Société : la réforme pénale cale, le Maroc temporise

Société marocaine en tension : Ouahbi concède que le Code pénal pourrait ne pas aboutir. Pendant ce temps, le SIAM s'ouvre et Casablanca parle manga.

Société : la réforme pénale cale, le Maroc temporise
Photo de Fabio Santaniello Bruun sur Unsplash

Revue de presse du 21 avril 2026
Dernière mise à jour : 09:18

Le ministre de la Justice a fini par le dire. Lâché à la Chambre des représentants, sans détour : la réforme du Code pénal pourrait bien ne jamais aboutir sous cette législature. Pendant que le chantier législatif s'enlise, un million deux cent mille familles marocaines vivent de leur bétail, et Casablanca s'apprête à recevoir le Japon.

Pourquoi la réforme pénale s'enlise-t-elle vraiment ?

Abdellatif Ouahbi n'a plus grand-chose à cacher. Selon Hespress, le ministre de la Justice a reconnu lundi devant les députés que le projet de Code pénal pourrait ne pas voir le jour avant la fin de la législature. La formule est diplomatique, le constat brutal : le texte pilote de la modernisation judiciaire marocaine est coincé.

Le ministre a évoqué des « lignes rouges » qu'il dit ne pas pouvoir franchir. Traduction politique : les désaccords de fond bloquent l'arbitrage. Derrière la formule, une réalité plus dure — les peines alternatives, promesses répétées pour désengorger des prisons saturées, piétinent. Et la réforme pénale, annoncée comme l'un des marqueurs sociaux de la décennie, risque de finir dans le tiroir où s'entassent les bonnes intentions.

Pour une société qui attend des textes modernes sur la liberté individuelle, les mœurs, le numérique, le message est ambigu. Quand un ministre avoue publiquement l'impasse, ce n'est plus un aveu technique, c'est un signal politique : le consensus n'existe pas, et personne n'ose forcer la main. Le citoyen, lui, continue de vivre avec un Code qui date d'une autre époque.

Qui fait vraiment tourner l'économie marocaine ?

Pendant que la loi piétine, la terre tient. À Meknès, la 18ᵉ édition du Salon International de l'Agriculture (SIAM) s'est ouverte lundi sous la présidence du prince Moulay Rachid. Le ministre de l'Agriculture Ahmed El Bouari y a déroulé, selon Hespress, des chiffres qu'on a trop souvent tendance à oublier.

Près d'un tiers du PIB agricole repose sur la seule production animale. L'élevage génère 35 milliards de dirhams de valeur ajoutée, assure 135 millions de journées de travail par an, et fait vivre environ 1,2 million d'éleveurs à travers le royaume. Ce n'est pas un secteur, c'est une colonne vertébrale sociale.

Le chiffre doit être entendu à sa juste mesure. Un million deux cent mille familles, c'est bien plus que la totalité des fonctionnaires de l'État. C'est l'équivalent démographique d'un pays. Et c'est cette masse silencieuse qui encaisse les sécheresses à répétition, les flambées de prix du fourrage, et la concurrence des importations. Parler de société marocaine sans parler d'eux, c'est parler d'une façade.

Le SIAM est un rituel. Il rappelle aussi une évidence rarement énoncée : la résilience du Maroc rural reste le vrai filet de sécurité nationale.

Quand Casablanca parle japonais et Fès accueille Berlin

Et puis il y a l'autre Maroc. Celui qui s'ouvre, qui exporte son image, qui se cherche à l'international. Le programme « Maroc, Terre de Cultures » revient pour une quatrième édition, rapporte Hespress, cette fois placée sous le signe du Japon. L'événement « Manga F'lmdina », organisé par le Collectif 4.0 et la Fondation Al Mada, plongera familles et amateurs dans l'univers des mangas, le 25 avril à la Villa des Arts de Casablanca.

Six semaines plus tard, la capitale spirituelle prendra le relais. Du 4 au 7 juin, Fès accueillera la 29ᵉ édition du Festival des Musiques Sacrées du Monde. L'Ambassade d'Allemagne et la Fondation Esprit de Fès y célébreront les 70 ans de relations diplomatiques entre les deux pays, à travers une création mêlant la chanteuse Kat Frankie et les chants amazighs.

Ce n'est pas anodin. Dans un pays où la réforme juridique bloque, c'est la culture qui joue le rôle de passerelle. Japon, Allemagne, musiques soufies, manga, chants amazighs — le Maroc se positionne comme carrefour, à défaut de se réformer comme État de droit moderne. La diplomatie culturelle avance, les lois attendent.

Ce qu'il faut retenir

Trois faits, une cohérence. Premier fait : Ouahbi concède que la réforme pénale pourrait ne pas passer cette législature, selon Hespress. Deuxième fait : le SIAM rappelle que 1,2 million de Marocains vivent de l'élevage, soit près d'un tiers du PIB agricole. Troisième fait : Casablanca reçoit le Japon et Fès célèbre 70 ans de relations germano-marocaines par la musique.

Le Maroc sait s'ouvrir au monde et sait faire vivre ses campagnes. Il lui reste à prouver qu'il sait aussi réformer son droit. Sans cette troisième jambe, la marche restera boiteuse.