Sahara : l'accord secret entre Hassan II et Bouteflika avant 1999

Un document diplomatique américain révèle un arrangement entre le Maroc et l'Algérie sur le Sahara avant la mort de Hassan II en 1999. Contexte et implications régionales.

Sahara : l'accord secret entre Hassan II et Bouteflika avant 1999
Photo de Philip Strong sur Unsplash

Le dossier du Sahara occidental, épine géopolitique de l'Afrique du Nord depuis près d'un demi-siècle, vient de s'enrichir d'une révélation historique. Un télégramme diplomatique américain daté de 1999, révélé par Yabiladi, met en lumière un accord confidentiel entre le roi Hassan II et le président algérien Abdelaziz Bouteflika quelques semaines avant la mort du monarque marocain. Cette découverte jette une lumière nouvelle sur les dynamiques régionales à la veille du XXIe siècle et interroge les fondements des positions actuelles.

L'accord qui n'a jamais vu le jour

Selon le document cité par Yabiladi, Hassan II aurait confié à l'ambassadeur des États-Unis au Maroc, Edward Gabriel, qu'il était "parvenu à un accord" avec Abdelaziz Bouteflika sur le dossier saharien. Cette déclaration intervient dans un contexte particulier : Bouteflika, alors fraîchement élu président algérien, avait effectué une visite remarquée au Maroc en tant que ministre des Affaires étrangères dans les années 1970. Le souverain marocain aurait exprimé son optimisme quant à une résolution du conflit, estimant que l'arrivée de Bouteflika au pouvoir ouvrait une fenêtre d'opportunité.

Les contours exacts de cet accord restent flous. Le télégramme ne précise ni les termes de l'arrangement ni les concessions éventuelles de part et d'autre. On sait cependant que les discussions portaient sur un cadre général, probablement inspiré des plans d'autonomie proposés ultérieurement par le Maroc. L'ambassadeur Gabriel rapporte que Hassan II considérait Bouteflika comme un interlocuteur crédible, capable de faire bouger les lignes en Algérie.

Un contexte régional en mutation

Cette révélation prend tout son sens quand on la replace dans le contexte de l'époque. L'année 1999 marque un tournant pour les deux pays. Au Maroc, Hassan II s'éteint en juillet, laissant le trône à son fils Mohammed VI. En Algérie, Bouteflika prend les rênes d'un pays encore marqué par la guerre civile des années 1990 et cherche à normaliser ses relations internationales.

Les relations maroco-algériennes étaient alors dans une phase de relative détente. Les deux pays venaient de rétablir leurs relations diplomatiques en 1994, après une rupture de plusieurs années. Le dossier saharien, cependant, restait un point de blocage majeur. L'optimisme affiché par Hassan II suggère que les deux parties étaient prêtes à explorer des solutions innovantes, peut-être inspirées des modèles d'autonomie en vigueur dans d'autres régions du monde.

Les implications pour aujourd'hui

La mort de Hassan II, survenue quelques semaines après cette déclaration, a-t-elle enterré définitivement cet accord ? Rien ne permet de l'affirmer avec certitude. Ce qui est certain, c'est que les positions des deux pays n'ont guère évolué depuis. Le Maroc continue de promouvoir son plan d'autonomie pour le Sahara, tandis que l'Algérie soutient le droit à l'autodétermination du peuple sahraoui.

Cette révélation historique soulève plusieurs questions. Pourquoi cet accord n'a-t-il jamais été formalisé ? Les successeurs des deux dirigeants ont-ils été informés de ces discussions ? Et surtout, quels enseignements en tirer pour les négociations actuelles ? Le fait que deux figures aussi centrales aient pu envisager un compromis suggère que des solutions existent, même si les conditions politiques de l'époque diffèrent radicalement de celles d'aujourd'hui.

Le poids de l'histoire dans les relations régionales

L'épisode rappelle à quel point l'histoire pèse sur les relations maghrébines. Les frontières héritées de la colonisation, les conflits post-indépendance et les rivalités personnelles entre dirigeants ont façonné une dynamique régionale complexe. Le Sahara occidental en est l'illustration la plus frappante : un dossier qui cristallise les tensions, mais aussi, parfois, les espoirs de coopération.

La révélation de cet accord secret intervient à un moment où les relations maroco-algériennes traversent une nouvelle phase de tensions. La fermeture des frontières, les divergences sur la Libye et les accusations mutuelles d'ingérence compliquent toute perspective de dialogue. Pourtant, l'histoire montre que des compromis ont été possibles, même dans les périodes les plus tendues.

Ce qu'il faut retenir

  1. Un accord avorté : Hassan II et Bouteflika avaient trouvé un terrain d'entente sur le Sahara en 1999, mais la mort du monarque a interrompu le processus.
  2. Un contexte favorable : Les années 1990 ont vu une relative détente entre Rabat et Alger, facilitant les discussions.
  3. Des questions persistantes : Pourquoi cet accord n'a-t-il pas abouti ? Les successeurs des deux dirigeants en ont-ils hérité ?
  4. Un héritage encombrant : Ce document rappelle que des solutions existent, mais que les conditions politiques actuelles rendent leur mise en œuvre difficile.

Cette révélation historique ne change pas fondamentalement la donne géopolitique, mais elle offre une perspective nouvelle sur les possibilités de résolution du conflit. Elle montre que les lignes rouges d'aujourd'hui n'ont pas toujours été aussi figées, et que les dirigeants du passé ont su, à l'occasion, faire preuve de pragmatisme. Reste à savoir si leurs successeurs sauront s'en inspirer.