Maroc : le PAM en tête des législatives, un scrutin aux multiples enjeux régionaux
Le Parti authenticité et modernité (PAM) arrive en tête des législatives marocaines avec 97 sièges, devant le RNI et l'Istiqlal. Participation en baisse, retour du PJD et équilibres géopolitiques à l'épreuve.
Un scrutin aux résultats contrastés
Les premières tendances des élections législatives marocaines du 23 septembre 2026 dessinent une nouvelle carte politique. Selon les résultats provisoires communiqués par le ministère de l’Intérieur dans la nuit de mercredi à jeudi, le Parti authenticité et modernité (PAM) s’impose en tête avec 97 sièges, devant le Rassemblement national des indépendants (RNI, 66 sièges) et le parti de l’Istiqlal (65 sièges). Le Parti de la justice et du développement (PJD), absent du précédent gouvernement, effectue un retour remarqué avec 54 sièges, tandis que l’Union socialiste des forces populaires (USFP) en obtient 26 et le Parti du progrès et du socialisme (PPS) 19.
Ces résultats, bien que provisoires, confirment une tendance observée depuis plusieurs scrutins : la fragmentation de l’hémicycle. Avec dix formations représentées, la formation d’une coalition stable s’annonce complexe, d’autant que le taux de participation, en baisse par rapport à 2021, atteint son plus bas niveau depuis près de vingt ans. Selon France 24, ce taux reflète une défiance persistante d’une partie de l’électorat, notamment parmi les jeunes et les urbains.
Le PAM en tête, mais à quel prix ?
La victoire du PAM, parti fondé en 2008 et dirigé par une direction collective, marque un tournant. Fatima Zahra Mansouri, coordinatrice générale du parti, a été accueillie sous les acclamations au siège du PAM à Rabat dans la nuit de mercredi à jeudi, sans toutefois faire de déclaration officielle. Cette discrétion contraste avec l’enthousiasme affiché par les militants, qui y voient une reconnaissance de leur ancrage territorial.
Pourtant, cette première place ne garantit pas une majorité absolue. Avec 97 sièges sur les 395 que compte la Chambre des représentants, le PAM devra composer avec d’autres formations pour gouverner. Le RNI et l’Istiqlal, partenaires de la coalition sortante, pourraient jouer un rôle clé dans les négociations, tout comme le PJD, dont le retour sur la scène politique après cinq ans d’absence pourrait rebattre les cartes.
Le Mouvement populaire (MP), avec 29 sièges, confirme quant à lui son enracinement dans les zones rurales et les provinces du Sud. Mohamed Ouzzine, secrétaire général du MP, a été réélu dans la circonscription d’Ifrane, tandis que Rim Chabat conserve son siège, illustrant la stabilité de certains fiefs traditionnels.
Une participation en berne, symptôme d’un malaise plus large
Le faible taux de participation, qui n’a pas encore été officiellement communiqué mais que les observateurs estiment en dessous de 40 %, interroge. Plusieurs facteurs expliquent cette désaffection : lassitude face à des campagnes jugées peu inspirantes, scepticisme quant à la capacité des institutions à répondre aux défis économiques et sociaux, ou encore l’impact des réseaux sociaux, où les appels au boycott ont trouvé un écho particulier chez les jeunes.
Cette tendance n’est pas propre au Maroc. Dans plusieurs pays de la région, les scrutins récents ont été marqués par une baisse de l’engagement électoral, notamment parmi les moins de 35 ans. Au Maroc, cette désillusion s’inscrit dans un contexte plus large de tensions sociales, exacerbées par la hausse du coût de la vie et les défis climatiques, comme en témoignent les vagues de chaleur persistantes qui ont marqué l’été 2026.
Géopolitique régionale : le Maroc à l’épreuve de ses alliances
Au-delà des équilibres internes, ces élections s’inscrivent dans un contexte géopolitique tendu. Le Maroc, qui a renforcé ces dernières années ses partenariats avec l’Europe, les États-Unis et plusieurs pays africains, doit désormais composer avec une nouvelle donne régionale.
La question du Sahara occidental reste un enjeu central. Si le soutien international à la position marocaine s’est élargi – avec notamment la reconnaissance par le Panama en 2024 –, les tensions avec l’Algérie et les incertitudes au Sahel pourraient peser sur les orientations du prochain gouvernement. Le PAM, traditionnellement favorable à une ligne ferme sur la souveraineté marocaine, devra naviguer entre fermeté diplomatique et nécessité de dialogue, notamment avec l’Union européenne, dont les relations avec Rabat sont marquées par des enjeux migratoires et économiques.
Par ailleurs, la crise en République démocratique du Congo (RDC), où une épidémie d’Ebola a fait près de 3 700 morts depuis mai 2026, rappelle l’importance des engagements africains du Maroc. Avec une présence croissante en Afrique subsaharienne, notamment dans les secteurs de la santé et de l’agriculture, le royaume pourrait être amené à jouer un rôle accru dans la gestion des crises sanitaires et humanitaires.
Ce qu’il faut retenir
- Un paysage politique fragmenté : Avec dix partis représentés, la formation d’une coalition stable s’annonce délicate. Le PAM, en tête, devra composer avec le RNI, l’Istiqlal et le PJD pour gouverner.
- Une participation en baisse : Le taux de participation, au plus bas depuis près de vingt ans, reflète une défiance croissante envers les institutions, notamment parmi les jeunes.
- Des enjeux géopolitiques majeurs : La question du Sahara occidental, les relations avec l’Algérie et l’Union européenne, ainsi que les crises sanitaires en Afrique subsaharienne, seront au cœur des priorités du prochain gouvernement.
- Un retour inattendu : Le PJD, absent du précédent hémicycle, fait son retour avec 54 sièges, ajoutant une nouvelle variable aux négociations post-électorales.
Dans les prochains jours, les tractations entre partis s’intensifieront, tandis que les observateurs internationaux scruteront la capacité du Maroc à former un gouvernement capable de répondre aux attentes d’une population confrontée à des défis économiques, sociaux et climatiques sans précédent.