Économie : Musk attaque Altman, Bolloré pèse sur l'audiovisuel
Économie du jour : Musk affronte Altman au tribunal californien sur OpenAI, le groupe Lagardère soufflait des questions aux députés. Le pouvoir s'achète.
Quand le procès remplace la concurrence
Lundi, à San Francisco, Elon Musk et Sam Altman entrent dans un tribunal californien pour régler des comptes vieux de dix ans. Le sujet officiel : la gouvernance d'OpenAI, fondée en 2015 comme laboratoire à but non lucratif, devenue depuis une machine à lever des dizaines de milliards. Le sujet réel : qui pilotera l'intelligence artificielle de la prochaine décennie. Selon Le Monde, les deux hommes s'affrontent au moment précis où la régulation mondiale du secteur se met en place. Ce n'est pas un détail.
Musk a quitté le conseil d'OpenAI en 2018, Altman en a fait une licorne soutenue par Microsoft. Le premier reproche au second d'avoir trahi la promesse initiale — une IA « pour l'humanité » — au profit d'un capitalisme classique. Le second répond que sans cette mutation, OpenAI n'aurait jamais eu les moyens de produire ChatGPT. Les deux ont raison, et c'est précisément ce qui rend l'audience pénible : on assiste moins à un duel d'idées qu'à une querelle de propriétaires sur un actif devenu colossal.
Pendant ce temps, l'Europe légifère, la Chine industrialise, et les juges californiens vont décider de la structure juridique d'une entreprise qui façonne déjà nos outils de travail. Voilà où nous en sommes : la régulation de l'IA mondiale dépend partiellement d'une bataille d'ego entre deux milliardaires.
Bolloré, Lagardère et la commission qui n'en était pas une
Le rapport de la commission d'enquête sur l'audiovisuel public du député UDR Charles Alloncle est soumis au vote ce lundi. Selon les informations du Monde, la direction des affaires institutionnelles du groupe Lagardère, contrôlé par Vincent Bolloré, a envoyé des listes de questions à des députés avant leurs auditions. Pas une suggestion polie : des questions formulées, prêtes à l'emploi, dans la même tonalité hostile qui a traversé les 67 auditions.
L'information mérite qu'on s'arrête. Une commission parlementaire est censée représenter le pouvoir législatif, pas servir de relais à un groupe privé en concurrence directe avec le service public qu'elle interroge. Libération rapporte le ressenti côté Radio France et France Télévisions : « On a été mis sur la place publique comme des condamnés devant l'échafaud. » Les syndicats redoutent les répercussions politiques. Ils ont des raisons.
L'enjeu économique est massif. L'audiovisuel public pèse plusieurs milliards d'euros de financement annuel, et son redécoupage — voire son démantèlement — libérerait un espace publicitaire et éditorial dont les groupes privés sont les premiers bénéficiaires potentiels. Que des intérêts privés cherchent à orienter une enquête publique n'est pas une surprise. Que cela se fasse par écrit, traçable, et que ça finisse dans Le Monde, l'est davantage.
Le Medef veut graver le déficit dans la Constitution
Patrick Martin, patron du Medef, a écrit au Premier ministre. L'organisation patronale propose de réviser en profondeur la procédure budgétaire et, surtout, d'inscrire dans la Constitution une limite au déficit structurel — c'est-à-dire hors effet de la conjoncture. Sur le papier, l'idée a une logique : éviter que chaque alternance politique ne se traduise par une dérive comptable.
En pratique, cela revient à constitutionnaliser une politique économique. Les gouvernements futurs auraient les mains liées non par les électeurs, mais par un texte fondamental. La gauche y verra une mise sous tutelle de la dépense publique. La droite y verra une discipline saine. Le débat est légitime — il est aussi profondément politique, et l'écrire dans la Constitution, c'est précisément éviter ce débat.
À noter : la proposition arrive alors que l'État cherche désespérément des marges de manœuvre budgétaires et que les partenaires sociaux sont déjà en tension sur la réforme de l'assurance-chômage et des retraites. Le timing n'est jamais innocent.
Transavia, le kérosène et le Moyen-Orient
La compagnie low-cost annule « moins de 2 % » de son programme mai-juin, selon un porte-parole cité par Le Monde, en raison du prix du kérosène. La cause est connue : Le Monde rapporte que la guerre au Moyen-Orient aiguise l'appétit des majors pétrolières pour de nouveaux gisements, le Brent ayant grimpé. Les compagnies aériennes, elles, ne stockent pas dix ans de carburant. Elles encaissent. Et coupent les vols les moins rentables.
C'est le rappel discret que la géopolitique se paie au comptant — et que le passager d'Orly verra d'abord son vol Marseille annulé avant de comprendre qu'un baril, à des milliers de kilomètres, vient de bouger.
Ce qu'il faut retenir
L'IA mondiale se joue au tribunal, l'audiovisuel public en commission noyautée, la discipline budgétaire dans la Constitution, et nos vols low-cost dans un baril de Brent. Quatre dossiers, une même mécanique : l'économie n'est jamais qu'un rapport de force. Et lundi, les rapports de force étaient à découvert.