Rabat célèbre l'écriture amazighe pendant que le Maroc s'affirme en hub continental
Revue de presse du 9 avril 2026
Dernière mise à jour : 00:54
L'IRCAM a ouvert lundi à Rabat un Forum de l'écriture romanesque dédié aux auteurs d'expression amazighe. Un événement discret, mais dont la portée dépasse largement le cercle littéraire. Au même moment, Marrakech accueille le GITEX Africa 2026, vitrine technologique du continent. Deux rendez-vous qui dessinent, chacun à sa manière, le visage d'un Maroc qui veut être à la fois enraciné et tourné vers l'avenir.
L'amazigh entre dans le roman
Le Forum, placé sous le thème « L'autofiction et l'écriture romanesque : expériences et approches », réunit des plumes comme Mohamed Nedali, Ahmed Boukous et Abdelkrim Jouiti. Des noms qui comptent. L'objectif affiché par l'IRCAM : créer un espace où les voix romanesques amazighes dialoguent avec des écrivains confirmés, au-delà des frontières régionales.
Ce n'est pas un colloque de plus. Depuis la constitutionnalisation de l'amazigh en 2011, la langue a gagné en visibilité institutionnelle — dans l'enseignement, dans l'administration, sur les panneaux routiers. Mais la littérature, elle, avance à son propre rythme. Le roman amazigh reste un territoire en construction, avec ses pionniers et ses défis : un lectorat encore restreint, un marché éditorial fragile, et la question permanente de la transmission entre l'oral et l'écrit.
Ce forum est un signal. Il dit que l'amazigh n'est pas seulement une langue de patrimoine — c'est une langue de création contemporaine. L'autofiction, genre éminemment moderne, y trouve un terrain fertile : raconter le soi dans une langue longtemps minorée, c'est un acte littéraire autant que politique.
GITEX Africa : le Maroc joue sa carte numérique
À Marrakech, le GITEX Africa 2026 bat son plein. L'événement, devenu le plus grand salon tech du continent, concentre cette année l'attention sur la fintech. Dix-huit startups sont en compétition dans un programme soutenu par Visa, tandis qu'un accord avec Tamwilcom vise à structurer l'écosystème fintech marocain.
Mais le fait marquant de cette édition se joue dans les coulisses diplomatiques. Le Maroc et l'Union européenne ont officiellement lancé le Dialogue numérique UE-Maroc, un partenariat stratégique porté par la ministre déléguée Amal El Fallah Seghrouchni et la vice-présidente exécutive de la Commission européenne Henna Virkkunen. L'ambition : accélérer la transformation digitale du Royaume tout en tissant des liens technologiques plus étroits avec Bruxelles.
Le choix de lancer ce partenariat en marge du GITEX, et non dans un cadre bilatéral classique, n'est pas anodin. Il positionne le Maroc comme un interlocuteur continental, pas seulement national. Le message est clair : quand l'Europe cherche un point d'entrée numérique vers l'Afrique, c'est à Marrakech que ça se passe.
Les nuits européennes, passion marocaine
Changement de registre, mais pas de ferveur. Mercredi soir, des millions de Marocains étaient rivés à leurs écrans pour les quarts de finale aller de la Ligue des champions. Et le spectacle a tenu ses promesses.
Le PSG a dominé Liverpool 2-0 au Parc des Princes. Désiré Doué a ouvert le score dès la 11e minute d'un tir enroulé somptueux, avant que Khvicha Kvaratskhelia ne scelle le sort du match à la 65e sur un exploit individuel. Les champions d'Europe en titre repartent avec un sérieux handicap avant le retour à Anfield.
L'autre choc a livré une surprise de taille. L'Atlético Madrid est allé s'imposer 2-0 au Camp Nou face au Barça, prenant une option sérieuse sur les demi-finales. Le match a basculé juste avant la pause, confirmant la solidité tactique des hommes de Simeone.
Au Maroc, où le football européen fait partie du quotidien culturel autant que sportif, ces soirées de Ligue des champions restent des moments de communion collective. Les cafés se remplissent, les débats s'enflamment, les réseaux sociaux s'embrasent. Le football, ici, n'est pas un divertissement — c'est un langage commun.
Ce qu'il faut retenir
Le Maroc de ce mercredi 8 avril se lit à travers ses rendez-vous : un forum littéraire qui donne de la voix à l'amazigh contemporain, un salon tech qui attire l'Europe et l'Afrique, et des soirées de football qui rappellent que la culture populaire a autant de poids que les grandes conférences. Trois scènes, un même fil conducteur — un pays qui refuse de choisir entre ses racines et ses ambitions.