Géopolitique : l'ONU, le Yémen et les pièges de la diplomatie française
À New York, Macron corrige son erreur sur le Hamas tandis que Zelensky justifie ses frappes en Russie. Au Yémen, les Houthis contrôlent un détroit clé, redessinant les équilibres régionaux.
L’Assemblée générale des Nations unies, qui s’achève vendredi à New York, a été le théâtre de deux séquences diplomatiques révélatrices des tensions qui traversent la scène internationale. D’un côté, Emmanuel Macron a dû corriger une erreur factuelle sur le Hamas, exploitée par Israël pour détourner les critiques sur la colonisation en Cisjordanie. De l’autre, Volodymyr Zelensky a justifié les frappes ukrainiennes en Russie, tout en appelant à une désescalade avant un hiver qui s’annonce « très rude ». Parallèlement, la prise du détroit de Bab Al-Mandab par les Houthis au Yémen marque un tournant dans la guerre régionale, avec des répercussions économiques mondiales.
Macron et le Hamas : une erreur qui relance le débat sur la Cisjordanie
Lors de son discours à la tribune de l’ONU, mardi, le président français a affirmé que le Hamas « n’avait jamais sévi en Cisjordanie ». Une déclaration erronée, comme l’a immédiatement souligné le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou. Ce dernier a saisi l’occasion pour recentrer le débat sur la politique de colonisation israélienne dans les territoires occupés, accusant la communauté internationale de « double standard » en ciblant Israël tout en minimisant les violences du Hamas.
Pour la diplomatie française, cette bourde est d’autant plus embarrassante qu’elle survient dans un contexte de tensions accrues en Cisjordanie. Depuis le début de l’année, les violences entre colons israéliens et Palestiniens y ont atteint des niveaux inédits, selon les Nations unies. « Cette erreur a offert à Nétanyahou une échappatoire pour éviter de répondre aux critiques sur l’expansion des colonies », analyse un diplomate européen sous couvert d’anonymat. Emmanuel Macron a depuis rectifié ses propos, reconnaissant que le Hamas avait bien commis des attaques en Cisjordanie, mais sans revenir sur la question centrale : celle de la légitimité des colonies israéliennes, jugées illégales par le droit international.
Zelensky à l’ONU : frapper la Russie pour « ne pas mourir »
Le président ukrainien a choisi un ton martial pour s’adresser à l’Assemblée générale, mercredi. Excluant tout moratoire sur les frappes contre les infrastructures énergétiques russes, il a justifié ces attaques par la nécessité de « ne pas mourir » face à une Russie qui, selon lui, prépare un hiver « très rude » pour l’Ukraine. « Si nous arrêtons de frapper leurs raffineries, leurs centrales électriques, ils nous écraseront », a-t-il déclaré, tout en appelant à des mesures de désescalade.
Cette position reflète un dilemme stratégique pour Kiev. D’un côté, les frappes ukrainiennes sur le territoire russe – notamment sur les sites pétroliers – ont affaibli l’économie de Moscou et réduit ses capacités militaires. De l’autre, elles risquent de provoquer une escalade incontrôlable, alors que les Occidentaux hésitent à fournir des armes à longue portée. « Zelensky joue la carte de la fermeté pour maintenir la pression sur ses alliés, mais il sait que sans soutien accru, l’Ukraine pourrait être contrainte à des négociations défavorables », estime un expert en sécurité européenne.
Yémen : la prise du détroit de Bab Al-Mandab, un coup de force stratégique
La prise du détroit de Bab Al-Mandab par les Houthis, le 18 septembre, marque un tournant dans la guerre au Yémen et dans l’équilibre des forces au Moyen-Orient. Ce passage maritime, situé entre la mer Rouge et le golfe d’Aden, est l’un des plus stratégiques au monde : près de 10 % du commerce maritime international y transite, dont une grande partie du pétrole et du gaz en provenance du golfe Persique.
En contrôlant ce détroit, les Houthis – soutenus par l’Iran – disposent désormais d’un levier de pression majeur sur les États-Unis et leurs alliés. « Ils peuvent perturber le trafic maritime, augmenter les coûts d’assurance pour les navires, ou même cibler des bâtiments militaires », explique Fanny Arlandis, journaliste au Monde. Cette situation rappelle la crise du détroit d’Ormuz en 2019, lorsque l’Iran avait saisi des pétroliers, provoquant une flambée des prix du brut.
Pour la France, qui maintient une présence militaire dans la région (notamment à Djibouti), cette évolution complique sa diplomatie. Paris a jusqu’ici évité de s’impliquer directement dans le conflit yéménite, mais la menace sur les routes commerciales pourrait l’obliger à revoir sa position, notamment en coordination avec les États-Unis et l’Arabie saoudite.
Ce qu’il faut retenir
- Une diplomatie française à l’épreuve des faits : L’erreur de Macron sur le Hamas a relancé le débat sur la Cisjordanie, offrant à Israël un argument pour détourner les critiques sur sa politique de colonisation. La France devra clarifier sa position avant la prochaine réunion du Quartet pour le Moyen-Orient, prévue en octobre.
- L’Ukraine entre fermeté et désescalade : Zelensky a justifié les frappes en Russie tout en appelant à des mesures pour éviter une escalade. Un équilibre précaire, alors que les livraisons d’armes occidentales restent insuffisantes pour inverser le rapport de forces.
- Le Yémen, nouveau front géopolitique : La prise du détroit de Bab Al-Mandab par les Houthis renforce l’Iran et menace les approvisionnements énergétiques mondiaux. La France, comme ses alliés, pourrait être contrainte d’intervenir pour sécuriser les routes maritimes.
- L’ONU, une tribune aux limites évidentes : Les discours de cette semaine ont montré les limites de l’organisation face aux crises actuelles. Entre erreurs diplomatiques et postures martiales, les dirigeants peinent à trouver un terrain d’entente, même sur des sujets comme le climat ou la sécurité alimentaire.