Innovation : procès OpenAI, télécom marocain en perte de vitesse

Innovation Maroc : Musk traîne Altman et OpenAI en justice, le secteur télécom ralentit en 2025, JIDAR transforme Rabat en galerie urbaine.

Innovation : procès OpenAI, télécom marocain en perte de vitesse
Photo de Annie Spratt sur Unsplash

L'innovation, ce n'est pas la machine. C'est qui décide ce qu'elle fait, à quel rythme et pour qui. Cette semaine, trois fronts qui n'ont rien à voir et qui pourtant racontent la même histoire : la nouveauté ne vaut que par la gouvernance qu'on lui impose.

Pourquoi le procès OpenAI fait jurisprudence pour tout le monde ?

Elon Musk affronte Sam Altman devant la justice américaine. Le différend porte sur la mutation d'OpenAI, fondée en 2015 comme structure à but non lucratif et devenue depuis un modèle hybride intégrant une entité commerciale, rapporte Hespress. Musk reproche à la direction d'avoir trahi la mission initiale — développer une intelligence artificielle au service de l'humanité — au profit d'une logique de valorisation classique.

Au-delà du clash de milliardaires, le procès pose la question qui hante la décennie : qui contrôle l'infrastructure intellectuelle de demain ? Une fondation philanthropique convertie en machine commerciale, c'est l'archétype des dérives de gouvernance dans la tech. Pour un Maroc qui veut bâtir un écosystème IA souverain — entre Mohammed VI Polytechnique, le datacenter de Benguerir et les annonces gouvernementales sur le numérique — l'affaire est un cas d'école. Bâtir une stack technologique sans cadre clair sur la propriété, la mission et les contre-pouvoirs, c'est garantir le même cul-de-sac juridique dans dix ans.

Le numérique marocain crée-t-il encore de la valeur ?

Le secteur de l'information et de la communication a progressé de 1,7 % en 2025, selon la Direction des études et des prévisions financières (DEPF). Le chiffre paraît honorable jusqu'à ce qu'on le compare à l'année précédente : 3 % en 2024. La croissance est presque divisée par deux. Le détail trimestriel n'arrange rien : 0,5 % au T1, 2,5 % au T2, 1,5 % au T3, 2,2 % au T4. Une trajectoire en dents de scie, pas une rampe.

Le moteur principal — la téléphonie mobile — a vu son parc croître de 1,5 % seulement en 2025, contre 4,4 % un an plus tôt. Le marché arrive à maturité. On n'équipe plus, on renouvelle. Et c'est là que le bât blesse : la valeur ajoutée d'un secteur numérique ne se compte pas en cartes SIM activées, mais en services, en logiciels, en data flows monétisés.

Or les indicateurs publiés par la DEPF mesurent l'activité télécom au sens classique. Ils ne disent rien — ou pas assez — sur la couche logicielle, le cloud, les services à valeur ajoutée. Le numérique marocain encaisse encore une rente télécom solide. Encaisse-t-il une économie de la donnée ? Les chiffres officiels n'apportent pas la preuve. Tant que la croissance du secteur dépend mécaniquement du parc d'abonnés, la décélération de 2025 n'est pas un accident — c'est un signal.

JIDAR : l'innovation qui ne demande la permission à personne

À côté des disruptions invisibles, Rabat assume une autre forme d'innovation, parfaitement visible. La 11e édition du festival JIDAR vient de s'achever avec 15 fresques monumentales supplémentaires et un mur collectif, portant à 146 le nombre total d'œuvres murales depuis le lancement en 2015, selon Hespress. Onze ans de constance, une transformation durable du tissu urbain, et une scène artistique qui rivalise avec celles de Marseille ou Berlin sur ce créneau.

Ce modèle d'innovation a un mérite politique : il ne dépend ni d'un fonds américain, ni d'une régulation européenne, ni d'un partenaire chinois. Il repose sur un commissariat artistique solide, des artistes locaux et internationaux qui partagent les mêmes murs, et une volonté municipale assumée. Pendant que la Silicon Valley se déchire en justice sur la propriété d'un modèle d'IA, une capitale africaine prouve qu'on peut bâtir une réputation culturelle de premier plan avec de la peinture, du temps long et de la rigueur curatoriale.

L'innovation, ici, n'est pas algorithmique. Elle est patrimoniale. Et elle produit ce que les hubs technologiques peinent à générer : de la fierté locale doublée d'une attractivité internationale, dans le même geste.

Ce qu'il faut retenir

Trois leçons croisées. Une : la technologie sans gouvernance claire finit devant un juge — OpenAI en fait la démonstration en temps réel. Deux : la croissance d'un secteur numérique se mesure à sa valeur ajoutée, pas à son nombre d'abonnés ; les chiffres 2025 obligent le Maroc à clarifier ce qu'il produit vraiment au-delà du parc télécom. Trois : la créativité urbaine est une infrastructure d'innovation à part entière, et JIDAR vient de prouver qu'on peut bâtir une réputation mondiale sans levée de fonds.

Le vrai sujet, derrière ces trois affaires : qui décide de la direction qu'on donne à la nouveauté.