Offensive sahélienne, crise syndicale : le Maroc joue sur deux fronts
Revue de presse du 9 avril 2026
Dernière mise à jour : 09:17
Nasser Bourita à Niamey, reçu par le général Tiani. Une crise ouverte qui secoue le bras syndical de l'Istiqlal. Et au Congrès américain, le dossier Polisario qui gagne du terrain. Ce jeudi, la politique marocaine se lit sur trois théâtres à la fois — et chacun raconte quelque chose de la trajectoire du Royaume.
Au Sahel, le Maroc avance ses pions
La visite de Bourita à Niamey n'est pas un déplacement de courtoisie. Le chef de la diplomatie marocaine a été reçu en audience par le président nigérien en marge de la 5e session de la Commission mixte de coopération Maroc-Niger. Il a transmis les salutations de Mohammed VI. Tiani, en retour, a salué « les actes de solidarité tangibles » du Maroc et ses « initiatives régionales en faveur du développement et de la stabilité du Sahel ».
Derrière le protocole, une réalité stratégique. Le Sahel post-coups d'État a redessiné la carte des influences. La France recule. La Russie, via Wagner puis Africa Corps, s'est installée. La Turquie prospecte. Dans ce jeu de chaises musicales, le Maroc fait un pari différent : celui de la coopération économique et de la proximité institutionnelle, sans ingérence sécuritaire visible. Le gazoduc Nigeria-Maroc, les accords agricoles, la formation professionnelle — Rabat construit une présence par le bas, projet par projet.
Le Niger est une pièce maîtresse de ce dispositif. Pays de transit, riche en uranium, frontalier du Mali et du Burkina Faso — deux autres États dirigés par des juntes militaires —, il occupe une position charnière. Que le Maroc maintienne un canal diplomatique actif avec Niamey, alors que d'autres capitales hésitent encore sur la posture à adopter face aux régimes militaires sahéliens, en dit long sur le pragmatisme de la politique étrangère marocaine.
L'UGTM dans la tempête
Sur le front intérieur, c'est un autre registre. L'Union générale des travailleurs du Maroc traverse sa plus grave crise depuis des années. Plusieurs membres du bureau exécutif ont annoncé le boycott d'une réunion clé, accusant le secrétaire général Naam Miyara de gestion opaque. Au cœur des tensions : des soupçons de cession de biens immobiliers et d'actifs appartenant au syndicat, sans consultation ni transparence suffisante.
L'affaire dépasse le simple conflit de personnes. L'UGTM est le bras syndical du Parti de l'Istiqlal — le même Istiqlal qui participe à la coalition gouvernementale et dont le secrétaire général Nizar Baraka pilote le ministère de l'Équipement. Une crise syndicale qui s'envenime, c'est un foyer d'instabilité potentiel au sein même de la majorité.
Miyara, par ailleurs président de la Chambre des Conseillers, cumule les casquettes. Ce qui rend les accusations d'opacité financière d'autant plus embarrassantes. Le syndicat réclame des explications sur la gestion du patrimoine. L'absence de réponses claires alimente la défiance. Si cette fracture n'est pas colmatée rapidement, elle pourrait fragiliser l'Istiqlal à un moment où le parti a besoin d'unité pour peser dans les arbitrages gouvernementaux — notamment sur la réforme de la protection sociale et les négociations salariales en cours.
À Washington, le Polisario perd du terrain
Troisième front, plus lointain mais tout aussi significatif. Au Congrès américain, le « Polisario Front Terrorist Designation Act » continue de rassembler des cosignataires. Le texte, introduit en juin 2025 par le républicain Joe Wilson et soutenu par le démocrate Jimmy Panetta, pousse l'administration à examiner une inscription du Front Polisario sur la liste des organisations terroristes étrangères.
L'initiative reste parlementaire — elle n'a pas encore force de loi. Mais sa dynamique bipartisane est notable. Chaque nouvel élu qui cosigne le texte réduit l'espace politique du Polisario à Washington. Pour Rabat, c'est un levier complémentaire à la reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara par l'administration Trump fin 2020, jamais révoquée depuis.
Ce qu'il faut retenir
Ces trois dossiers dessinent une même image : un Maroc qui joue la profondeur stratégique. Au Sahel, par la coopération bilatérale. À Washington, par le travail d'influence parlementaire. Mais la politique intérieure rappelle que la solidité extérieure ne vaut que si la maison est en ordre. La crise de l'UGTM est un signal. Mineur pour l'instant. Mais les fractures syndicales, au Maroc, ont rarement été sans conséquence politique.