Géopolitique 2026 : l’OTAN en miettes, le 1er-Mai en résistance

L’OTAN vacille sous les coups de Trump, tandis que CGT et CFDT défilent ensemble pour la première fois depuis 2010. Deux symptômes d’un monde qui se recompose – et d’une France qui résiste.

Géopolitique 2026 : l’OTAN en miettes, le 1er-Mai en résistance
Photo de Chuko Cribb sur Unsplash

L’OTAN, ou comment Trump enterre soixante ans de stabilité atlantique

Joschka Fischer ne mâche pas ses mots. Dans une tribune publiée par Le Monde, l’ancien ministre allemand des Affaires étrangères – figure historique des Verts et architecte de la politique européenne de Schröder – sonne l’alarme : "La dissolution de l’Alliance atlantique a déjà commencé." Le diagnostic est sans appel. Sous la présidence Trump, les États-Unis ne se contentent plus de critiquer l’OTAN ; ils la sabotent activement. Les menaces de retrait des troupes stationnées en Europe, les réticences à financer le budget commun, et surtout, l’instrumentalisation de l’alliance comme monnaie d’échange dans les négociations commerciales avec l’UE, dessinent un scénario cauchemardesque pour les capitales européennes.

Pourquoi ça compte ? Parce que l’OTAN n’est pas qu’un bouclier militaire. C’est le ciment d’un ordre occidental né des cendres de la Seconde Guerre mondiale, un rempart contre les ambitions russes et chinoises, et le dernier lien tangible entre l’Europe et une Amérique de plus en plus isolationniste. Or, comme le rappelle Fischer, "une alliance qui n’est plus perçue comme crédible par ses propres membres cesse d’être une dissuasion pour devenir une cible." En clair : si Washington continue à jouer avec le feu, Moscou et Pékin n’auront même plus besoin de brandir la menace nucléaire pour faire plier l’Europe.

La France, traditionnellement méfiante envers l’hégémonie américaine, se retrouve dans une position inconfortable. Entre la tentation d’une autonomie stratégique – chère à Macron – et la réalité d’une défense européenne encore balbutiante, Paris doit choisir : soit elle accélère la construction d’une Europe de la défense (avec tous les risques de duplication et de tensions internes que cela implique), soit elle se résout à négocier en position de faiblesse avec un allié devenu imprévisible. Dans les deux cas, le statu quo n’est plus une option.


1er-Mai : quand la CGT et la CFDT défilent main dans la main

C’est un symbole qui en dit long sur l’état de la France en 2026. Ce 1er-Mai, Sophie Binet (CGT) et Marylise Léon (CFDT) défileront côte à côte à Paris, une première depuis 2010 et la grande manif contre la réforme des retraites de Sarkozy. Officiellement, l’unité syndicale répond à l’urgence sociale : pouvoir d’achat en berne, précarité galopante, et un projet de loi gouvernemental sur le travail qui menace les acquis des trente dernières années. Mais derrière cette convergence tactique se cache une réalité plus profonde : la peur.

Peur de quoi ? De l’effritement du front syndical, d’abord. Depuis 2023, les divisions entre réformistes et radicaux ont coûté cher aux mobilisations. La CFDT, historiquement modérée, a vu ses effectifs fondre au profit de la CGT, plus combative, tandis que FO et Solidaires peinaient à exister entre les deux. Résultat : les grèves perlées et les journées d’action éparpillées ont perdu en efficacité. En 2025, le taux de syndicalisation est tombé à 8 % – un niveau inédit depuis 1945.

Mais la peur est aussi politique. Face à une droite dure qui rêve de démanteler le Code du travail et à une extrême droite qui flatte les travailleurs tout en promettant de casser les syndicats, CGT et CFDT n’ont plus le luxe de la division. Leur alliance de circonstance est un aveu : sans unité, le mouvement social français risque de devenir une coquille vide. Reste à savoir si cette trêve durera au-delà du 1er-Mai. Les sujets de friction ne manquent pas – la transition écologique, la réforme de la Sécu, ou encore la stratégie face à l’IA dans les entreprises. Mais pour l’instant, l’urgence est ailleurs : montrer que la gauche sociale existe encore.


Sahara occidental : les États-Unis jouent les pyromanes en Afrique du Nord

Christopher Landau n’est pas venu à Rabat pour des vacances. Le secrétaire d’État adjoint américain a profité d’une tournée nord-africaine pour réaffirmer, haut et fort, le soutien de Washington à la "solution marocaine" sur le Sahara occidental. Traduction : les États-Unis reconnaissent toujours la souveraineté du Maroc sur ce territoire disputé, au grand dam de l’Algérie et du Front Polisario, qui réclament un référendum d’autodétermination depuis 1975.

Pourquoi cette déclaration intervient-elle maintenant ? Parce que la région est en ébullition. Entre la guerre au Sahel, la montée des tensions entre l’Algérie et le Maroc, et la présence croissante de la Russie via le groupe Wagner, l’Afrique du Nord est devenue un terrain de jeu géopolitique où chaque acteur avance ses pions. Les États-Unis, eux, misent sur le Maroc comme allié stable – et surtout, comme rempart contre l’influence russe et chinoise. Rabat, de son côté, joue habilement cette carte : en échange de son soutien sur le Sahara, Washington ferme les yeux sur les violations des droits humains dans les territoires occupés et renforce sa coopération militaire (vente d’armes, exercices conjoints, etc.).

Mais cette stratégie a un prix. En s’alignant aussi clairement sur le Maroc, les États-Unis prennent le risque d’attiser les tensions avec l’Algérie – un pays clé dans la lutte contre le terrorisme au Sahel et un fournisseur majeur de gaz pour l’Europe. Surtout, ils envoient un message désastreux aux autres conflits gelés de la planète : "Si vous avez un allié puissant, vous pouvez ignorer le droit international." Dans un monde où les règles sont déjà en lambeaux, ce genre de signal est une invitation à l’escalade.


Ce qu’il faut retenir

  1. L’OTAN n’est plus une évidence – Trump a transformé l’alliance en variable d’ajustement de sa politique étrangère. L’Europe doit se préparer à voler de ses propres ailes, ou à négocier à genoux.
  2. Le syndicalisme français joue sa survie – L’unité CGT-CFDT est un aveu de faiblesse, mais aussi une lueur d’espoir. Si les deux centrales parviennent à maintenir cette alliance, elles pourraient redevenir une force incontournable. Sinon, c’est l’effondrement.
  3. Le Sahara occidental, laboratoire des nouvelles guerres froides – En soutenant le Maroc, les États-Unis sacrifient le droit international sur l’autel de leurs intérêts stratégiques. Un choix cynique, mais cohérent avec leur doctrine : "America First, même si ça doit mettre le feu à la planète."

En 2026, la géopolitique ressemble de plus en plus à un jeu de dominos. Chaque pièce qui tombe en entraîne une autre – et personne ne sait où s’arrêtera la cascade.