Parcoursup, lycées, trafics : les fractures sociales qui agitent la France

Une étude révèle des inégalités persistantes sur Parcoursup, tandis que la colère lycéenne et l’emprise du narcotrafic dans les quartiers interrogent les politiques publiques.

Parcoursup, lycées, trafics : les fractures sociales qui agitent la France
Photo de yassine rahaoui sur Unsplash

La France de l’automne 2026 est traversée par des tensions sociales qui révèlent des dysfonctionnements structurels, des inégalités persistantes et des crises locales aux répercussions nationales. Entre les failles d’un système éducatif sous pression, la colère d’une jeunesse en quête de justice et l’emprise croissante du crime organisé dans certains territoires, ces sujets dessinent les contours d’une société en quête d’équilibre.

Parcoursup : des quotas de boursiers contournés, une promesse d’égalité mise à mal

Une étude publiée ce jeudi 15 octobre par l’Institut des politiques publiques (IPP) jette une lumière crue sur les limites de Parcoursup, la plateforme d’orientation post-bac. Si les formations sont tenues d’accueillir un pourcentage minimal de boursiers, les chercheurs révèlent que ces quotas ne sont pas systématiquement respectés dans les faits. Pire : certains candidats boursiers, pourtant mieux classés que d’autres, se voient préférer des élèves non-boursiers, en raison d’un algorithme qui accorderait une « priorité excessive » à certains profils.

Les auteurs de l’étude, cités par Le Monde, pointent un paradoxe : alors que Parcoursup devait corriger les inégalités d’accès à l’enseignement supérieur, il les reproduirait en partie. « Les mécanismes actuels favorisent une forme de sélectivité invisible, où les critères sociaux sont parfois relégués au second plan », explique un des chercheurs. Le ministère de l’Éducation nationale a réagi mercredi en annonçant des ajustements pour la fin du mois, mais sans préciser leur nature.

Cette révélation s’inscrit dans un contexte de défiance croissante envers la plateforme, régulièrement critiquée pour son manque de transparence. Les lycéens, déjà mobilisés depuis deux semaines contre les conditions d’études et les violences policières, pourraient y voir une nouvelle preuve de l’injustice du système.


Mobilisation lycéenne : entre colère et répression, un mouvement qui s’enracine

Depuis le début du mois, des milliers de lycéens bloquent leurs établissements pour dénoncer les conditions d’études, les violences sexuelles dans les écoles et, désormais, les dysfonctionnements de Parcoursup. À Guingamp, Marseille ou Paris, les images de cortèges et de barricades se multiplient, tandis que les forces de l’ordre durcissent leur réponse. Libération et Le Monde rapportent une hausse des interpellations, avec des méthodes parfois contestées, comme l’usage de gaz lacrymogènes ou de nasses.

Les revendications des élèves sont multiples : amélioration des conditions matérielles (chauffage, cantines, locaux vétustes), lutte contre les violences sexistes et sexuelles, et désormais, une réforme en profondeur de Parcoursup. « On nous parle d’égalité des chances, mais c’est une illusion », résume une lycéenne marseillaise interrogée par Libération. « Soit tu es le loup, soit tu es le mouton. Nous, on refuse d’être des moutons. »

Le mouvement, qui rappelle par son ampleur les mobilisations de 2018 contre la réforme du bac, pourrait prendre une nouvelle dimension samedi 17 octobre. Des appels à une convergence des luttes circulent sur les réseaux sociaux, avec la possible participation de gilets jaunes et de syndicats. Une perspective qui inquiète l’exécutif, déjà fragilisé par les tensions autour du budget 2027.


Marseille : dans les quartiers Nord, le narcotrafic comme horizon

À Marseille, le procès de l’assassinat d’Anis Kessaci, frère aîné d’un jeune homme tué en 2023, s’ouvre lundi. Libération plonge dans les rouages de la DZ Mafia, un réseau criminel qui a fait des quartiers Nord un territoire sous emprise. Le journal décrit un système où des adolescents, parfois mineurs, sont recrutés pour des missions de plus en plus violentes : surveillance, deal, et désormais, règlements de comptes.

« Ici, soit tu es le loup, soit tu es le mouton », explique un jeune du quartier. Les témoignages recueillis par Libération révèlent une économie parallèle qui structure la vie locale, avec des revenus bien supérieurs à ceux du marché du travail légal. Les trafiquants, souvent issus des mêmes cités, deviennent des figures de pouvoir, tandis que les institutions peinent à endiguer le phénomène.

La ville, déjà frappée par une vague de violences ces dernières années, tente de réagir. Des opérations policières ciblées et des programmes de prévention ont été lancés, mais les résultats restent limités. « Le problème, c’est que le trafic offre ce que la République ne donne pas : de l’argent, du respect, une forme de reconnaissance », analyse un travailleur social.


Ce qu’il faut retenir

  1. Parcoursup sous le feu des critiques : Une étude de l’IPP révèle que les quotas de boursiers ne sont pas toujours respectés, malgré les obligations légales. Le ministère de l’Éducation promet des ajustements, mais sans garantie d’efficacité.
  2. La colère lycéenne s’amplifie : Le mouvement, né de revendications matérielles, s’étend désormais à des questions systémiques comme Parcoursup. La répression policière et les appels à une convergence des luttes pourraient en faire un enjeu politique majeur.
  3. Marseille, laboratoire du narcotrafic : Le procès de l’assassinat d’Anis Kessaci met en lumière l’emprise des réseaux criminels sur les quartiers Nord. Une économie parallèle qui prospère sur l’échec des politiques publiques.

Ces trois fronts – éducation, jeunesse et criminalité – illustrent les défis d’une société où les inégalités se creusent et où les réponses institutionnelles peinent à convaincre. À six mois de la présidentielle, ils pourraient bien devenir des thèmes centraux de la campagne.