Ormuz, Corse, Trump : la France dans le piège des accords qui n’engagent que les autres

L’accord USA-Iran sur Ormuz, l’autonomie corse et la diplomatie spectacle de Trump : quand la France découvre que ses alliés jouent sans elle.

Ormuz, Corse, Trump : la France dans le piège des accords qui n’engagent que les autres
Photo de Slim MARS sur Unsplash

La France se réveille ce matin avec trois réalités qui lui claquaient au visage depuis des mois, mais qu’elle avait soigneusement ignorées. D’abord, un accord entre Washington et Téhéran sur le détroit d’Ormuz, annoncé comme une victoire diplomatique par Donald Trump, alors que Paris était relégué au rang de spectateur. Ensuite, une Corse qui réclame son autonomie constitutionnelle, fissurant la droite française et révélant l’impuissance de l’État central. Enfin, un président américain qui transforme la Maison Blanche en ring de MMA, offrant à Ciryl Gane une ceinture devant les caméras – et rappelant au monde que la diplomatie, pour Trump, n’est qu’un spectacle de plus.

Trois dossiers, trois symptômes d’une même maladie : la France croit encore que les règles du jeu géopolitique s’écrivent à Paris, alors qu’elles se négocient désormais en tweets, en coups de force locaux, ou dans l’ombre des deals bilatéraux.


Ormuz : quand la France découvre qu’elle n’est plus à la table des négociations

L’annonce est tombée dimanche soir, via un post de Donald Trump sur Truth Social : les États-Unis et l’Iran ont trouvé un accord pour rouvrir durablement le détroit d’Ormuz. Pas un mot sur la France, pourtant directement concernée par la sécurité des approvisionnements énergétiques européens. Pas une ligne sur le rôle de l’UE, pourtant engagée dans des sanctions contre Téhéran depuis des années. Juste un communiqué du Premier ministre pakistanais, jouant les entremetteurs, et une confirmation iranienne minimaliste.

Emmanuel Macron, qui accueille le G7 à Évian cette semaine, se retrouve dans une position ubuesque : célébrer un accord qu’il n’a pas négocié, pour un dossier où la France avait tenté, en vain, de jouer les médiateurs. Pire, l’accord arrive alors que les tensions au Moyen-Orient n’ont jamais été aussi explosives. Selon Le Figaro, les réactions internationales oscillent entre soulagement et scepticisme – mais personne ne semble surpris que ce soit Trump, et non Macron, qui ait scellé le deal.

La leçon est cruelle : dans un monde où les États-Unis traitent directement avec leurs ennemis, où l’Iran contourne les sanctions via des réseaux parallèles, et où la Chine et la Russie avancent leurs pions en coulisses, la France n’a plus les moyens de sa diplomatie traditionnelle. Elle peut organiser des sommets, prononcer des discours sur le multilatéralisme, ou envoyer des frégates en mer Rouge – cela ne changera rien. Les vraies décisions se prennent ailleurs, entre deux posts sur les réseaux sociaux.


Corse : l’autonomie, ou comment la droite française se déchire sur son propre terrain

Pendant que la France regardait ailleurs, la Corse a voté. En 2024, son Assemblée a adopté un projet d’autonomie constitutionnelle, réclamant un pouvoir normatif local et une reconnaissance de la spécificité insulaire. Deux ans plus tard, le débat n’a toujours pas été tranché à Paris – et la droite française, divisée entre partisans d’une simple décentralisation et défenseurs d’un statut particulier, est en train de se déchirer sur la question.

Laurent Marcangeli, figure de la droite corse et ancien ministre, incarne cette fracture. D’un côté, il défend une autonomie "raisonnable", compatible avec l’unité nationale. De l’autre, une partie de son camp, plus radicale, exige une révision constitutionnelle en profondeur, avec des compétences élargies en matière fiscale, éducative et environnementale. Le problème ? À Paris, personne n’a envie d’ouvrir ce dossier explosif. Ni Macron, qui craint de créer un précédent pour la Nouvelle-Calédonie ou la Bretagne. Ni la droite nationale, qui voit dans l’autonomie corse une menace pour l’intégrité du territoire.

Résultat : la Corse attend, l’État tergiverse, et la droite se consume dans des querelles internes. Pendant ce temps, les nationalistes corses, eux, avancent. Leur stratégie est simple : faire monter la pression jusqu’à ce que Paris cède, ou que la situation devienne ingérable. Et dans les deux cas, la France perdra.


Trump, Ciryl Gane et la diplomatie-spectacle : quand le sport devient un outil géopolitique

Dimanche soir, à la Maison Blanche, Donald Trump a remis la ceinture de champion des poids lourds de MMA à Ciryl Gane, devant une foule de supporters et sous les flashs des photographes. Une scène surréaliste, où le président américain a transformé un événement sportif en opération de communication politique. Pour Trump, c’est une habitude : il avait déjà reçu des athlètes en 2017, après sa victoire électorale, et n’a jamais caché son goût pour les symboles de puissance virile.

Mais pour la France, cette mise en scène est un rappel cinglant : dans le monde de Trump, tout est spectacle. La diplomatie, le sport, la politique – tout se mélange dans un grand show où les frontières entre le public et le privé s’effacent. Ciryl Gane, star française du MMA, s’est retrouvé malgré lui dans ce cirque médiatique, utilisé comme faire-valoir d’un président qui n’a que faire des subtilités de la realpolitik.

Pire : cette opération intervient alors que les relations franco-américaines traversent une période de tensions, notamment sur les questions commerciales et technologiques. En invitant Gane à la Maison Blanche, Trump envoie un message clair : la France peut bien critiquer sa politique, ses athlètes, eux, sont les bienvenus. Et si Macron veut jouer les médiateurs sur la scène internationale, Trump, lui, préfère les symboles qui parlent aux masses.


Ce qu’il faut retenir : la France, puissance spectatrice

Trois dossiers, trois échecs de la diplomatie française.

  1. Ormuz : La France a cru pouvoir jouer les médiateurs dans un conflit où les États-Unis et l’Iran négociaient en direct. Résultat, elle se retrouve à applaudir un accord qu’elle n’a pas contribué à façonner.
  2. Corse : L’État central tergiverse, la droite se déchire, et les nationalistes corses avancent leurs pions. Paris a perdu le contrôle du récit.
  3. Trump : Le président américain utilise le sport comme outil de soft power, tandis que la France, elle, reste cantonnée aux discours et aux sommets.

La leçon de ce lundi 15 juin 2026 ? Dans un monde où les règles du jeu changent à toute vitesse, la France continue de croire que sa voix compte. Mais entre les accords bilatéraux, les revendications autonomistes et la diplomatie-spectacle, elle découvre, un peu tard, qu’elle n’est plus qu’une puissance parmi d’autres – et que ses alliés jouent sans elle.