Moyen-Orient en feu, escroqueries d'État : la France regarde ailleurs

Nouveaux tirs Iran-Israël, fraude à MaPrimeRénov’ : quand la géopolitique et les défaillances étatiques révèlent l’impuissance française.

Moyen-Orient en feu, escroqueries d'État : la France regarde ailleurs
Photo de PH romao sur Unsplash

La France se réveille ce lundi avec deux incendies aux portes de son indifférence : l’un à 3 000 kilomètres, l’autre dans ses propres administrations. D’un côté, l’Iran et Israël échangent des missiles comme on se lance des insultes dans un bar surchauffé, avec Donald Trump en arbitre autoproclamé qui murmure "calmez-vous, les gars" depuis son compte Truth Social. De l’autre, sept hommes comparaissent pour avoir détourné plus d’un million d’euros de MaPrimeRénov’, le fleuron des politiques écologiques françaises, en produisant 2 000 faux audits. Deux crises, une même question : où est passée la France quand le monde s’embrase et que ses propres dispositifs deviennent des passoires ?

Moyen-Orient : la guerre qui n’intéresse plus personne

Les missiles iraniens sur Tel-Aviv et les frappes israéliennes en retour ne sont plus des breaking news – juste une routine macabre, comme si le conflit avait intégré le paysage médiatique au même titre que la météo. Pourtant, cette escalade marque un tournant : pour la première fois depuis le cessez-le-feu d’avril, les deux pays s’affrontent directement, sans intermédiaire. Le Hezbollah, la Syrie, les milices irakiennes ? Cette fois, c’est entre Téhéran et Jérusalem, en face à face.

Et la France ? Absente. Pas un communiqué du Quai d’Orsay ce lundi matin, pas une déclaration de Gabriel Attal, pas même un tweet de Rachida Dati pour rappeler que "la diplomatie, c’est comme le vélo, ça se pratique". La dernière fois que Paris a joué les médiateurs au Moyen-Orient, c’était en 2023, quand Emmanuel Macron avait tenté de calmer Netanyahu après des raids sur Gaza. Depuis, la France a rangé ses ambitions diplomatiques au placard, préférant se concentrer sur ses propres fractures – Nouvelle-Calédonie, immigration, pouvoir d’achat – comme si le monde pouvait attendre.

Pourtant, cette guerre-là concerne directement l’Europe. Les drones iraniens survolent déjà la Roumanie et la Bulgarie, testant les défenses de l’OTAN. Les prix du pétrole flambent, et avec eux, l’inflation en France. Mais à Paris, on préfère regarder ailleurs. "La France n’a plus les moyens de ses ambitions", résumait un diplomate européen au Monde la semaine dernière. Traduction : on a choisi de ne plus en avoir.

MaPrimeRénov’ : l’arnaque qui révèle l’État en miettes

Pendant ce temps, dans un tribunal parisien, sept hommes attendent leur verdict pour avoir transformé MaPrimeRénov’ en distributeur automatique de cash. Leur méthode ? Des faux audits énergétiques, des factures bidon, et un million d’euros détournés en quelques semaines. Le plus ironique ? Ce système, censé accélérer la transition écologique, était si mal sécurisé qu’il est devenu une aubaine pour les escrocs.

Le gouvernement a beau vanter les "10 milliards d’euros investis dans la rénovation", la réalité est moins reluisante. En 2025, l’Inspection générale des finances (IGF) avait déjà tiré la sonnette d’alarme : "Risques majeurs de fraude" dans les dispositifs de subventions publiques. Personne n’a écouté. Résultat : aujourd’hui, MaPrimeRénov’ est devenu un symbole de l’État incapable de protéger ses propres politiques.

Pire encore, cette escroquerie n’est pas un cas isolé. En 2024, les fraudes aux aides sociales ont coûté 1,2 milliard d’euros à la Sécurité sociale. Les faux chômeurs ? 500 millions d’euros par an. Les fraudes fiscales des ultra-riches ? Entre 80 et 100 milliards, selon le Syndicat national unifié des impôts. Mais c’est toujours sur les petits escrocs – ceux qui détournent quelques milliers d’euros – que l’État tape le plus fort. Comme si la fraude à grande échelle, celle des multinationales ou des paradis fiscaux, était trop complexe à combattre.

La France, spectatrice de son propre déclin ?

Ces deux crises, l’une géopolitique, l’autre systémique, ont un point commun : elles révèlent une France qui a perdu le contrôle. À l’international, elle regarde le Moyen-Orient s’embraser sans réagir, comme si sa voix ne comptait plus. En interne, elle laisse ses dispositifs sociaux et écologiques devenir des passoires, sans même tenter de les colmater.

Le plus inquiétant ? Personne ne semble s’en émouvoir. Les médias parlent plus de la fin de Roland-Garros ou des déclarations de Mélenchon que de ces sujets qui, pourtant, engagent l’avenir du pays. Comme si la France avait choisi de se replier sur elle-même, préférant les polémiques stériles aux vrais défis.

Pourtant, ces incendies-là ne s’éteindront pas tout seuls. Le Moyen-Orient peut basculer dans une guerre régionale à tout moment. Et les fraudes aux aides publiques, si elles ne sont pas endiguées, finiront par tuer la confiance dans l’État. La question n’est plus de savoir si la France va réagir, mais quand – et à quel prix.