Société : la PMA promise, l'université fermée, Sarkozy au miroir
Dix-huit mois d'attente pour une PMA, la moitié des licenciés recalés en master, Sarkozy face à Guéant : quand les promesses institutionnelles se heurtent au réel.
Revue de presse du 14 avril 2026
Dernière mise à jour : 07:18
La France adore les grandes réformes. Elle légifère, proclame, célèbre. Puis elle oublie de vérifier si la plomberie suit. Trois dossiers, cette semaine, racontent la même histoire : celle d'institutions qui promettent et ne livrent pas.
PMA pour toutes : pourquoi faut-il encore attendre dix-huit mois ?
La loi de bioéthique de 2021 devait ouvrir la procréation médicalement assistée aux couples de femmes et aux femmes seules. Mission accomplie, sur le papier. Dans la réalité, selon l'Agence de la biomédecine, les délais d'attente atteignent en moyenne près de dix-huit mois en 2025. Certains centres d'Île-de-France, de Bourgogne-Franche-Comté, de Nouvelle-Aquitaine et de la Réunion sont particulièrement sous tension.
Les dons progressent — c'est un fait. Mais ils ne suffisent pas à absorber une demande qui, mécaniquement, a explosé depuis l'élargissement du droit. Le résultat : des femmes qui voient leur horloge biologique tourner pendant que le système patine. Un an et demi, quand on a 37 ans, ce n'est pas un délai administratif. C'est un verdict.
La question n'est plus de savoir si la France a eu raison d'ouvrir la PMA — ce débat est tranché. La question, c'est pourquoi on vote des droits sans financer les moyens de les exercer. Des centres saturés, des équipes sous-dimensionnées, une logistique de dons qui n'a pas changé d'échelle. Le droit existe. L'accès, lui, reste un parcours du combattant.
Sélection en master : la moitié des étudiants en psychologie laissés sur le carreau
Le comité éthique de Parcoursup et Mon Master a publié dimanche son rapport annuel, et le constat pique. À peine la moitié des titulaires d'une licence en psychologie intègrent un master à la rentrée suivante. En droit, la situation n'est guère plus brillante.
Le rapport, selon Le Monde, invite ces filières à revoir leur méthode d'analyse des candidatures. Traduction : les critères de sélection sont opaques, parfois arbitraires, et produisent une hécatombe silencieuse. Des milliers d'étudiants se retrouvent avec un bac+3 qui ne mène nulle part — trop qualifiés pour le marché du travail sans master, pas assez chanceux pour franchir le goulot d'étranglement.
On a supprimé la sélection à l'entrée de l'université pour la déplacer à bac+3. Le problème n'a pas disparu. Il s'est juste décalé de trois ans — et de trois ans de vie étudiante, de loyers payés, de petits boulots accumulés. L'université française continue de fonctionner comme un entonnoir qui ne dit pas son nom. Les étudiants, eux, découvrent le mur au moment où ils pensaient voir la sortie.
Procès du financement libyen : Sarkozy mise tout sur Guéant
Autre institution, autre promesse non tenue — celle de la transparence démocratique. Au procès du financement présumé libyen de la campagne 2007 de Nicolas Sarkozy, la stratégie de défense de l'ancien président se dessine avec une netteté cruelle : tout repose désormais sur Claude Guéant.
Selon Le Figaro, l'ex-chef de l'État a chargé son ancien directeur de cabinet, absent du procès pour raison médicale. La question qui plane au-dessus du tribunal est limpide : l'ancien préfet acceptera-t-il d'endosser la responsabilité d'une opération montée avec l'intermédiaire Ziad Takieddine ?
Le schéma est classique dans les affaires politico-financières françaises. Le sommet délègue, le sommet nie, et c'est l'étage du dessous qui trinque — ou qui se tait. Rappelons que la présomption d'innocence s'applique pleinement : Nicolas Sarkozy conteste les faits qui lui sont reprochés. Mais la mécanique de défense, elle, dit quelque chose sur la manière dont le pouvoir français gère ses zones d'ombre : toujours un fusible, jamais de court-circuit.
Dix-huit mois pour une PMA, un mur à bac+3, un procès où personne n'assume. Le point commun ? Des systèmes qui fonctionnent pour eux-mêmes, pas pour ceux qu'ils sont censés servir. La France empile les réformes comme d'autres empilent les Post-it : ça rassure, ça occupe, mais ça ne colle pas longtemps.