Maroc : Raï, logistique africaine et mobilité urbaine, les enjeux culturels de juillet

Du Raï d'Oujda à la logistique africaine en passant par les tensions urbaines à Marrakech, le Maroc cultive son soft power et ses infrastructures en juillet 2026.

Maroc : Raï, logistique africaine et mobilité urbaine, les enjeux culturels de juillet
Photo de Philip Strong sur Unsplash

L'art du Raï s'expose à Oujda, entre mémoire et modernité

La galerie d'art d'Oujda accueille depuis le 22 juillet une exposition singulière qui fait dialoguer pinceaux et mélodies. Intitulée "L'Art et le Raï", cette manifestation rend hommage à 23 figures emblématiques de la chanson orientale et du Raï, ces musiques qui ont façonné l'identité culturelle de l'Oriental marocain. L'artiste Younes Miloudi y présente une collection de 20 tableaux, chacun devenant le portrait visuel d'une voix - de Cheb Khaled à Cheikha Rimitti, en passant par des artistes locaux moins médiatisés mais tout aussi essentiels à la transmission de ce patrimoine.

Cette exposition s'inscrit dans une dynamique plus large : elle coïncide avec le Festival du Raï de l'Oriental, un événement qui dépasse désormais le simple cadre musical pour s'affirmer comme un levier de développement territorial. La région mise sur cette vitrine culturelle pour attirer touristes et investisseurs, dans une stratégie où l'art devient un outil de soft power. Le choix d'Oujda comme écrin n'est pas anodin : la ville, frontalière avec l'Algérie, se positionne comme un pont culturel entre le Maroc et son voisin, malgré les tensions diplomatiques persistantes.

L'initiative illustre une tendance observable depuis plusieurs années : le patrimoine immatériel marocain, longtemps considéré comme une ressource folklorique, est désormais perçu comme un actif économique et diplomatique. Le Raï, né dans les marges sociales avant de conquérir les scènes internationales, incarne cette transformation. Son exposition artistique à Oujda marque une nouvelle étape - celle où la culture devient un langage universel, capable de transcender les frontières politiques.


LOGITERRE 2026 : Casablanca s'impose comme capitale logistique de l'Afrique

Du 20 au 22 octobre prochains, Casablanca accueillera la troisième édition de LOGITERRE, un forum-salon international consacré à la mobilité, au transport et à la logistique. Placé sous le Haut Patronage du Roi Mohammed VI, cet événement s'annonce comme un tournant pour le continent africain. Avec plus de 44 pays représentés, il reflète l'ambition marocaine de s'imposer comme hub logistique régional, dans un contexte où l'Afrique accélère son intégration économique.

Le choix du Maroc pour abriter cette manifestation n'est pas fortuit. Le pays a considérablement modernisé ses infrastructures ces dernières années, avec des projets comme le port Tanger Med, devenu le premier port africain en termes de trafic conteneurisé. Mais c'est surtout la vision stratégique qui impressionne : LOGITERRE ne se contente pas d'exposer des technologies, il entend créer un écosystème où se croisent décideurs politiques, investisseurs et opérateurs logistiques.

L'enjeu est de taille. L'Afrique, malgré son potentiel économique, souffre encore d'un déficit d'infrastructures qui freine son développement. Selon la Banque africaine de développement, le continent perd entre 2 et 5% de son PIB annuel à cause de ces lacunes. Le Maroc, avec sa position géographique stratégique entre l'Europe et l'Afrique subsaharienne, se présente comme la solution naturelle à ce défi. LOGITERRE 2026 pourrait bien être le catalyseur qui transformera cette ambition en réalité concrète.


Marrakech : l'éternel défi de la mobilité urbaine

À Marrakech, le contraste entre modernité et tradition se joue aussi dans les rues. Une récente enquête photographique publiée par Kich24 révèle la persistance de l'occupation illégale des espaces publics dans le centre-ville, malgré les campagnes de libération des trottoirs menées par les autorités locales. Le cas du boulevard Allal El Fassi, près de Bab Dekkala, est emblématique : des terrasses de cafés et des étals commerciaux empiètent régulièrement sur les trottoirs, entravant la circulation des piétons.

Ce phénomène n'est pas nouveau, mais il prend une dimension particulière à l'heure où Marrakech s'apprête à accueillir une nouvelle gare routière. La ville, qui mise sur son attractivité touristique, se trouve face à un dilemme : comment concilier développement économique et qualité de vie urbaine ? Les riverains et associations locales pointent du doigt un manque de cohérence dans l'application des réglementations. "Les campagnes de libération sont souvent ponctuelles et ciblent certains quartiers plutôt que d'autres", explique un habitant du secteur.

La problématique dépasse le simple cadre esthétique. L'encombrement des trottoirs pose des questions de sécurité, d'accessibilité pour les personnes à mobilité réduite, et même de santé publique dans un contexte de canicule persistante. Les autorités locales semblent conscientes du défi : la réorganisation des taxis et l'ouverture prochaine de la nouvelle gare routière pourraient offrir une opportunité de repenser la mobilité dans la ville ocre. Reste à savoir si ces mesures suffiront à résoudre un problème structurel, où se mêlent enjeux économiques, culturels et urbanistiques.


Ce qu'il faut retenir

  1. Le Raï comme levier culturel : L'exposition d'Oujda montre comment le patrimoine musical marocain s'institutionnalise, passant du statut d'art populaire à celui d'outil de diplomatie culturelle et de développement territorial.
  2. Casablanca, future capitale logistique de l'Afrique : LOGITERRE 2026 confirme la stratégie marocaine de positionnement comme hub continental, avec des implications économiques majeures pour les années à venir.
  3. Marrakech face à ses contradictions : La ville, vitrine touristique du Maroc, doit encore résoudre ses défis de mobilité urbaine pour concilier attractivité et qualité de vie - un enjeu qui dépasse largement le cadre local.
  4. Soft power à géométrie variable : Que ce soit à travers la musique, les infrastructures ou l'urbanisme, le Maroc mise sur des approches différenciées pour affirmer son influence, adaptant ses outils aux spécificités de chaque territoire.

Ces trois sujets, apparemment distincts, dessinent en réalité une même ambition : faire de la culture et des infrastructures des piliers du développement marocain, tout en naviguant entre héritage et modernité. Une équation complexe, mais dont les premiers résultats commencent à se dessiner.