Économie : Office des Changes se réforme, l'élevage tient le PIB

Économie marocaine : l'Office des Changes se réorganise, l'élevage pèse un tiers du PIB agricole, Tanger décolle. Trois signaux, une même urgence.

Économie : Office des Changes se réforme, l'élevage tient le PIB
Photo de Jimmy Hassa sur Unsplash

Revue de presse du 21 avril 2026
Dernière mise à jour : 09:16

Trois communiqués, une même journée, un même royaume qui cherche à ajuster sa machine. L'Office des Changes annonce sa mue, le ministre de l'Agriculture égrène les chiffres de l'élevage à Meknès, et Tanger Ibn Battouta affiche une hausse de trafic à deux chiffres sur les vols internationaux. Trois signaux économiques qui, mis bout à bout, disent l'état réel du Maroc productif : une administration qui se réinvente à contretemps, une agriculture qui tient à bout de bras le PIB rural, et des portes d'entrée qui, elles, ne désemplissent pas.

Pourquoi l'Office des Changes se réorganise-t-il maintenant ?

L'institution chargée de surveiller les flux de devises entrants et sortants a publié lundi un communiqué annonçant une « transformation structurante » de son organisation, alignée sur sa stratégie 2025-2029. Au programme, selon l'Office : fluidification des processus, raccourcissement des délais de traitement des dossiers de change, création d'un département dédié, et repositionnement autour des missions de régulation, de supervision et d'accompagnement des usagers.

Le vocabulaire est classique, le sous-texte l'est moins. Quand une institution de contrôle parle soudain de « qualité de service » et de « célérité », c'est que les usagers — entreprises exportatrices, MRE, investisseurs étrangers — se plaignent depuis longtemps de la lenteur. L'Office des Changes reste le goulot d'étranglement historique de l'économie marocaine extravertie : sans son visa, pas de rapatriement de dividendes, pas d'investissement sortant, pas de règlement international fluide. Le réorganiser, c'est reconnaître à mots couverts que la machine grinçait. Reste à voir si les délais suivront les communiqués.

Élevage : un tiers du PIB agricole, mais pour combien de temps ?

À Meknès, le Salon International de l'Agriculture a rouvert lundi sous la présidence du prince Moulay Rachid. Le ministre de l'Agriculture Ahmed El Bouari y a livré les chiffres que toute filière aime entendre à son propre chevet : selon lui, la production animale représente près du tiers du PIB agricole, génère 135 millions de journées de travail par an, fait vivre 1,2 million d'éleveurs, et produit 35 milliards de dirhams de valeur ajoutée. Le ministre a salué les acquis du Plan Maroc Vert consolidés par la stratégie en cours.

Les chiffres sont impressionnants. Ils racontent aussi une dépendance : quand l'élevage représente un tiers du PIB agricole et que l'agriculture reste le premier employeur du pays, la moindre sécheresse prolongée devient un risque macroéconomique. Les années récentes ont vu le cheptel ovin et bovin fondre sous la pression du stress hydrique, au point de forcer des importations massives de viande rouge et la suspension de taxes douanières. Le chiffre de 1,2 million d'éleveurs dit le poids social de la filière. Il dit aussi le nombre de foyers qu'une mauvaise campagne peut précariser.

Tanger décolle, le Maroc se connecte

Dernier signal de la journée, plus léger en apparence, mais tout aussi parlant. Selon l'Office national des aéroports, l'aéroport Tanger Ibn Battouta a accueilli 405 256 passagers à fin février 2026, contre 377 916 un an plus tôt, soit une hausse de plus de 7 %. Le détail est instructif : les vols internationaux progressent de 8,27 %, quand les vols domestiques reculent de 2,84 %. Autrement dit, Tanger s'internationalise pendant que son marché intérieur s'essouffle.

La ville du détroit profite de sa double casquette — hub industriel avec Renault et Stellantis, plateforme logistique avec Tanger Med — pour attirer un trafic d'affaires et touristique que les capitales administratives ne captent plus au même rythme. Le recul du domestique, lui, interroge : à l'heure où la LGV Al Boraq relie Tanger à Casablanca en deux heures, l'avion intérieur perd sa raison d'être. Une substitution modale silencieuse, que les compagnies devront digérer.

Ce qu'il faut retenir

Trois signaux, une même grille de lecture. L'État marocain tente de fluidifier ses rouages administratifs — Office des Changes — parce que l'économie extravertie n'attend plus. L'agriculture continue de porter le pays à bout de bras, mais sa vulnérabilité climatique reste l'angle mort des stratégies officielles. Et Tanger confirme qu'entre Casablanca saturée et Rabat administrative, le nord redessine la carte économique du royaume. Trois mouvements lents. Aucun spectaculaire. Tous révélateurs.