Passoires thermiques, Pérou, protoxyde : la France dans le piège des urgences contradictoires
Canicule, crise du logement et durcissement sécuritaire : comment le gouvernement tente de masquer ses contradictions sous des lois d'urgence. Analyse.
La France étouffe. Pas seulement sous 40°C à l’ombre, mais sous le poids de ses propres contradictions. Ce mercredi 24 juin 2026, le gouvernement présente deux textes qui résument à eux seuls l’impasse politique du pays : un projet de loi pour remettre sur le marché des logements indécents en pleine canicule, et un durcissement des sanctions contre les rodéos urbains. Entre cynisme écologique et populisme sécuritaire, l’exécutif joue une partition dangereuse – celle de l’urgence permanente, où chaque mesure aggrave les problèmes qu’elle prétend résoudre.
Passoires thermiques : quand l’État organise l’inconfort national
Le ministre du Logement, Vincent Jeanbrun, défend ce mercredi un texte qui autoriserait à nouveau la location de passoires thermiques – ces logements classés F ou G, où les températures peuvent dépasser 35°C l’été et chuter sous 14°C l’hiver. Officiellement, il s’agit de "relancer l’offre locative" dans un contexte de pénurie. Officieusement, c’est une capitulation face aux lobbies immobiliers et une insulte aux 4,8 millions de ménages qui subissent déjà la précarité énergétique.
Le timing est cruel : la France suffoque sous une canicule précoce, avec des records de température battus dès le mois de mai. Dans les écoles, les crèches et les Ehpad, on climatise à la hâte, quand on peut. Pendant ce temps, l’État envisage de légaliser des logements où il fera 30°C la nuit. Le message est clair : plutôt que d’investir dans la rénovation massive du parc immobilier, on préfère sacrifier les plus modestes sur l’autel de la "flexibilité" du marché.
Pire : cette mesure s’inscrit dans une logique plus large de désengagement public. Depuis 2022, les aides à la rénovation ont été réduites, les critères d’éligibilité durcis, et les propriétaires bailleurs incités à reporter les travaux. Résultat ? En 2026, près de 60% des passoires thermiques sont toujours en location, malgré l’interdiction théorique. Le gouvernement ne fait que légaliser une situation de fait – celle d’un pays qui a renoncé à protéger ses citoyens du dérèglement climatique.
Protoxyde d’azote et rodéos : la loi Ripost, ou l’art de criminaliser la jeunesse
Pendant que le logement s’effondre, l’Assemblée nationale examine en catimini le projet de loi Ripost, un fourre-tout sécuritaire qui vise à durcir les sanctions contre les rodéos motorisés, la consommation de protoxyde d’azote et les violences dans les stades. Le texte prévoit notamment d’interdire administrativement la conduite de tout véhicule motorisé – y compris les trottinettes et les vélos électriques – pour les personnes condamnées pour rodéo.
Derrière le vernis de "protection des citoyens", cette loi est un aveu d’échec. Elle cible des symptômes (les rodéos, les rassemblements sauvages) sans s’attaquer aux causes : le désœuvrement des jeunes dans les quartiers populaires, l’absence de politiques publiques en matière de loisirs et de mobilité, et l’effondrement des services publics dans les territoires ruraux et périurbains.
Le protoxyde d’azote, par exemple, est devenu un fléau dans certaines villes. Mais plutôt que de lancer une campagne de santé publique ou de réguler sa vente (comme le font les Pays-Bas), la France choisit la répression. Résultat ? Les consommateurs se tournent vers des produits encore plus dangereux, et les trafics s’organisent. La loi Ripost, comme tant d’autres avant elle, ne fera que déplacer le problème – tout en donnant l’illusion d’une action forte.
Pérou : quand la France regarde ailleurs
Pendant ce temps, à 10 000 kilomètres de Paris, le Pérou bascule. Keiko Fujimori, fille de l’ancien dictateur Alberto Fujimori, est donnée gagnante de l’élection présidentielle par l’autorité électorale. Son rival de gauche, Roberto Sanchez, dénonce des fraudes, et les manifestations se multiplient dans les rues de Lima.
La France, elle, reste silencieuse. Pas un communiqué, pas une déclaration, pas même une réaction de façade. Comme si l’Amérique latine était devenue un angle mort de la diplomatie française. Pourtant, le Pérou est un partenaire économique clé (premier fournisseur de cuivre de l’UE) et un pays où la France a des intérêts stratégiques, notamment dans les secteurs minier et énergétique.
Ce silence en dit long sur les priorités géopolitiques de l’Hexagone. Entre le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Europe, l’Amérique latine n’existe plus. Pourtant, l’élection de Fujimori – une figure controversée, accusée de corruption et de liens avec le crime organisé – pourrait avoir des répercussions majeures sur la stabilité régionale. Mais pour Paris, visiblement, le Pérou n’est pas une urgence.
Ce qu’il faut retenir : l’urgence comme alibi
Ces trois sujets – logement, sécurité, diplomatie – illustrent une même logique : celle de l’urgence comme alibi. Urgence climatique pour justifier la remise en location de passoires thermiques. Urgence sécuritaire pour criminaliser les rodéos. Urgence électorale pour ignorer les crises internationales.
Le problème, c’est que ces urgences sont souvent des leurres. Elles servent à masquer l’absence de vision à long terme, l’incapacité à réformer en profondeur, et la soumission aux lobbies (immobiliers, sécuritaires, énergétiques). En 2026, la France gère des crises au jour le jour, sans jamais s’attaquer à leurs racines.
Et pendant ce temps, les citoyens paient le prix fort : en inconfort, en répression, et en invisibilité sur la scène internationale. La canicule, elle, ne ment pas. Elle révèle, mieux que n’importe quel discours, l’état d’un pays qui a choisi de regarder ailleurs.