Coopératives marocaines : l'ODCO mise sur la pérennité pour relancer l'innovation locale
L'Office du développement de la coopération (ODCO) réforme son programme "Génération solidaire" pour professionnaliser les coopératives de jeunes et sécuriser leur financement. Une réponse aux défis structurels du secteur.
Une refonte stratégique pour les coopératives marocaines
L'Office du développement de la coopération (ODCO) a dévoilé mardi 7 juillet une nouvelle approche pour son programme "Génération solidaire", marquant un tournant dans l'accompagnement des coopératives de jeunes au Maroc. Cette sixième édition ne se contente plus de récompenser des projets naissants : elle vise désormais à assurer leur pérennité, leur professionnalisation et leur accès au financement, selon les informations présentées lors de la cérémonie de Rabat.
Cette évolution répond à un constat partagé par les acteurs du secteur : malgré leur potentiel économique et social, les coopératives marocaines peinent souvent à survivre au-delà de leurs premières années d'activité. "L'innovation ne suffit pas si elle n'est pas accompagnée d'une structuration durable", souligne un responsable de l'ODCO cité par Hespress. Le programme entend désormais suivre les coopératives bien au-delà de leur phase de création, avec un accent particulier sur la formation managériale et la recherche de financements stables.
Un secteur clé pour l'économie territoriale
Les coopératives représentent un maillon essentiel de l'économie marocaine, particulièrement dans les zones rurales et périurbaines. Elles emploient directement plus de 500 000 personnes et contribuent à la valorisation de filières locales comme l'artisanat, l'agroalimentaire ou les services. Pourtant, leur taux de survie à cinq ans reste inférieur à 30%, selon les données de la Banque mondiale.
La nouvelle approche de l'ODCO cible spécifiquement cette fragilité structurelle. Parmi les mesures annoncées figurent :
- Un accompagnement personnalisé sur 36 mois (contre 12 auparavant)
- Des partenariats avec des institutions financières pour faciliter l'accès au crédit
- Des modules de formation en gestion et commercialisation
- Un réseau de mentors issus de coopératives expérimentées
"Nous passons d'une logique de subvention à une logique d'investissement social", explique le directeur de l'ODCO. Cette philosophie s'inscrit dans une tendance plus large observée au Maroc, où les pouvoirs publics cherchent à professionnaliser les structures de l'économie sociale et solidaire.
L'enjeu de la jeunesse et de l'emploi
Le ciblage des jeunes coopérateurs n'est pas anodin. Le Maroc compte près de 11 millions de jeunes âgés de 15 à 34 ans, dont une partie importante peine à s'insérer sur le marché du travail formel. Les coopératives apparaissent comme une alternative crédible, à condition de surmonter leurs handicaps traditionnels : manque de capital, faible accès aux marchés, et compétences limitées en gestion.
"Les jeunes ont des idées, mais ils manquent souvent des outils pour les concrétiser durablement", observe un expert en économie sociale. Le programme "Génération solidaire" mise sur cette génération pour renouveler le tissu coopératif marocain, avec une attention particulière portée aux projets intégrant des dimensions numériques ou écologiques.
Des défis persistants
Malgré ces avancées, plusieurs obstacles subsistent. Le secteur coopératif marocain souffre encore d'un manque de visibilité et d'une image parfois associée à l'économie informelle. Les procédures administratives restent complexes, et l'accès au financement bancaire demeure difficile pour des structures souvent perçues comme risquées.
Par ailleurs, la concurrence des grandes entreprises et des importations pèse sur les petites coopératives, notamment dans des secteurs comme l'agroalimentaire. La baisse record des exportations de fraises fraîches (-50% sur la saison 2025-2026) illustre ces difficultés, avec des volumes tombés à 8 700 tonnes contre 23 000 tonnes lors du pic de 2021-2022.
Ce qu'il faut retenir
La réforme du programme "Génération solidaire" marque une évolution significative dans la politique marocaine d'accompagnement des coopératives. En passant d'une logique de soutien ponctuel à une approche structurante sur le long terme, l'ODCO cherche à répondre aux défis de pérennité qui freinent le développement de ce secteur.
Cette initiative s'inscrit dans un contexte plus large de transformation économique, où l'innovation sociale et territoriale devient un levier pour répondre aux enjeux de l'emploi des jeunes et de la résilience des territoires. Son succès dépendra cependant de la capacité à surmonter les obstacles structurels persistants, notamment en matière d'accès au financement et de simplification administrative.
Pour les coopératives marocaines, l'enjeu est double : professionnaliser leurs pratiques tout en conservant leur ancrage local et leur dimension solidaire. Un équilibre délicat, mais essentiel pour que l'économie sociale devienne un véritable moteur de développement inclusif.