PFAS, érosion, assurances : le prix réel de l'inaction se révèle

PFAS, érosion, assurances : le prix réel de l'inaction se révèle
Photo de diego fabra sur Unsplash

Revue de presse du 9 avril 2026
Dernière mise à jour : 12:01

La dune de Biscarrosse s'est effondrée. Pas dans un futur lointain, pas dans un scénario du GIEC à horizon 2050. Maintenant. Et avec elle, c'est tout un mécanisme psychologique qui se fissure : celui qui nous permet de savoir sans agir, de mesurer sans bouger, de prévoir sans prévenir.

Cette semaine, trois dossiers convergent vers la même conclusion brutale. L'érosion grignote le littoral français sous nos yeux. Les PFAS contaminent le sang de riverains européens sans que personne ne leur ait demandé leur avis. Et l'Assemblée nationale vient d'ouvrir la porte à une hausse des primes d'assurance pour absorber le coût croissant des catastrophes naturelles. Le fil rouge : la facture de l'inaction environnementale ne reste plus abstraite. Elle devient concrète, chiffrable, et elle atterrit dans la poche des Français.

Biscarrosse, ou la prophétie réalisée

L'anthropologue Marie Stutzmann pose dans Le Monde une question qui dérange : pourquoi faut-il qu'une promenade tombe dans la mer pour que l'érosion devienne réelle ? Les scientifiques alertent depuis des décennies sur le recul du trait de côte. Les cartes existent. Les modèles sont précis. Mais tant que le danger reste une projection, il ne pèse rien face à une vue sur l'océan ou un investissement immobilier.

À Biscarrosse comme à Royan — où la municipalité organise des transferts de sable pour compenser l'érosion de la Grande Conche —, le littoral atlantique français est en train de se redessiner. Ce n'est plus de la prospective. C'est du génie civil d'urgence. On déplace du sable d'un bout de plage à l'autre, on colmate, on bricole. La question n'est plus de savoir si le recul côtier va s'accélérer, mais combien de temps on peut encore se payer le luxe de répondre au coup par coup.

Les polluants éternels, dans le sang et dans l'angle mort

L'autre front, moins visible mais tout aussi préoccupant, concerne les PFAS. Ces substances per- et polyfluoroalkylées — surnommées « polluants éternels » parce qu'elles ne se dégradent pratiquement jamais — se retrouvent désormais dans le sang de riverains européens vivant à proximité de sites industriels contaminés. Six témoignages recueillis par Le Monde dans autant de pays mettent des visages sur une pollution longtemps restée technique.

Cristina, Doris, Mari, Toon : ils n'ont rien demandé. Leur contamination ne résulte d'aucun choix personnel. Elle vient de l'eau qu'ils boivent, de l'air qu'ils respirent, du sol sur lequel ils vivent.

Et pendant que ces riverains manifestent devant la Commission européenne, Reporterre révèle que les pesticides contenant des PFAS pourraient échapper aux restrictions en cours de négociation. L'Agence européenne des produits chimiques a bien demandé un durcissement des règles fin mars, mais en excluant les usages agricoles. L'agriculture, premier vecteur de dissémination des PFAS dans les sols et les nappes phréatiques, resterait donc hors du périmètre. La logique est d'une absurdité parfaite : on restreint les PFAS partout, sauf là où ils contaminent le plus.

Pour la France, le sujet est loin d'être théorique. La vallée de la chimie au sud de Lyon, les sites industriels du Nord, les zones d'épandage agricole : les « hot spots » français existent. Ils sont cartographiés. Mais la réponse réglementaire reste en suspens, coincée entre lobbying industriel et lenteur institutionnelle européenne.

L'assurance, dernier rempart et premier signal d'alarme

Troisième pièce du puzzle : l'Assemblée nationale a adopté cette semaine une proposition de loi permettant de moduler les primes d'assurance pour certains biens, afin de garantir la pérennité du régime des catastrophes naturelles. Traduction : les inondations, tempêtes et submersions coûtent de plus en plus cher, le système actuel ne tient plus, et ce sont les assurés qui vont absorber la différence.

Le régime Cat Nat français, créé en 1982, repose sur un principe de solidarité nationale. Chaque contrat d'assurance habitation inclut une surprime identique. Ce modèle mutualisé a longtemps fonctionné. Mais quand les événements climatiques extrêmes se multiplient — et c'est le cas —, le fonds de garantie se vide plus vite qu'il ne se remplit. La modulation des primes signifie, en creux, que certains territoires vont devenir plus chers à assurer que d'autres. Les zones côtières, les zones inondables, les régions exposées aux sécheresses : le risque climatique va se traduire en euros sur les avis d'échéance.

C'est peut-être, paradoxalement, le levier le plus puissant. Parce que l'argent parle quand les rapports scientifiques restent lettre morte. Marie Stutzmann a raison : tant que le futur n'a pas de prise perceptible sur le présent, il reste sans effet. La hausse des primes d'assurance, elle, a une prise très perceptible sur le budget des ménages.

Ce qu'il faut retenir

Le dérèglement climatique n'est plus un sujet environnemental. C'est un sujet économique, sanitaire, assurantiel. Les dunes tombent, les PFAS s'accumulent, les primes augmentent. Trois symptômes, une même cause : des décennies de temporisation face à des risques documentés. La question pour la France n'est plus de savoir si elle sera touchée. C'est de savoir qui paiera — et combien de temps on continuera à envoyer la facture aux mêmes.