Société : prisons en grève, logements vides taxés, eugénisme rampant

Société française du 27 avril : surveillants pénitentiaires en colère, Paris double la taxe sur les logements vides, et la tech rêve déjà de bébés sur mesure.

Société : prisons en grève, logements vides taxés, eugénisme rampant
Photo de Ed Stone sur Unsplash

Pourquoi les surveillants bloquent-ils les prisons ce lundi ?

Les portes des prisons resteront fermées ce lundi 27 avril, mais pas pour les détenus : pour les surveillants. L'UFAP-UNSA, premier syndicat de l'administration pénitentiaire, appelle au blocage de quelque 80 établissements. Selon Le Monde, le syndicat dénonce une équation devenue intenable : une surpopulation carcérale chronique d'un côté, 5 000 postes vacants de l'autre. Faites le calcul. Plus de monde derrière les barreaux, moins de monde pour les surveiller. Le résultat tient en une statistique : la France compte parmi les taux d'occupation les plus élevés d'Europe, avec des maisons d'arrêt à plus de 150 % de leurs capacités selon les chiffres officiels du ministère de la Justice.

Le timing du mouvement n'est pas anodin. Il intervient au moment où la justice ordonne, par ailleurs, la tenue d'un procès pour assassinat en lien avec une entreprise terroriste contre Franck Elong Abé, le détenu radicalisé responsable de la mort d'Yvan Colonna en mars 2022 à la centrale d'Arles. Le Monde rapporte la décision des deux juges d'instruction. La concomitance dit quelque chose : on ne peut pas demander à une administration en sous-effectif chronique d'isoler les profils à risque, de gérer la promiscuité et de prévenir les passages à l'acte. À un moment, la mécanique se grippe. Les syndicats préviennent depuis des années. Le procès Colonna sera, entre autres, celui d'un système qui regarde ailleurs.

Logements vacants : Paris suit Bruxelles, mais qui paie vraiment ?

Pendant ce temps, à l'Hôtel de ville, on sort le bâton fiscal. La loi de finances 2026 autorise les communes en zone tendue à quasiment doubler la taxe sur les logements vacants à compter de 2027. Paris a annoncé qu'elle s'en saisira, espérant remettre 20 000 appartements sur le marché, indique Le Monde. La capitale rejoint Bruxelles, New York et quelques autres métropoles qui ont fait le même pari : si laisser un logement vide coûte plus cher que le louer, les propriétaires bougeront.

L'idée a sa cohérence. Avec une crise du logement qui ne décroît pas, des loyers qui repoussent les classes moyennes en lointaine banlieue et des biens qui dorment, taxer la rente de l'immobilité est devenu un consensus politique presque transversal. Reste la question du « pour qui ». Vingt mille logements remis sur un marché parisien tendu à l'extrême ne suffiront pas à réguler les loyers du jour au lendemain — et rien ne dit que les propriétaires concernés ne préfèreront pas vendre plutôt que louer, alimentant un marché de l'achat où les ménages aisés trouvent déjà leur compte. La mesure soigne le symptôme. Elle ne traite pas la maladie : un foncier devenu produit financier.

Faut-il s'inquiéter des bébés génétiquement modifiés ?

Direction San Francisco, où Le Monde documente l'émergence de start-up — Preventive, Origin Genomics — qui revendiquent vouloir modifier le génome d'embryons humains. Le vocabulaire des fondateurs est révélateur : créer des humains « améliorés », « sans maladies », « super-intelligents ». On a déjà entendu ça quelque part. Le souvenir du généticien chinois He Jiankui, condamné en 2019 pour avoir fait naître les premières jumelles génétiquement modifiées, n'est manifestement pas dissuasif quand le capital-risque est en face.

L'édition germinale d'embryons reste interdite ou strictement encadrée dans la quasi-totalité des pays, France comprise. Mais la Silicon Valley a appris à transformer les interdictions en arbitrages réglementaires. Le pari est cynique : poser le débat dans l'espace public en présentant la chose comme inéluctable, jusqu'à ce que la société se résigne. Le mot eugénisme, longtemps banni du vocabulaire technologique, refait surface — et c'est bien le problème. Quand un fonds d'investissement finance la sélection génétique d'enfants, ce n'est plus une dérive marginale. C'est un modèle économique.

Ce qu'il faut retenir

Trois mondes parallèles, une même logique d'évitement. L'État laisse pourrir ses prisons faute de moyens et de volonté. Les villes en sont réduites à fiscaliser le manque pour produire ce que le marché ne fait plus. Et pendant que les démocraties bricolent, la tech californienne avance ses pions sur le terrain le plus intime qui soit : la fabrique du vivant. Les trois sujets n'ont en apparence rien à voir. En réalité, ils racontent la même chose : ce qui n'est pas régulé finit par s'imposer.