Maroc : le PAM en tête des législatives, l'économie attend les réformes
Le Parti authenticité et modernité (PAM) arrive en tête des législatives 2026 avec 97 sièges. Analyse des résultats et des défis économiques pour la nouvelle majorité.
Le PAM confirme sa domination, mais sans majorité absolue
Le Maroc connaît un nouveau basculement politique après les élections législatives du 23 septembre 2026. Selon les résultats provisoires communiqués par le ministre de l'Intérieur Abdelouafi Laftit, le Parti authenticité et modernité (PAM) s'impose en tête du scrutin avec 97 sièges, devant le Rassemblement national des indépendants (RNI, 66 sièges) et l'Istiqlal (65 sièges). Le Parti de la justice et du développement (PJD), qui dominait la précédente législature, recule à 54 sièges, tandis que le Parti du progrès et du socialisme (PPS) n'obtient que 19 sièges, un score en deçà de ses attentes.
Ces résultats, bien que non définitifs, dessinent une Assemblée nationale fragmentée, où aucune formation ne dispose d'une majorité claire. Le PAM, créé en 2008 et souvent perçu comme proche du palais, devra composer avec d'autres forces politiques pour former un gouvernement stable. Son avance, bien que significative, reste insuffisante pour gouverner seul, ce qui pourrait ralentir l'adoption de réformes économiques structurelles, attendues par les marchés et les partenaires internationaux.
Une économie en attente de signaux clairs
Les résultats électoraux interviennent dans un contexte économique marqué par des défis persistants. Le Maroc, bien que résilient face aux chocs externes, peine à réduire son taux de chômage, estimé à 12,5 % en 2026 selon le Haut-Commissariat au Plan (HCP), et à relancer une croissance atone, attendue à 2,8 % cette année. Les secteurs clés, comme l'agriculture et le tourisme, restent vulnérables aux aléas climatiques et géopolitiques, tandis que la dette publique dépasse 70 % du PIB, limitant la marge de manœuvre budgétaire.
Les investisseurs scrutent désormais les orientations du futur gouvernement. Le PAM, traditionnellement favorable à une économie libérale, devra concilier ses promesses de relance avec les attentes sociales, notamment en matière de pouvoir d'achat et de création d'emplois. Parmi les dossiers urgents figurent la réforme du système de subventions, la modernisation du secteur public et l'accélération des projets d'infrastructures, notamment dans les énergies renouvelables.
Secteurs stratégiques : entre opportunités et incertitudes
Phosphates et agriculture : le poids des dépendances
Le Maroc, premier exportateur mondial de phosphates, reste dépendant des cours internationaux, volatils depuis la crise ukrainienne. L'Office chérifien des phosphates (OCP) a récemment annoncé des investissements dans la production d'engrais verts, mais ces projets nécessitent des partenariats publics-privés, dont la concrétisation dépendra de la stabilité politique. Par ailleurs, le secteur agricole, qui emploie près de 40 % de la population active, subit les effets d'une sécheresse récurrente, aggravée par le phénomène El Niño. Les résultats des législatives pourraient influencer les priorités en matière de gestion de l'eau et de soutien aux petits agriculteurs.
Industrie et innovation : le pari de la diversification
Le gouvernement sortant avait misé sur l'industrie automobile et aéronautique pour réduire la dépendance aux importations. Des avancées notables ont été enregistrées, comme l'implantation d'usines de batteries électriques et de composants aéronautiques, mais ces secteurs restent fragiles face à la concurrence internationale. La nouvelle majorité devra clarifier sa stratégie industrielle, notamment sur les incitations fiscales et les partenariats avec des acteurs étrangers, comme la Chine, qui a renforcé sa présence au Maroc ces dernières années.
Ce qu'il faut retenir
- Un paysage politique fragmenté : Le PAM devra négocier avec d'autres partis pour former une coalition stable, ce qui pourrait retarder l'adoption de réformes économiques.
- Des attentes économiques fortes : Les marchés et les partenaires internationaux attendent des mesures concrètes pour relancer la croissance, réduire le chômage et maîtriser la dette.
- Des secteurs clés en tension : Les phosphates, l'agriculture et l'industrie restent vulnérables aux chocs externes, tandis que les investissements dans les énergies renouvelables et les infrastructures dépendent de la stabilité politique.
- Un contexte régional complexe : Le Maroc doit naviguer entre ses alliances traditionnelles (Europe, États-Unis) et de nouveaux partenariats (Chine, pays africains), tout en gérant les tensions géopolitiques au Sahel.
Les prochaines semaines seront cruciales pour déterminer si la nouvelle majorité parviendra à concilier stabilité politique et impératifs économiques. Les annonces du futur gouvernement, attendues d'ici la fin du mois, donneront une première indication sur sa capacité à répondre aux défis du pays.