Mort de Robin Morgan, Z Event record et féminismes en débat : les visages de la société française
Décès de la féministe Robin Morgan, record de dons du Z Event, polémique sur la loi intégrale contre les violences sexistes : trois sujets qui révèlent les tensions et dynamiques sociales en France.
La société française traverse ce week-end une séquence marquée par des hommages, des records de solidarité et des controverses qui en disent long sur ses fractures et ses ressorts. Entre la disparition d’une figure historique du féminisme, l’engouement pour un événement caritatif devenu phénomène de société, et les débats houleux autour d’une loi contre les violences sexistes, trois sujets dessinent les contours d’une rentrée sociale où l’héritage militant, la générosité collective et les clivages idéologiques s’entremêlent.
Robin Morgan, une féministe américaine qui a inspiré la France
La poétesse et militante américaine Robin Morgan est morte vendredi à New York à l’âge de 85 ans, laissant derrière elle un héritage qui a traversé l’Atlantique. Figure majeure des mouvements féministes des années 1960 et 1970, elle avait cofondé le Women’s Media Center et publié des essais influents, dont Sisterhood is Powerful (1970), un manifeste qui a nourri les réflexions des militantes françaises. Son engagement ne se limitait pas aux droits des femmes : elle avait aussi pris part aux luttes contre la guerre du Vietnam et pour les droits civiques, incarnant une génération de militantes pour qui les combats étaient indissociables.
En France, son décès a suscité des hommages discrets mais significatifs. Si son nom reste moins connu que ceux de Simone de Beauvoir ou de Gisèle Halimi, son influence sur les courants féministes radicaux et intersectionnels est régulièrement soulignée par les historiennes. « Morgan a contribué à populariser l’idée que le personnel était politique, une notion qui a structuré les luttes féministes en France dans les années 1970 », explique l’historienne Christine Bard, citée par Le Monde. Son parcours rappelle aussi que le féminisme français a souvent puisé dans les dynamiques américaines, tout en les adaptant à son propre contexte.
Le Z Event, ou la philanthropie à l’ère du streaming
Avec 11 millions d’euros récoltés en moins de 48 heures, le Z Event 2026 a pulvérisé son propre record, confirmant son statut de plus grand événement caritatif en ligne d’Europe. Organisé par les streameurs ZeratoR et Domingo, ce marathon de jeux vidéo et de défis en direct, qui s’achève ce dimanche soir, a mobilisé des millions de spectateurs autour de 22 associations, dont la Croix-Rouge française, le Secours populaire et la Fondation Abbé-Pierre. « Ce n’est plus un simple événement, c’est un phénomène de société », analyse le sociologue des médias Dominique Cardon, interrogé par Libération.
Le succès du Z Event interroge la place de la générosité dans une société où les formes d’engagement évoluent. Contrairement aux campagnes traditionnelles, qui misent sur l’émotion ou la culpabilité, le Z Event mise sur la communauté, l’interactivité et le divertissement. Les donateurs, souvent jeunes, sont incités à participer non seulement par des promesses de dons des streameurs, mais aussi par des défis collectifs, comme des marathons de jeux ou des performances physiques. « On est dans une logique de participation plutôt que de charité », note Cardon. Une approche qui semble porter ses fruits : depuis sa création en 2016, le Z Event a levé plus de 50 millions d’euros.
Pourtant, l’événement n’échappe pas aux critiques. Certains lui reprochent son manque de transparence sur la répartition des dons ou son côté « people », où les streameurs deviennent des figures médiatiques à part entière. D’autres soulignent que cette forme de philanthropie, aussi spectaculaire soit-elle, ne remplace pas les engagements politiques ou militants de long terme. « Le Z Event est un symptôme de notre époque : on donne facilement, mais on s’engage moins », résume une bénévole de la Croix-Rouge, qui préfère rester anonyme.
Loi intégrale contre les violences sexistes : le féminisme en débat
Lundi, l’Assemblée nationale examinera en première lecture la « loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles », un texte ambitieux qui vise à renforcer la protection des victimes et à durcir les peines pour les agresseurs. Pourtant, ce projet, porté par le gouvernement, divise profondément les mouvements féministes. Pour ses défenseurs, il marque une avancée historique, avec des mesures comme la création d’un délit d’outrage sexiste aggravé ou l’allongement des délais de prescription pour les crimes sexuels commis sur mineurs. « Enfin, une loi qui prend la mesure de l’ampleur des violences », se réjouit la secrétaire d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes, citée par Le Figaro.
Mais pour une partie des féministes, notamment celles issues des courants intersectionnels, le texte est « trop répressif et pas assez révolutionnaire ». Dans une tribune publiée par Libération, plusieurs collectifs dénoncent une approche « punitive » qui, selon eux, risque de cibler davantage les populations marginalisées. « Une loi pensée par des blancs pour des blancs », résume l’une des signataires, qui pointe aussi l’absence de mesures structurelles, comme le financement des associations d’aide aux victimes ou la formation des policiers et des magistrats. Le débat reflète une fracture plus large au sein du féminisme français, entre celles qui misent sur le droit et celles qui privilégient les approches systémiques.
La polémique s’inscrit aussi dans un contexte politique tendu. À quelques mois de l’élection présidentielle, le sujet des violences sexistes est devenu un enjeu de campagne. La droite et l’extrême droite accusent le gouvernement de « laxisme », tandis que la gauche radicale lui reproche de ne pas aller assez loin. Dans ce paysage clivé, la loi intégrale cristallise les tensions entre efficacité judiciaire et justice sociale, entre punition et prévention.
Ce qu’il faut retenir
Trois dynamiques se dégagent de ces sujets. D’abord, la persistance d’un héritage militant, comme en témoigne la mort de Robin Morgan, qui rappelle que les combats féministes s’inscrivent dans une histoire transnationale. Ensuite, l’émergence de nouvelles formes de solidarité, à l’image du Z Event, qui montrent comment le numérique redéfinit l’engagement citoyen. Enfin, les débats autour de la loi intégrale illustrent les divisions d’un mouvement féministe en pleine recomposition, tiraillé entre radicalité et institutionnalisation.
Ces sujets, aussi différents soient-ils, ont un point commun : ils révèlent une société française en quête de repères, où les clivages idéologiques côtoient une soif de collectif. Entre nostalgie des luttes passées et innovations solidaires, entre répression et émancipation, la rentrée sociale 2026 s’annonce comme un miroir des tensions et des espoirs d’une époque.