Géopolitique : le Sahara revient au Conseil de sécurité
Géopolitique du Sahara : à Laâyoune, la MINURSO se prépare à un double vote onusien fin avril. Ce qui se joue pour le Maroc.
Revue de presse du 18 avril 2026
Dernière mise à jour : 09:15
Deux semaines. C'est le temps qui sépare Rabat de deux rendez-vous onusiens décisifs sur le Sahara. Pendant que les chancelleries défilent à Laâyoune, un humoriste panafricaniste se fait cueillir à Johannesburg et une rivière continue de nourrir Bangui à coups de pirogues. Tour d'horizon d'une semaine où l'Afrique se joue autant dans les couloirs du Conseil de sécurité que sur l'eau brune de l'Oubangui.
Pourquoi Laâyoune est-elle devenue une ruche diplomatique ?
Les 24 et 30 avril, le Conseil de sécurité de l'ONU doit se pencher sur la MINURSO, cette mission d'observation du cessez-le-feu au Sahara créée en 1991 et dont le mandat arrive à échéance. D'après Hespress, le siège de la mission à Laâyoune enchaîne depuis plusieurs jours les visites de représentants des cinq membres permanents du Conseil, de comités spécialisés dans les opérations de maintien de la paix et de missions techniques chargées d'une révision stratégique.
Traduction : on ne vient pas à Laâyoune par hasard ni par tourisme onusien. On vient regarder, mesurer, consigner. Chaque rapport technique remis avant la séance du 30 avril pèsera sur le vote. Pour Rabat, qui a patiemment reconstruit une architecture diplomatique autour de son plan d'autonomie — reconnu ou soutenu par Washington, Madrid, Paris et une part croissante du continent —, ce rendez-vous n'a rien d'une formalité. La révision stratégique évoquée par Hespress ouvre la porte à une redéfinition du mandat lui-même. Et c'est précisément là que les lignes peuvent bouger, dans un sens ou dans l'autre.
Le Maroc aborde l'échéance en position de force apparente. Reste à transformer l'essai dans une enceinte où les équilibres restent verrouillés par le droit de veto russe — et où la diplomatie algérienne n'a pas dit son dernier mot.
Que dit l'arrestation de Kemi Seba à Johannesburg ?
Pendant que Rabat mobilise son capital diplomatique, une autre Afrique se fait plus bruyante. L'activiste franco-béninois Kemi Seba, figure du panafricanisme anti-français, a été interpellé en Afrique du Sud, selon le brief hebdomadaire de Jeune Afrique. Les circonstances précises et les charges n'ont pas été détaillées dans les éléments disponibles.
Indépendamment du dossier judiciaire, l'épisode illustre une donne qui traverse tout le continent : la rhétorique souverainiste, portée par une génération qui se reconnaît dans les régimes militaires du Sahel, cogne désormais jusque dans les pays les plus institutionnalisés du sud du continent. L'Afrique du Sud de Cyril Ramaphosa, qui a multiplié les gestes d'alignement avec Alger sur le dossier sahraoui, se retrouve à gérer un invité encombrant sur son propre sol. Le continent n'est pas un bloc. Rabat, qui joue sa carte auprès des capitales africaines une à une, le sait mieux que personne.
La même livraison de Jeune Afrique signale par ailleurs un bilan du chef du gouvernement marocain — dont le détail n'est pas repris ici — et la montée en puissance d'une réserve stratégique de cobalt en RDC. Deux signaux faibles qui disent la même chose : les ressources et les récits deviennent des armes diplomatiques.
L'Oubangui, ou la géopolitique vue d'en bas
Changement d'échelle. Entre Bangui et Zongo, la rivière Oubangui fait office d'autoroute commerciale informelle, rapporte Jeune Afrique dans un reportage consacré aux pirogues et baleinières qui traversent le fleuve chaque jour. Pas de douanes efficaces, pas de postes de contrôle sophistiqués : juste une économie populaire qui relie une capitale enclavée à son voisin congolais.
Le détail semble anecdotique face aux ballets onusiens. Il ne l'est pas. Quand les États échouent à structurer leurs frontières, ce sont les habitants qui bricolent les leurs. L'Afrique centrale survit par ces circuits informels que les institutions peinent à cartographier — et que les coups d'État, les conflits armés ou les sanctions internationales peuvent dérégler du jour au lendemain. Rappel utile au moment où l'on parle de "stabilité régionale" dans les enceintes feutrées.
Ce qu'il faut retenir
- Deux dates à surveiller : les 24 et 30 avril, la MINURSO passe devant le Conseil de sécurité. Le va-et-vient actuel à Laâyoune précède un arbitrage sensible pour Rabat.
- Le panafricanisme radical s'exporte jusqu'en Afrique du Sud : l'arrestation de Kemi Seba rappelle que le continent reste traversé par des lignes de fracture idéologiques.
- La géopolitique ne se joue pas que dans les palais : sur l'Oubangui, une économie informelle tient lieu de politique étrangère.