Géopolitique : Rabat à la manœuvre, Bangui sous influence

Géopolitique : le Maroc s'impose sur le marché mondial de l'argent, Touadéra verrouille la Centrafrique, et les archives ressuscitent l'ombre de Kadhafi.

Géopolitique : Rabat à la manœuvre, Bangui sous influence
Photo de Gift Habeshaw sur Unsplash

Le Maroc, nouveau pivot du marché mondial de l'argent

Pendant que la diplomatie marocaine joue ses pions sur l'échiquier du Mondial 2030 et de la FINUL, c'est sous terre que se dessine un autre rapport de force. Le World Silver Survey 2026, publié par le Silver Institute en partenariat avec Metals Focus, place le Royaume parmi les rares moteurs de croissance d'un marché mondial chroniquement déficitaire. La production minière mondiale d'argent a progressé de 3 % en 2025, atteignant 846,6 millions d'onces — et l'Afrique signe la plus forte progression mondiale en pourcentage. Une performance que le rapport attribue directement à l'extension de la mine de Zgounder, exploitée dans l'Anti-Atlas marocain.

La nuance compte. Pendant que les majors sud-américaines accumulent les contre-performances, Rabat se voit propulsé dans une catégorie nouvelle : celle des fournisseurs stratégiques d'un métal essentiel à la transition énergétique — panneaux photovoltaïques, électronique, soudure industrielle. L'argent n'est pas l'or, mais il est devenu un actif géopolitique. Et le Maroc, qui ne figurait nulle part sur la carte mondiale du métal blanc il y a cinq ans, s'y inscrit sans tambour ni trompette.

C'est la même logique que la phosphate : transformer une ressource en levier d'influence. Sauf qu'ici, le client n'est plus l'agriculture mondiale, mais l'industrie verte. Cohérent avec le discours sur la souveraineté minière, beaucoup moins commenté que les contrats automobiles ou aéronautiques. À tort.

Centrafrique : Touadéra investi pour un troisième mandat, l'opposition cherche son souffle

Direction Bangui, où Faustin-Archange Touadéra a été investi pour un troisième mandat un mois après sa réélection. Jeune Afrique rapporte que les figures de l'opposition centrafricaine tentent désormais de se repositionner — sans s'accorder sur la stratégie. Boycott, dialogue, reconstruction d'appareil : chacun avance son propre calcul, dans un pays où l'espace politique se rétrécit à mesure que l'influence russe se consolide.

Pour le Maroc, qui a bâti une diplomatie africaine de long cours sur la stabilité présumée de ses partenariats, la question n'est pas anecdotique. Bangui est dans l'orbite des compagnies de sécurité privées russes héritières de Wagner, et l'arrière-plan régional — Sahel sécuritaire, mer Rouge instable, axes commerciaux ouest-africains — façonne directement l'environnement dans lequel Rabat déploie ses propres réseaux d'influence économique. Un troisième mandat verrouillé, c'est un interlocuteur prévisible mais durablement contesté. Pour les chancelleries qui investissent en Afrique centrale, ce n'est pas la même équation qu'une transition.

Quand les archives rappellent que la rivalité Rabat-Tripoli n'a rien d'historique

Yabiladi exhume un épisode qui résonne étrangement aujourd'hui : les projets prêtés à Mouammar Kadhafi de renverser le régime de Hassan II dans les années qui ont suivi son coup d'État de 1969 contre le roi Idris El-Senussi. Selon les éléments rapportés, les deux régimes nourrissaient l'ambition mutuelle de se faire chuter — une rivalité qui a connu hauts et bas jusqu'au Printemps arabe et à la chute de Tripoli en 2011.

Pourquoi cette plongée dans les archives compte-t-elle un dimanche d'avril 2026 ? Parce que la Libye reste, quinze ans après Kadhafi, une zone grise stratégique aux portes du Maghreb. Parce que la mémoire des ingérences façonne les doctrines de sécurité actuelles — et explique en partie la prudence de Rabat à laisser quiconque, y compris ses voisins, tracer des lignes rouges sur le Sahara. Et parce que les régimes ne disparaissent jamais vraiment : leurs réflexes survivent à leurs hommes.

La FAO sacre le modèle agroalimentaire marocain — un satisfecit utile

Au SIAM de Meknès, le représentant de la FAO au Maroc, Alexandre Huynh, a qualifié le Royaume de référence pour la coopération Sud-Sud en matière de transformation des systèmes agroalimentaires. Le compliment n'est pas anodin : il intervient au moment où l'Afrique cherche des modèles alternatifs aux recettes occidentales sur la sécurité alimentaire, et où le Maroc tente de capitaliser diplomatiquement sur son expertise agricole. Une reconnaissance multilatérale, c'est un argument de poids dans les négociations bilatérales à venir avec les pays du Sahel et d'Afrique de l'Ouest.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Maroc devient un fournisseur stratégique sur le marché mondial de l'argent, métal-clé de la transition énergétique — un atout de souveraineté qui se construit en silence.
  • L'investiture de Touadéra pour un troisième mandat fige l'équation centrafricaine, dans un environnement régional où l'influence russe progresse.
  • Les archives Maroc-Libye rappellent que la stabilité maghrébine n'est jamais un acquis, et que les doctrines de sécurité se nourrissent des mémoires longues.
  • Le satisfecit de la FAO offre à Rabat un levier diplomatique supplémentaire dans sa stratégie africaine.