Sahara, diplomatie spirituelle et IA : les équilibres géopolitiques du Maroc ce 6 septembre
Le 35e anniversaire du cessez-le-feu au Sahara occidental coïncide avec des dons royaux aux zaouïas et une consommation électrique record de l'IA. Analyse des signaux géopolitiques marocains.
Le 6 septembre 2026 marque un triple anniversaire pour le Maroc : trente-cinq ans après la signature du cessez-le-feu au Sahara occidental, la diplomatie spirituelle du royaume s’affirme avec des dons royaux aux zaouïas, tandis que l’essor de l’intelligence artificielle soulève des questions énergétiques inédites. Ces trois dynamiques, apparemment distinctes, dessinent les contours d’une stratégie géopolitique où le religieux, le territorial et le technologique s’entrelacent.
Sahara occidental : le cessez-le-feu de 1991, un héritage sous tension
Le 6 septembre 1991, le Maroc et le Front Polisario signaient un cessez-le-feu sous l’égide des Nations unies, mettant fin à quinze années de conflit armé. Trente-cinq ans plus tard, cet accord reste en vigueur, malgré les récentes escalades verbales et les tensions persistantes autour du statut du territoire. Selon Yabiladi, cet anniversaire rappelle le rôle clé joué par Hassan II et le président algérien Chadli Bendjedid, ainsi que par l’ONU, dans la conclusion de cet accord. La Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO), déployée depuis 1991, continue de superviser le cessez-le-feu, bien que son mandat ait été régulièrement contesté.
Pour le Maroc, cet anniversaire est l’occasion de réaffirmer sa position sur une solution politique basée sur l’autonomie sous souveraineté marocaine, une proposition soutenue par plusieurs pays, dont les États-Unis et l’Espagne. Cependant, les récentes déclarations du Polisario, qui menace de reprendre les hostilités, et les tensions régionales, notamment avec l’Algérie, rappellent que la stabilité du Sahara occidental reste fragile. Dans ce contexte, le Maroc mise sur une diplomatie proactive, combinant soft power religieux et économique, pour renforcer sa légitimité sur la scène internationale.
Diplomatie spirituelle : les zaouïas, un levier d’influence méconnu
Jeudi 4 septembre, une commission royale a remis des dons aux zaouïas Tanaghmelt Nassiria et Bassiria, dans la province d’Azilal, à l’occasion du 28e anniversaire de la disparition de Hassan II. Ces cérémonies, marquées par la récitation de versets coraniques et la présence d’autorités locales, illustrent l’importance des zaouïas dans la diplomatie marocaine. Selon Hespress, ces dons s’inscrivent dans une tradition de soutien aux confréries soufies, qui jouent un rôle central dans la cohésion sociale et spirituelle du pays.
Les zaouïas ne sont pas seulement des lieux de culte : elles constituent un réseau d’influence qui dépasse les frontières du Maroc. En Afrique subsaharienne, où le soufisme est largement répandu, ces confréries servent de relais à la diplomatie marocaine, notamment dans des pays comme le Sénégal, le Mali ou la Côte d’Ivoire. Le Maroc, qui abrite le plus grand nombre de zaouïas au monde, utilise ce soft power pour renforcer ses liens avec le continent, en complément de ses initiatives économiques et politiques.
Cette diplomatie spirituelle s’inscrit dans une stratégie plus large de positionnement du Maroc comme acteur clé du monde musulman. Le royaume, qui abrite le siège de la Ligue islamique mondiale, mise sur son héritage religieux pour contrer les influences concurrentes, notamment celles de l’Algérie ou de la Turquie. Dans un contexte régional marqué par les tensions géopolitiques, les zaouïas deviennent ainsi un outil discret mais efficace de rayonnement international.
Intelligence artificielle : le Maroc face au défi énergétique
L’essor de l’intelligence artificielle (IA) soulève des questions énergétiques majeures, et le Maroc n’échappe pas à cette dynamique. Selon un rapport publié cette semaine par l’Union internationale des télécommunications (UIT) et la World Benchmarking Alliance (WBA), les entreprises du secteur numérique ont consommé près de 500 térawattheures (TWh) d’électricité en 2024, soit 1,7 % de la consommation mondiale. Plus préoccupant encore, dix entreprises concentrent à elles seules 54 % de cette consommation, un niveau supérieur à la consommation annuelle de certains pays.
Si le Maroc n’abrite pas encore les géants du numérique responsables de cette consommation, le pays est directement concerné par ces enjeux. D’une part, le royaume mise sur l’IA comme levier de compétitivité économique, notamment dans les secteurs du textile, de l’agriculture et des énergies renouvelables. D’autre part, la demande croissante en électricité, liée à l’industrialisation et à l’urbanisation, pose la question de la soutenabilité énergétique. Avec une capacité installée de près de 12 000 MW, dont 40 % proviennent des énergies renouvelables, le Maroc doit trouver un équilibre entre développement technologique et transition écologique.
L’IA, souvent présentée comme une solution pour optimiser les ressources, pourrait paradoxalement aggraver la pression sur le réseau électrique. Les data centers, indispensables au fonctionnement des algorithmes, sont particulièrement gourmands en énergie. Dans ce contexte, le Maroc devra accélérer ses investissements dans les énergies renouvelables pour éviter une dépendance accrue aux énergies fossiles, tout en maintenant sa compétitivité industrielle.
Ce qu’il faut retenir
Le 6 septembre 2026 offre une lecture contrastée des équilibres géopolitiques marocains. D’un côté, le royaume célèbre le 35e anniversaire d’un cessez-le-feu au Sahara occidental, tout en réaffirmant sa diplomatie spirituelle à travers le soutien aux zaouïas. De l’autre, l’essor de l’IA pose des défis énergétiques inédits, qui pourraient redessiner les priorités économiques du pays.
Ces trois dynamiques – territoriale, religieuse et technologique – illustrent la complexité de la stratégie marocaine. Le Maroc mise sur une approche multidimensionnelle, combinant soft power, innovation et stabilité régionale, pour consolider sa position sur la scène internationale. Cependant, les tensions persistantes au Sahara, les défis énergétiques et la concurrence accrue en Afrique subsaharienne rappellent que ces équilibres restent fragiles.
Dans les mois à venir, le royaume devra naviguer entre ces enjeux, tout en préparant les prochaines échéances politiques, notamment les élections législatives prévues en 2026. Une chose est certaine : la géopolitique marocaine ne se résume plus à des questions de frontières ou de diplomatie traditionnelle. Elle s’écrit désormais à la croisée du religieux, du technologique et de l’économique.