Innovation au Maroc : le rail et le digital redessinent le Sud

L'ONCF affiche des résultats record et PORTNET déploie sa caravane à Laâyoune. Le Maroc mise sur le rail et le numérique pour transformer ses provinces du Sud.

Innovation au Maroc : le rail et le digital redessinent le Sud
Photo de Hassan OUAJBIR sur Unsplash

Revue de presse du 13 avril 2026
Dernière mise à jour : 17:19

Le Maroc a un plan. Et ce plan passe par des rails et des algorithmes. Deux signaux cette semaine le confirment : l'ONCF annonce une année 2025 de performances record, tandis que PORTNET installe sa caravane du commerce extérieur à Laâyoune. Deux faces d'une même ambition — faire de l'infrastructure et du numérique les moteurs d'un rééquilibrage territorial.

Pourquoi les performances de l'ONCF marquent un tournant ?

Le Conseil d'administration de l'ONCF, réuni à Rabat sous la présidence du ministre du Transport Abdessamad Kayouh, a acté ce que beaucoup pressentaient : 2025 restera comme une année charnière pour le ferroviaire marocain. Selon le communiqué de l'Office, les comptes sociaux et consolidés témoignent d'une dynamique de développement soutenue, portée par des projets qualifiés de « structurants ».

Le mot n'est pas anodin. Structurant, dans le vocabulaire institutionnel marocain, signifie que l'investissement dépasse la simple amélioration de l'existant — il reconfigure la carte de la mobilité nationale. Le rail, longtemps parent pauvre face au tout-routier, s'impose progressivement comme un levier stratégique. La question qui se pose désormais : à quel rythme cette montée en puissance atteindra-t-elle les régions encore enclavées ?

Car c'est là que le bât blesse. Les performances globales de l'ONCF sont encourageantes, mais le réseau ferré marocain reste concentré sur l'axe Tanger-Casablanca-Marrakech. Le Sud, lui, attend encore.

PORTNET à Laâyoune : le numérique comme accélérateur économique

C'est précisément au Sud que se joue l'autre volet de cette stratégie. La cinquième étape de la Caravane régionale du commerce extérieur, organisée par PORTNET en partenariat avec la Chambre de commerce de Laâyoune-Sakia El Hamra et l'Agence nationale des ports, pose un jalon significatif.

PORTNET, le guichet unique national du commerce extérieur, n'est pas un simple outil administratif. C'est une plateforme de dématérialisation qui réduit les délais, les coûts et l'opacité des procédures d'import-export. L'amener à Laâyoune, c'est envoyer un signal clair : les provinces du Sud ne sont pas un appendice économique, elles sont un hub en construction.

Selon les organisateurs, l'événement réunit un large éventail d'acteurs économiques et institutionnels. Le choix du lieu — Place Oum Saad, au cœur de la ville — n'est pas anodin. Il s'agit de rapprocher l'outil numérique des entrepreneurs locaux, pas de le leur imposer depuis Casablanca.

Le vrai défi : connecter les deux dynamiques

Rail performant d'un côté, digitalisation du commerce de l'autre. Les deux chantiers avancent. Mais séparément. Le Maroc a les pièces du puzzle — infrastructure physique, plateforme numérique, volonté politique affichée. Ce qui manque encore, c'est la convergence.

Un port digitalisé à Laâyoune sans connexion ferroviaire performante reste un demi-levier. Un réseau ONCF en pleine expansion qui ne dessert pas les zones de production du Sud laisse de la valeur sur la table. L'innovation, la vraie, ne réside pas dans chaque projet pris isolément. Elle est dans leur articulation.

Le Maroc dispose aujourd'hui d'atouts que beaucoup de pays de la région lui envient. La question n'est plus de savoir s'il investit — il investit massivement. La question est de savoir s'il connecte. Et sur ce terrain, tout reste à prouver.