riche en ressources stratégiques. La visite du roi Mohammed VI à Kinshasa en 2023 avait d’ailleurs scellé un partenariat ambitieux, incluant des projets d’infrastructures et des accords dans le domaine de la défense.

L’escalade actuelle pose cependant un dilemme pour le Maroc. D’un côté, Rabat a tout intérêt à soutenir la stabilité du régime de Tshisekedi, avec lequel il a construit une relation de confiance. De l’autre, une implication trop visible dans le conflit pourrait être perçue comme une ingérence, au risque de froisser d’autres acteurs régionaux, comme l’Angola ou l’Afrique du Sud, qui jouent un rôle clé dans la médiation.

La position marocaine sera scrutée de près, d’autant que la RDC est un partenaire clé dans la stratégie africaine de Rabat, qui mise sur des alliances solides pour contrer l’influence algérienne sur le continent. Une chose est sûre : la crise congolaise pourrait redessiner les équilibres géopolitiques en Afrique centrale, avec des répercussions directes sur les intérêts marocains.


Migrations : à Sebta, l’urgence humanitaire défie les frontières

Les révélations de Bladi.net sur les conditions de vie des migrants à Sebta illustrent une réalité persistante : malgré les efforts de coopération avec l’Espagne, la question migratoire reste un sujet de tensions récurrentes entre le Maroc et l’Union européenne. L’opération policière menée dans le quartier du Principe, qui a permis de démanteler un réseau d’hébergement clandestin où 74 migrants vivaient dans des conditions précaires, rappelle que la pression migratoire ne faiblit pas.

Les détails de l’enquête sont édifiants : des migrants payant jusqu’à 30 000 euros par mois pour dormir à même le sol, des travailleurs forcés de "rembourser" leur dette en travaillant gratuitement, et même deux Marocains découverts cachés dans un frigo pour échapper aux contrôles. Ces pratiques, bien que marginales, soulignent l’extrême vulnérabilité des populations en transit, ainsi que les limites des dispositifs mis en place pour gérer ces flux.

Pour le Maroc, cette situation est un casse-tête. D’un côté, Rabat a renforcé ces dernières années sa coopération avec l’UE en matière de lutte contre l’immigration clandestine, obtenant en contrepartie des financements et un soutien politique sur d’autres dossiers, comme le Sahara. De l’autre, la gestion des frontières reste un sujet sensible, où les accusations de violations des droits humains – notamment après les événements tragiques de Melilla en 2022 – continuent de peser sur son image internationale.

La découverte de ces réseaux clandestins à Sebta intervient par ailleurs dans un contexte de tensions renouvelées avec l’Espagne, après les déclarations du Premier ministre espagnol en septembre sur la nécessité de "repenser" la coopération migratoire. Pour le Maroc, l’enjeu est clair : éviter que la question migratoire ne devienne un levier de pression pour Madrid, tout en maintenant une politique de fermeté qui lui permet de négocier en position de force.


Ce qu’il faut retenir

Trois dynamiques, trois défis pour le Maroc en cette fin octobre 2026. Au Conseil de sécurité, Rabat joue une partie serrée pour consolider sa position sur le Sahara, dans un contexte où les équilibres diplomatiques restent fragiles. En RDC, la crise politique met à l’épreuve ses alliances africaines, tandis que la question migratoire, toujours explosive, rappelle que les frontières nord du pays restent un sujet de tensions récurrentes avec l’Europe.

Chacun de ces dossiers est porteur de risques, mais aussi d’opportunités. Une résolution favorable sur le Sahara renforcerait la légitimité internationale du Maroc, tandis qu’une gestion habile de la crise congolaise pourrait consolider son influence en Afrique centrale. Quant à la question migratoire, elle reste un sujet de négociation permanent avec l’UE, où Rabat doit trouver un équilibre entre fermeté et coopération.

Une chose est certaine : dans un environnement géopolitique de plus en plus polarisé, le Maroc doit naviguer avec prudence, en évitant les pièges d’une diplomatie trop alignée sur un camp ou un autre. Sa force réside dans sa capacité à jouer sur plusieurs tableaux – Afrique, Europe, monde arabe – sans se laisser enfermer dans des alliances exclusives. Une stratégie qui, pour l’instant, semble porter ses fruits.