Géopolitique : Moscou recule à Kidal, Bogota défie les COP

Géopolitique : 400 paramilitaires russes évacués de Kidal après la chute aux mains des rebelles touareg, Bogota convoque une conférence climat parallèle.

Géopolitique : Moscou recule à Kidal, Bogota défie les COP
Photo de Ehimetalor Akhere Unuabona sur Unsplash

TL;DR

  • 400 paramilitaires russes d'Africa Corps évacués de Kidal après la prise de la ville par les rebelles touareg du Front de libération de l'Azawad, dimanche 26 avril (source : Le Monde).
  • Une cinquantaine d'États se réunissent cette semaine en Colombie pour la première conférence internationale dédiée à la sortie des énergies fossiles, hors cadre onusien (source : Ouest-France).
  • La France rend hommage ce mardi 28 avril au casque bleu Anicet Girardin, tué au Liban (source : Le Parisien).

L'ordre international ne se réorganise plus dans les sommets — il se défait sur les pistes de Kidal, dans les couloirs de Bogota, sur la frontière sud du Liban. Trois épisodes étrangers les uns aux autres dessinent la même tendance : les États contournent les institutions multilatérales, par lassitude ou par incapacité.

Pourquoi la Russie évacue-t-elle Kidal ?

Dimanche 26 avril, les rebelles touareg du Front de libération de l'Azawad ont repris la ville de Kidal, dans le nord du Mali. Conséquence immédiate, selon Le Monde : au moins 400 paramilitaires d'Africa Corps — le groupe russe qui a succédé à Wagner après sa dissolution — ont été évacués sous escorte. Le revers est militaire et politique. Africa Corps avait été vendu à Bamako comme l'outil de la souveraineté retrouvée face à l'ancienne tutelle française. La junte malienne avait misé sur Moscou pour stabiliser un nord en sécession permanente.

Trois ans plus tard, les paramilitaires russes battent en retraite face à des combattants touareg qui n'ont jamais désarmé. L'épisode fissure le narratif que la junte sert à sa population : la promesse d'une protection efficace contre une insurrection lancinante. Il fragilise aussi l'image que Moscou projetait au Sahel, celle d'un partenaire militaire imbattable. Africa Corps découvre, dans la poussière de Kidal, ce que l'armée française avait fini par admettre — qu'aucune force étrangère ne tient seule un nord malien que ses propres habitants contestent.

Que cherche Bogota en organisant sa propre conférence climat ?

Pendant que les COP onusiennes s'enlisent dans les compromis pétroliers, la Colombie a convoqué cette semaine une cinquantaine d'États autour d'une question simple : comment sortir des énergies fossiles. La ministre colombienne de l'Environnement Irene Velez Torres a déclaré à l'AFP, selon Ouest-France, vouloir former « une nouvelle puissance » climatique, en dehors du cadre traditionnel.

Le geste est diplomatique autant qu'écologique. Les COP, où chaque État pétrolier dispose d'un droit de veto implicite, se sont transformées en théâtres d'attrition. Bogota propose une autre méthode : une coalition restreinte d'États volontaires, sur le modèle de ce qu'on a vu en matière d'armement nucléaire ou de finance climat. Reste à savoir si cinquante signatures, sans les grands émetteurs, suffisent à peser. La diplomatie de la trace contre la diplomatie du consensus — l'aveu d'épuisement vaut programme politique.

Pourquoi la France enterre-t-elle un casque bleu au Liban ?

Anicet Girardin, soldat français déployé au Liban dans le cadre de la Finul, a été tué. La France lui rend hommage ce mardi, comme l'indique Le Parisien. Paris compte encore plusieurs centaines d'hommes au sein de la mission onusienne déployée le long de la Ligne bleue, frontière sensible avec Israël. La perte d'un militaire rouvre une question politique qui ne disparaît jamais : à quoi sert la Finul, alors que les hostilités intermittentes entre le Hezbollah et l'armée israélienne n'ont cessé d'éroder son mandat ?

Le dilemme est connu. Maintenir la présence, c'est honorer la solidarité multilatérale et conserver un siège à la table régionale. La retirer, c'est renoncer à un poste d'observation que la France paye au prix fort. L'hommage rendu à Anicet Girardin rappelle que la présence française au Levant a un coût humain, et qu'il continue d'être payé sur un théâtre que personne ne sait plus stabiliser.

Ce qu'il faut retenir

  • Africa Corps recule au Mali. L'efficacité de la projection russe en Afrique rencontre les mêmes obstacles que ceux qui avaient eu raison de Barkhane.
  • Bogota tente une diplomatie climatique parallèle. Preuve d'épuisement du multilatéralisme onusien, pari sur une coalition restreinte.
  • La Finul paye encore son tribut. La France enterre un de ses casques bleus sur un théâtre dont l'ONU n'arbitre plus rien.