Économie : la santé mentale, angle mort à 1 370 milliards
Économie : l'OIT chiffre à 840 000 morts par an le coût des risques psychosociaux. Liquidation d'Air Antilles, jurisprudence cadres : la semaine où le travail craque.
La facture cachée que personne ne veut payer
840 000 morts par an. C'est le bilan mondial des pathologies liées aux risques psychosociaux au travail, selon un rapport de l'Organisation internationale du travail repris par Le Monde. À l'échelle de la planète, la note s'élève à 1,37 % du PIB mondial — soit l'équivalent de l'économie espagnole engloutie chaque année pour réparer ce que le travail abîme. Pendant ce temps, en France, une compagnie aérienne ferme, deux syndicalistes du port de Marseille passent en correctionnelle, et la Cour de cassation redessine discrètement les contours de la liberté d'expression au bureau. Le travail, ses fractures, ses comptes : la semaine économique tient en un mot. Le coût.
Pourquoi l'OIT veut-elle chiffrer ce qu'on préfère taire ?
Le rapport publié par l'Organisation internationale du travail, et analysé par le journaliste Jules Thomas dans Le Monde, fait basculer le débat. Stress, harcèlement, ce que l'OIT appelle désormais la « charge mentale digitale » : ces termes longtemps cantonnés aux DRH et aux médecins du travail entrent dans la comptabilité macroéconomique. 840 000 décès, 1,37 % du PIB mondial. Le chiffre est sec, il a le mérite de fermer un débat ancien : oui, la souffrance au travail a un prix, et il est facturé à l'économie tout entière.
La question est moins de savoir si on connaît le problème — les rapports s'empilent depuis quinze ans — que de savoir pourquoi rien ne bouge. La réponse tient peut-être dans un détail : ce coût est diffus, partagé entre la sécurité sociale, les arrêts maladie, la productivité perdue, les remplacements. Personne ne le voit sur sa ligne de bilan. Tout le monde le paie.
Air Antilles : la fin d'un service public oublié
Le tribunal a tranché : la compagnie Air Antilles est placée en liquidation judiciaire avec cessation immédiate d'activité, rapporte Le Monde citant la décision rendue cette semaine. Saint-Barthélemy, Saint-Martin, Guadeloupe, Martinique : la compagnie régionale qui maillait ces îles disparaît après des années de difficultés.
Au-delà du dossier social, c'est une question d'aménagement du territoire qui se pose. Quand on parle des Outre-mer, on parle d'archipels où l'avion n'est pas un confort mais un service essentiel — pour les soins, pour les liens familiaux, pour l'économie locale. La liquidation laisse un trou noir que les majors ne combleront pas, parce qu'elles n'ont jamais voulu de ces lignes courtes peu rentables. La République continue, oui, mais pas toujours en avion.
Cadres et liberté d'expression : la jurisprudence qui rebat les cartes
Discret mais lourd de conséquences : le revirement de la Cour de cassation du 14 janvier dernier, décrypté dans une chronique de Jean-Emmanuel Ray publiée par Le Monde. Désormais, l'abus de la liberté d'expression d'un salarié s'apprécie selon ses conséquences réelles sur l'entreprise — et non plus seulement selon les mots employés.
Cas d'école : un directeur financier qui dénigre publiquement son directeur général lors d'une visioconférence interne. Licenciement annulé. La logique judiciaire bascule du registre disciplinaire vers le registre du dommage. Pour les cadres supérieurs, qui vivent en permanence sur cette ligne de crête entre devoir de loyauté et expression critique, la jurisprudence change tout. Pour les directions, elle complique singulièrement l'arsenal sanction. Et pour les juristes d'entreprise, elle ouvre une décennie de contentieux.
Port de Marseille : l'argent du CSE devant les juges
Deux élus CGT du comité social et économique du Grand Port maritime de Marseille étaient jugés ce mardi 28 avril pour « abus de confiance », rappelle Le Monde. L'un est secrétaire du CSE depuis 2015, l'autre fut trésorier de 2014 à 2022. La procédure judiciaire fait suite à un rapport de la Cour des comptes pointant gestion opaque et achats jugés dispendieux.
L'affaire est sensible parce qu'elle touche à un totem syndical dans un port qui est lui-même un totem. Elle pose une question rarement formulée à voix haute : qui contrôle vraiment l'argent des comités d'entreprise dans les structures publiques et parapubliques ? La présomption d'innocence demeure. Mais la simple existence de ce procès, instruit sur la base d'un rapport public, marque un tournant dans la transparence imposée aux instances représentatives.
GAFAM-presse : l'Australie remet la pression
Selon France 24, un projet de loi présenté ce mardi en Australie obligera Meta, Google et TikTok à rémunérer les médias locaux, sous peine de pénalités financières. Canberra remet une pièce dans la machine, après les bras de fer de 2021. Le signal est clair : ce qui devait être un compromis volontaire devient une obligation assortie de sanctions. Pour les éditeurs européens, qui négocient encore péniblement les droits voisins avec les plateformes, le précédent australien sera regardé de près.
Ce qu'il faut retenir
Le travail coûte cher quand on le casse — l'OIT vient de mettre un prix dessus. Les territoires périphériques perdent leurs services quand la rentabilité prime — Air Antilles le confirme. Et le pouvoir change de camp dès que les tribunaux s'en mêlent : pour les cadres dénigrés, pour les CSE trop opaques, pour les plateformes trop gourmandes. La semaine économique ne raconte pas une crise. Elle raconte une mise en comptes.