Géopolitique : Ormuz étrangle l'Occident, l'OTAN se dérobe
Géopolitique : le détroit d'Ormuz fait flamber les prix mondiaux, Washington fustige une OTAN inerte, et les Palestiniens votent sous tension.
Revue de presse du 25 avril 2026
Dernière mise à jour : 07:16
Le détroit d'Ormuz n'est plus un point de passage, c'est devenu un robinet que Téhéran tourne à sa guise. Pendant que Washington gronde contre une OTAN qu'il qualifie de « tigre de papier », les Palestiniens votent dans des décombres et la gauche britannique se cherche un visage. Tour d'horizon d'un monde où les rapports de force se redessinent à toute vitesse.
Ormuz : pourquoi le caoutchouc devient-il un baromètre géopolitique ?
Quand un détroit se ferme, ce ne sont pas seulement les supertankers qui le sentent passer. Selon Le Dauphiné Libéré, les fabricants annoncent une hausse de 30 % sur les préservatifs et les gants en caoutchouc, conséquence directe du blocage d'Ormuz lié à la guerre au Moyen-Orient. L'anecdote prête à sourire ; le mécanisme, beaucoup moins.
Le caoutchouc synthétique dépend des dérivés pétroliers. Bloquez le pétrole iranien, et c'est toute la chaîne qui se grippe — pneus, joints, dispositifs médicaux, contraception. La guerre se mesure désormais en biens du quotidien. Voilà ce que veut dire « interdépendance » au XXIᵉ siècle : un missile tiré à proximité d'Hormuz et c'est votre pharmacie qui ajuste ses étiquettes.
OTAN « tigre de papier » : Washington tape sur ses alliés
Les masques tombent. D'après Le Monde, l'administration Trump fustige désormais ouvertement les pays membres de l'Alliance atlantique, accusés de ne pas répondre à l'appel face à l'Iran et de négliger leurs propres intérêts commerciaux dans le détroit d'Ormuz. Un cliché diffusé par CentCom montre l'USS Rafael Peralta interceptant un navire battant pavillon iranien le 24 avril : symbole d'une Amérique qui veut bien faire la police, mais pas seule.
L'expression « tigre de papier » est lourde de sens. Elle inverse la rhétorique — c'est traditionnellement Pékin ou Moscou qui l'utilisent contre l'Occident. La voir ressortir dans la bouche des stratèges américains pour désigner leurs propres alliés en dit long sur l'état de la solidarité atlantique. Pour les capitales européennes, le message est clair : payer ou se taire.
Sur le même front, Libération rappelle qu'environ 100 milliards de dollars d'avoirs iraniens restent gelés à travers le monde en raison des sanctions. Un trésor de guerre qui pourrait redevenir levier de négociation entre Washington et Téhéran — à condition que quelqu'un veuille encore négocier.
Élections palestiniennes : un scrutin pour quoi faire ?
Ce week-end, environ un million de Palestiniens sont appelés aux urnes dans 182 localités de Cisjordanie occupée et dans une seule ville de Gaza, Deir el-Balah, selon RFI. C'est, pour la bande de Gaza, le premier scrutin depuis la prise de contrôle par le Hamas en 2005. Le Figaro présente l'événement comme un test pour le Hamas et l'Autorité palestinienne.
Tester quoi, exactement ? Le scrutin est financé par l'Autorité palestinienne, qui cherche, selon RFI, à exhiber sa volonté de réforme face à des partenaires internationaux qui en exigent. Mais on vote dans un seul fragment de Gaza, le moins détruit. Le reste du territoire, en ruines, n'a pas voix au chapitre. Une démocratie locale qui se rejoue dans les marges d'un désastre — et qui, à elle seule, ne tracera pas l'horizon politique des Palestiniens.
Gauche britannique : Polanski, l'éco-populiste qui surprend
Pendant que les chancelleries européennes scrutent Ormuz, un phénomène politique discret monte outre-Manche. Selon L'Express, Zack Polanski, élu à la tête du Green Party britannique l'automne dernier, a fait passer son parti de 60 000 à 220 000 membres, et les sondages le placent autour de 21 %.
Sa formule de campagne, attribuée au tribun travailliste Tony Benn — « si on trouve de l'argent pour faire la guerre, on peut aussi en trouver pour aider les gens » — résume une tension que toute la gauche occidentale traverse. À l'heure où Trump exige davantage de dépenses militaires des Européens, ce slogan trouve un écho qui dépasse Londres.
À Bologne, c'est l'inverse qui se joue : Le Monde décrit la capitale émilienne comme un « laboratoire de la résistance » aux idées réactionnaires en Italie, ciblée précisément pour cela par l'extrême droite au pouvoir.
Ce qu'il faut retenir
Un fil court à travers ces dossiers : la fragmentation. Ormuz fragmente l'économie mondiale, Trump fragmente l'OTAN, Gaza vote en miettes, et la gauche occidentale se fragmente entre éco-populisme et social-démocratie épuisée. L'ordre international post-1989 ne meurt pas d'un coup ; il s'effrite, gant en caoutchouc après gant en caoutchouc.