Ounahi, passeport et sélectionneurs : le football marocain après le Mondial 2026

Azzedine Ounahi rejoint un club statistique fermé, le passeport biométrique intègre l'amazigh, et 13 sélectionneurs limogés après le Mondial. Les enjeux du football marocain en 2026.

Ounahi, passeport et sélectionneurs : le football marocain après le Mondial 2026
Photo de Fikri Rasyid sur Unsplash

Le football marocain tourne une page après son parcours en Coupe du monde 2026. Si l’élimination en quart de finale face à la France a marqué les esprits, c’est désormais l’héritage sportif et institutionnel de cette compétition qui s’écrit. Entre performances individuelles remarquées, réformes administratives et secousses sur les bancs de touche, les Lions de l’Atlas entrent dans une phase de transition où les symboles côtoient les défis concrets.

Azzedine Ounahi, l’artisan discret d’un football marocain qui pèse

Le milieu de terrain marocain a confirmé, lors de ce Mondial, ce que les observateurs pressentaient depuis 2022 : il appartient au cercle très restreint des joueurs capables de peser sur le jeu par leur technique et leur intelligence collective. Selon les données d’Opta, Ounahi est l’un des deux seuls joueurs – avec Lionel Messi – à cumuler au moins 20 dribbles réussis et 20 fautes subies sur les deux dernières éditions de la Coupe du monde (2022 et 2026). Ces chiffres révèlent une capacité à casser les lignes, à éliminer son vis-à-vis et à forcer les défenses adverses à commettre des fautes, souvent dans des zones dangereuses.

Cette performance statistique n’est pas anodine. Elle illustre une évolution du football marocain, où la maîtrise technique individuelle s’articule désormais avec une approche collective plus structurée. Ounahi, formé au Mohammed VI Football Academy avant de rejoindre l’Europe, incarne cette génération de joueurs capables de rivaliser avec les meilleures nations tout en conservant une identité de jeu reconnaissable. Son impact dépasse le cadre strictement sportif : il renforce l’attractivité du championnat local et des centres de formation marocains, souvent cités en exemple sur le continent.

Un passeport biométrique qui intègre l’amazigh : le symbole et le concret

À partir d’août 2026, le Maroc généralisera un nouveau passeport biométrique qui marquera une évolution notable : l’intégration de la langue amazighe parmi les langues officielles du document. Cette réforme, actée par un décret adopté en Conseil de gouvernement, s’inscrit dans une dynamique plus large de reconnaissance des identités culturelles du pays. Le passeport actuel continuera d’être délivré pendant une période de transition, le temps que les nouveaux documents soient produits en masse.

Au-delà de sa dimension symbolique, cette modification répond à des enjeux pratiques. Le passeport biométrique marocain, créé en 2008, était jusqu’ici rédigé en arabe, en français et en anglais. L’ajout de l’amazigh – transcrit en tifinagh – officialise une langue parlée par des millions de Marocains et reconnue comme langue officielle depuis 2011. Cette évolution s’aligne sur d’autres réformes récentes, comme l’enseignement de l’amazigh dans les écoles ou son utilisation croissante dans les médias publics.

Pour les citoyens marocains, cette réforme pourrait simplifier certaines démarches administratives, notamment pour ceux dont l’état civil est enregistré en amazigh. Elle envoie également un signal fort en matière de cohésion nationale, à un moment où le pays mise sur son soft power culturel pour renforcer son influence régionale.

Treize sélectionneurs limogés après le Mondial : la pression des résultats

La Coupe du monde 2026 a également été un séisme pour les bancs de touche. Treize sélectionneurs nationaux ont déjà quitté leurs fonctions, soit limogés, soit contraints à la démission après des éliminations prématurées. Parmi eux, des noms prestigieux comme Roberto Martinez (Portugal), Ronald Koeman (Pays-Bas) ou Julian Nagelsmann (Allemagne), dont les équipes ont déçu malgré des effectifs souvent considérés comme favoris.

Cette vague de départs illustre la pression croissante qui pèse sur les entraîneurs lors des grandes compétitions. Au Maroc, la question de la succession de Walid Regragui – dont le contrat court jusqu’en 2028 – ne se pose pas encore officiellement. Mais l’expérience montre que les fédérations, y compris la FRMF, peuvent être tentées par des changements rapides en cas de contre-performance. La stabilité actuelle de la sélection marocaine, après des années d’instabilité, reste un atout majeur. Elle permet de capitaliser sur une génération de joueurs expérimentés et sur une identité de jeu désormais reconnue.

Pourtant, cette stabilité ne doit pas occulter les défis à venir. Le renouvellement générationnel, la gestion des egos et la préparation des prochaines échéances (CAN 2027 et Mondial 2030, co-organisé par le Maroc) seront cruciaux. La FRMF devra également composer avec les attentes d’un public de plus en plus exigeant, habitué à voir les Lions de l’Atlas briller sur la scène internationale.

Ce qu’il faut retenir

Le football marocain sort de ce Mondial 2026 avec des motifs de satisfaction, mais aussi avec des questions en suspens. Les performances d’Azzedine Ounahi confirment que le pays produit des talents capables de rivaliser avec les meilleurs, tout en conservant une identité de jeu distinctive. La réforme du passeport biométrique, quant à elle, s’inscrit dans une dynamique plus large de reconnaissance des identités culturelles, avec des implications concrètes pour les citoyens.

Enfin, la valse des sélectionneurs après la compétition rappelle que le football reste un monde impitoyable, où les résultats priment souvent sur les projets à long terme. Pour le Maroc, l’enjeu sera de concilier ambition sportive et stabilité institutionnelle, afin de transformer l’essai de 2026 en un héritage durable.