PFAS, Ukraine, Soudan : la France face à ses impuissances géopolitiques

Pollution aux PFAS, guerre en Ukraine, conflit au Soudan : la France et l'Europe peinent à agir. Entre carences étatiques, alliances fragiles et drones meurtriers, l'impuissance s'installe.

PFAS, Ukraine, Soudan : la France face à ses impuissances géopolitiques
Photo de Annie Spratt sur Unsplash

Quand l'État préfère les procès aux solutions

Trois associations viennent de saisir la justice contre l'État français pour "carences" dans la lutte contre les PFAS, ces polluants éternels qui empoisonnent les sols et les eaux. Leur demande est simple : que la puissance publique soit condamnée à agir, et à payer. Une démarche qui en dit long sur l'incapacité chronique des gouvernements successifs à anticiper les crises environnementales.

Le paradoxe est cruel. Alors que l'Europe s'apprête à interdire ces substances d'ici 2027, la France traîne des pieds depuis des années. Les associations pointent un manque de transparence, des contrôles insuffisants et une absence de plan de dépollution ambitieux. Pourtant, les preuves s'accumulent : près de 20% des eaux françaises seraient contaminées, avec des conséquences sanitaires encore mal évaluées. L'État préfère attendre les procès plutôt que d'investir dans des solutions structurelles. Une stratégie du risque calculé qui rappelle celle adoptée face aux pesticides ou au chlordécone.

Cette judiciarisation de la crise écologique révèle une vérité dérangeante : en France, l'action publique se mesure désormais en assignations en justice plutôt qu'en politiques préventives. Les PFAS ne sont qu'un symptôme d'un système politique qui a perdu sa capacité à protéger ses citoyens.

L'Ukraine, laboratoire de l'impuissance européenne

Le chancelier allemand Friedrich Merz vient de proposer une solution inédite pour l'Ukraine : une adhésion "associée" à l'Union européenne. L'idée est audacieuse sur le papier : permettre à Kiev de participer aux réunions des Vingt-Sept, d'avoir un commissaire sans portefeuille et des députés sans droit de vote. Une façon de contourner les blocages politiques tout en offrant une perspective concrète à l'Ukraine.

Mais cette proposition révèle surtout l'impuissance de l'Europe face à la guerre. Après deux ans de conflit, les États membres n'arrivent toujours pas à s'accorder sur une stratégie commune. Les livraisons d'armes restent chaotiques, les sanctions contre la Russie montrent leurs limites, et l'élargissement de l'UE est au point mort. La France, qui se présente comme une puissance médiatrice, n'a plus les moyens de ses ambitions.

Cette adhésion "light" sonne comme un aveu d'échec. L'Europe reconnaît qu'elle ne peut ni intégrer rapidement l'Ukraine, ni lui offrir une protection militaire efficace. Une situation qui profite à Moscou et à Washington, tandis que Paris et Berlin semblent condamnés à réagir plutôt qu'à agir.

Le Soudan, conflit oublié où la France brille par son absence

Au Soudan, la guerre a pris un nouveau tournant avec l'utilisation massive de drones par les Forces de soutien rapide (FSR). Ces attaques ciblent désormais les zones contrôlées par l'armée, notamment autour de Khartoum. Une escalade technologique qui fige le conflit dans une impasse meurtrière.

Pourtant, ce pays stratégique pour la stabilité de l'Afrique de l'Est reste largement absent des radars médiatiques et diplomatiques français. La France, qui avait joué un rôle clé dans la crise du Darfour il y a vingt ans, semble aujourd'hui désengagée. Les raisons sont multiples : fatigue des interventions extérieures, priorité donnée au Sahel, et surtout absence de leviers d'influence dans un conflit où les puissances régionales (Égypte, Émirats, Arabie saoudite) jouent les premiers rôles.

Cette indifférence est d'autant plus préoccupante que le Soudan pourrait devenir un nouveau foyer de crise migratoire et de terrorisme. Mais Paris, englué dans ses propres problèmes internes, préfère regarder ailleurs. Une stratégie à courte vue qui risque de coûter cher à long terme.

L'attractivité française en berne : le baromètre qui inquiète

Le dernier baromètre EY de l'attractivité de la France vient de tomber, et le constat est sans appel : notre pays conserve sa première place européenne pour les investissements directs étrangers, mais les indicateurs sont en chute libre. Les industriels étrangers sont de moins en moins nombreux à se déclarer, et les emplois créés reculent.

Ce déclin est d'autant plus inquiétant qu'il intervient dans un contexte de tensions géopolitiques et de ralentissement économique mondial. La France résiste mieux que ses voisins, mais les signes d'essoufflement sont là. Le gouvernement se félicite des réformes passées, mais les investisseurs, eux, regardent les résultats concrets : complexité administrative, fiscalité instable, et surtout manque de visibilité sur les politiques industrielles.

Ce baromètre sonne comme un avertissement. La France ne peut plus se contenter de ses lauriers passés. Entre la concurrence des pays d'Europe de l'Est et l'attractivité croissante de l'Espagne ou du Portugal, notre pays doit repenser son modèle. Mais avec une présidentielle 2027 qui s'annonce déjà comme un champ de bataille politique, les réformes structurelles semblent plus lointaines que jamais.

Ce qu'il faut retenir

  1. L'État français préfère les procès aux politiques préventives : la judiciarisation de la crise des PFAS révèle une administration dépassée par les enjeux environnementaux.
  2. L'Europe impuissante face à l'Ukraine : la proposition allemande d'une adhésion "associée" est un aveu d'échec des Vingt-Sept à trouver une solution commune.
  3. Le Soudan, conflit oublié où la France brille par son absence : alors que la guerre s'enlise, Paris semble avoir tourné la page de son engagement africain.
  4. L'attractivité française en déclin : malgré sa première place européenne, la France perd du terrain face à ses concurrents, et les réformes promises tardent à se concrétiser.

Dans un monde où les crises s'accumulent, la France semble de plus en plus condamnée à subir plutôt qu'à agir. Entre impuissance environnementale, diplomatie en retrait et attractivité en berne, le pays donne l'impression d'une puissance en déclin. Et avec une présidentielle 2027 qui s'annonce comme un nouveau psychodrame politique, les perspectives d'amélioration semblent bien minces.