Société : mineurs exploités, enfants expulsés, tour opaque

Société : mineurs exploités, enfants expulsés, tour opaque
Photo de Annie Spratt sur Unsplash

Revue de presse du 10 avril 2026
Dernière mise à jour : 12:11

704\. C'est le nombre de victimes mineures de prostitution recensées en France en 2025. Un chiffre sec, administratif, presque propre. Derrière, il y a des adolescentes — 94 % de filles — broyées par des réseaux que la République peine à démanteler. Le même jour, à Clamart, des parents d'élèves se mobilisent pour empêcher l'expulsion de deux gamines nées et scolarisées en France. Et à Paris, on découvre que la mairie a orchestré en coulisses un montage « ultrafavorable » pour un promoteur immobilier milliardaire. Bienvenue dans une société qui perd ses enfants et soigne ses puissants.

Pourquoi la prostitution des mineures explose-t-elle en France ?

Les chiffres publiés ce vendredi par l'Observatoire national des violences faites aux femmes donnent le vertige. 704 victimes mineures identifiées en 2025, contre 659 en 2024. Sur cinq ans, la hausse atteint 43 %, selon la Mission interministérielle pour la protection des femmes (Miprof). L'Observatoire qualifie lui-même cette trajectoire d'« alarmante ».

Le mot est faible. Ce qui frappe, ce n'est pas seulement la progression — c'est sa régularité. Année après année, les compteurs montent. Le phénomène n'est plus marginal, n'est plus cantonné aux grandes métropoles, n'est plus réductible à quelques faits divers. C'est une tendance structurelle. Et elle touche massivement des filles — 94 % des victimes.

La question qui s'impose est brutale : que fait l'appareil de protection de l'enfance ? Les dispositifs existent. Les lois aussi. Mais entre le texte et le terrain, il y a un gouffre que ces chiffres mesurent avec une précision cruelle. Quand un pays voit la prostitution de ses enfants progresser de près de moitié en quatre ans, ce n'est plus un problème de moyens. C'est un problème de priorités.

OQTF contre écolières : quand l'État expulse ceux qu'il a éduqués

À Clamart, dans les Hauts-de-Seine, la scène a quelque chose d'absurde. Devant l'école Louise-Michel, parents, élèves et associations se sont rassemblés mercredi pour défendre Eva et Sylvie, deux sœurs d'origine arménienne. Leur particularité : elles sont nées en France. Scolarisées en France. Elles n'ont connu que la France. Mais une obligation de quitter le territoire les vise, elles et leurs parents.

« Leur vie n'est pas en Arménie », résument les soutiens. La phrase semble évidente. Elle l'est. Ces enfants parlent français, grandissent dans des classes françaises, ont des camarades français. L'État français les a accueillies dans son école publique, leur a enseigné ses valeurs, leur a fait chanter la Marseillaise. Puis le même État leur signifie qu'elles n'ont pas le droit de rester.

Ce n'est pas un cas isolé — c'est un symptôme. Celui d'une politique migratoire qui fonctionne par catégories administratives sans jamais regarder les visages. Une OQTF ne distingue pas entre un adulte arrivé la veille et une enfant qui n'a jamais mis les pieds dans le pays où on veut la renvoyer. Le droit, ici, produit exactement l'inverse de la justice.

Tour Triangle : comment Paris a déroulé le tapis rouge pour Unibail

Changement de décor, mais pas de logique. Selon les documents consultés par Libération, la Ville de Paris aurait organisé « en secret » un montage financier particulièrement avantageux pour le promoteur Unibail dans le cadre du projet de la tour Triangle, dont l'inauguration est prévue début 2027.

Le Parquet national financier enquête. Et les éléments révélés sont édifiants : des échanges internes pointent le rôle joué par Élisabeth Borne — alors directrice de l'urbanisme — et par les services de la Ville dans l'attribution du projet, il y a plus de quinze ans. Libération parle de « complaisance suspecte ».

Que la tour Triangle ait été un projet contesté, on le savait. Que son attribution ait pu faire l'objet d'arrangements en coulisses, c'est une autre affaire. Car ce n'est plus un débat urbanistique — c'est une question de probité publique. Quand une municipalité négocie dans l'ombre avec un promoteur pesant des milliards, c'est la confiance dans l'institution qui s'effrite. Encore un peu plus.

Ce qu'il faut retenir

Trois histoires, un même fil. Des mineures que personne ne protège assez. Des enfants enracinées qu'on déracine par formulaire. Un gratte-ciel construit sur des arrangements opaques. À chaque fois, l'institution — État, justice, mairie — rate sa cible. Elle frappe là où elle devrait protéger, et protège là où elle devrait frapper. La société française, ce vendredi, offre un miroir peu flatteur de ses priorités réelles.