Économie : pouvoir d'achat, le bras de fer syndical reprend
Dialogue social tendu, Attakmili rend 6,09 %, l'Équateur en partenaire : l'économie marocaine brille à l'export mais patine sur le pouvoir d'achat.
Revue de presse du 18 avril 2026
Dernière mise à jour : 09:17
Les salaires n'ont pas bougé. Les prix, si. Entre les deux, un gouvernement en fin de mandat et des syndicats qui rappellent les promesses non tenues. L'économie marocaine de ce samedi tient dans ce décalage — et dans ce qu'il révèle des priorités réelles.
Pouvoir d'achat : pourquoi les syndicats reviennent à la charge ?
Selon Hespress, une nouvelle session du dialogue social s'est ouverte cette semaine sur fond d'inflation persistante et de charges qui s'alourdissent pour les ménages. Les centrales syndicales réclament une revalorisation immédiate des salaires et des pensions, en s'appuyant sur les accords des 22 et 24 avril — ceux que le gouvernement a signés mais n'a appliqués qu'en partie.
L'échéance n'est pas anodine. Le mandat gouvernemental touche à sa fin. Les syndicats le savent : c'est maintenant ou jamais pour arracher des mesures concrètes avant que les cartes politiques ne soient rebattues. Côté exécutif, chaque dirham d'augmentation pèse sur un budget déjà tiraillé entre chantiers royaux, subventions et dette.
Le paradoxe tient en une phrase : le Royaume affiche une croissance respectable, une diplomatie conquérante, des infrastructures qui impressionnent — mais les fiches de paie ne suivent pas. Le dialogue social joue aussi le rôle de soupape. Elle finit par lâcher quand on tarde trop à l'ouvrir.
Attakmili à 6,09 % : une performance qui interroge
Pendant que les salaires stagnent, l'épargne retraite, elle, performe. La Caisse Marocaine des Retraites a annoncé que son régime complémentaire Attakmili a dégagé un rendement de 6,09 % sur 2025, selon son communiqué relayé par Hespress. Un chiffre solide — largement au-dessus des livrets bancaires classiques et nettement supérieur à l'inflation moyenne.
Attakmili s'adresse aux fonctionnaires et au personnel militaire. Le régime s'ouvre désormais à davantage de souplesse, avec la possibilité de mobiliser une partie de l'épargne avant le départ effectif à la retraite. Sur le papier, c'est une bonne nouvelle pour les agents publics qui peuvent s'y inscrire.
Mais le chiffre a un envers. Il rappelle que la retraite à deux vitesses est installée au Maroc. Les fonctionnaires accèdent à un produit d'épargne étatique performant. Les millions d'actifs du secteur informel — commerçants, artisans, ouvriers du BTP, agriculteurs — n'ont ni caisse dédiée, ni rendement, ni filet. La réforme globale des retraites, régulièrement annoncée, reste l'un des grands chantiers promis et non tenus.
Équateur-Maroc : une porte atlantique vers l'Afrique ?
L'autre signal de la journée vient du front diplomatique. À Rabat, la ministre équatorienne des Relations extérieures, Gabriela Sommerfeld, a qualifié le Royaume de « partenaire stratégique » et de porte d'entrée vers le continent africain, selon Hespress. Le vocabulaire compte : c'est celui qu'utilisent les États qui veulent investir et exporter.
L'Équateur cherche des relais pour ses filières agricoles et industrielles. Le Maroc, de son côté, pousse depuis plusieurs années l'idée d'un espace économique atlantique reliant l'Afrique de l'Ouest à l'Amérique latine — avec Tanger Med, Dakhla Atlantique et Nador West Med comme pivots logistiques. La ministre a plaidé explicitement pour la construction de chaînes de valeur entre les deux continents.
L'enjeu dépasse la symbolique. Si la diplomatie économique marocaine transforme ces visites en flux commerciaux réels, c'est toute une doctrine qui se confirme : positionner le Royaume non plus comme simple marché, mais comme plateforme continentale. Avec un arrière-plan politique assumé — diversifier les alliances au-delà des partenaires européens traditionnels et peser davantage sur les dossiers régionaux.
Ce qu'il faut retenir
Trois chiffres résument la journée : 6,09 % pour l'épargne des fonctionnaires, des salaires qui stagnent face à l'inflation, une ministre latino-américaine qui fait du Maroc sa tête de pont africaine. Le Royaume avance bien sur la scène internationale. Le vrai défi, désormais, est que cette réussite extérieure se traduise en pouvoir d'achat intérieur. Sinon, le fossé continuera de se creuser entre l'image projetée à Rabat et le vécu des ménages dans les quartiers de Casablanca ou de Fès.