ONU, IA et Code de la famille : les enjeux géopolitiques du Maroc ce 21 septembre
L'appel urgent de l'ONU face aux crises mondiales, les négociations USA-Chine sur l'IA et l'absence de réforme du Code de la famille dans la campagne électorale marocaine.
Le monde traverse une période de tensions croissantes, où les équilibres géopolitiques traditionnels sont remis en question. Ce lundi 21 septembre 2026, trois dossiers majeurs retiennent l’attention, chacun avec des implications directes ou indirectes pour le Maroc : la crise du multilatéralisme, les négociations sur la régulation de l’intelligence artificielle entre les grandes puissances, et les silences de la campagne électorale marocaine sur une réforme attendue du Code de la famille.
L’ONU face à l’urgence : un appel au multilatéralisme en péril
Le Conseil des présidents de l’Assemblée générale des Nations Unies (UNCPGA) a lancé dimanche un appel sans précédent à une session d’urgence de l’Assemblée générale, invoquant la multiplication des crises internationales et le recul du multilatéralisme. Dans une déclaration adoptée par douze anciens présidents de l’Assemblée, le Conseil a exprimé sa "profonde préoccupation" face aux violations croissantes de la Charte de l’ONU et à la montée de l’unilatéralisme. Parmi les risques identifiés figure celui d’un conflit nucléaire, dans un contexte marqué par l’absence d’accords contraignants sur le désarmement.
Pour le Maroc, membre actif de l’ONU et engagé dans plusieurs missions de paix, cet appel résonne particulièrement. Le pays, qui a récemment renforcé sa coopération avec l’Union africaine et l’Union européenne sur des dossiers sécuritaires, pourrait se retrouver en première ligne dans les discussions sur la réforme des institutions internationales. "Le Maroc a toujours défendu une approche multilatérale, notamment sur les questions de sécurité en Afrique et au Moyen-Orient", rappelle un diplomate marocain sous couvert d’anonymat. "Une session d’urgence pourrait offrir une plateforme pour relancer des initiatives régionales, comme celle sur le Sahara occidental."
Intelligence artificielle : les États-Unis et la Chine cherchent un terrain d’entente
À quelques jours d’un sommet entre les présidents américain Donald Trump et chinois Xi Jinping, les deux pays ont engagé des discussions sur la création d’un mécanisme de transparence en matière d’intelligence artificielle (IA). Le ministre américain des Finances, Scott Bessent, a évoqué dimanche la proposition d’un "mécanisme de notification" entre Washington et Pékin, visant à prévenir les risques liés à une technologie de plus en plus omniprésente. "Les États-Unis et la Chine sont les deux leaders mondiaux en matière d’IA, mais leur rivalité pourrait mener à une course incontrôlée", a-t-il déclaré.
Pour le Maroc, qui mise sur l’IA comme levier de développement économique et social, cette initiative revêt une importance stratégique. Le pays a lancé en 2025 une stratégie nationale pour l’IA, avec des investissements massifs dans les data centers et la formation de talents locaux. "Une régulation internationale de l’IA serait bénéfique pour des pays comme le Maroc, qui cherchent à attirer des investissements tout en évitant les pièges d’une technologie non maîtrisée", analyse un expert en transformation numérique. Cependant, les tensions persistantes entre les deux superpuissances pourraient compliquer la mise en place d’un cadre commun, laissant les pays tiers dans une position délicate.
Législatives marocaines : le Code de la famille, grand absent des débats
À deux jours des élections législatives du 23 septembre, la réforme du Code de la famille reste un sujet largement ignoré par les principaux partis en lice. Selon une analyse menée par le collectif féministe Kif Mama Kif Baba, qui a passé au crible les programmes de huit formations politiques, les engagements concrets sur des sujets sensibles comme l’héritage, le mariage des mineures ou la garde des enfants sont rares. "Les partis préfèrent éviter les sujets qui divisent, surtout dans un contexte de campagne électorale tendue", explique une membre du collectif.
Le Code de la famille, adopté en 2004, avait marqué une avancée majeure pour les droits des femmes au Maroc, mais plusieurs de ses dispositions restent contestées, notamment par les mouvements conservateurs. "Les féministes attendaient des propositions claires, comme l’égalité successorale ou l’interdiction totale du mariage des mineures, mais ces sujets sont soit absents, soit traités de manière vague", déplore une militante. Pour les électeurs, ce silence pose une question de fond : entre des promesses électorales et des réformes structurelles, quel poids accorder aux engagements des partis ?
Ce qu’il faut retenir
- Multilatéralisme en crise : L’appel de l’UNCPGA pour une session d’urgence de l’Assemblée générale souligne les risques d’un monde de plus en plus fragmenté. Le Maroc, acteur clé des discussions régionales, pourrait jouer un rôle dans la relance du dialogue international.
- IA et transparence : Les discussions entre les États-Unis et la Chine sur un mécanisme de notification en matière d’IA pourraient ouvrir la voie à une régulation internationale, un enjeu crucial pour les pays comme le Maroc qui misent sur cette technologie.
- Élections et droits des femmes : À l’approche des législatives, l’absence de débat sur la réforme du Code de la famille interroge sur la capacité des partis à aborder les sujets sociétaux sensibles. Un silence qui pourrait peser sur la légitimité des futurs élus.