Moulay El Hassan aux FAR : le foot marocain dans l'ombre d'un héritier
Le prince héritier nommé coordinateur de l'État-Major des FAR. Entre symboles monarchiques et réalités sportives, le Maroc joue une partition où le ballon rond devient un enjeu de pouvoir.
Le Maroc a deux équipes nationales. L’une, les Lions de l’Atlas, fait vibrer les stades et rêver les foules. L’autre, invisible mais omniprésente, s’appelle l’État-Major des Forces Armées Royales (FAR). Ce dimanche 3 mai 2026, le roi Mohammed VI a officialisé ce que tout le monde savait déjà : son fils, le prince héritier Moulay El Hassan, devient le coordinateur des bureaux et services des FAR. Une nomination qui résonne bien au-delà des casernes. Car au Maroc, le sport n’est jamais loin du pouvoir. Et le pouvoir, lui, ne lâche jamais le sport.
L’héritier et les soldats : une tradition bien huilée
Depuis 1985, Mohammed VI lui-même occupait ce poste avant d’accéder au trône. Trente-neuf ans plus tard, l’histoire se répète. Moulay El Hassan, 23 ans, reprend le flambeau. Officiellement, il s’agit d’une "coordination technique". Dans les faits, c’est une immersion totale dans l’appareil militaire, pierre angulaire du régime marocain. Les FAR ne sont pas qu’une armée : elles sont un acteur économique, un outil de soft power, et surtout, un vivier sportif.
L’AS FAR, club phare des Forces Armées, domine historiquement la Botola Pro D1. Cette saison encore, malgré un match nul contre l’Ittihad Tanger prévu ce soir (21h00), le club reste en lice pour le titre. Mais derrière les résultats sportifs se cache une réalité moins glamour : celle d’un football marocain où l’institution militaire pèse plus lourd que les transferts ou les tactiques.
Botola : le championnat des ombres
Ce week-end, la 18e journée de la Botola a offert son lot de surprises – ou plutôt, de confirmations. Le COD Meknès et le Maghreb de Fès se sont neutralisés (0-0), laissant le MAS de Fès seul en tête avec 38 points. Mais l’attention se porte surtout sur les clubs liés aux institutions : l’AS FAR, le Wydad (proche des milieux royalistes), et le Raja (historiquement ancré dans les milieux populaires).
Le football marocain est un miroir des équilibres politiques. Les clubs ne sont pas de simples équipes : ce sont des vitrines. Quand l’AS FAR performe, c’est l’image des FAR – et donc de la monarchie – qui en sort renforcée. Quand le Wydad ou le Raja brillent, c’est une autre forme de légitimité qui s’exprime. Et quand un club comme le Kawkab Marrakech, en difficulté cette saison, s’enfonce, c’est tout un écosystème local qui vacille.
La nomination de Moulay El Hassan intervient dans un contexte particulier. Le Maroc prépare le Mondial 2026 (co-organisé avec les États-Unis et le Canada), et la Coupe du Monde 2030, dont il est candidat avec l’Espagne et le Portugal. Deux événements qui placent le pays sous les projecteurs – et sous pression. Dans ce jeu, les FAR ne sont pas un acteur neutre. Elles fournissent des infrastructures, des joueurs (comme l’international Achraf Hakimi, passé par leur centre de formation), et surtout, une caution symbolique.
Le foot comme outil de pouvoir : le cas des FAR
Les Forces Armées Royales ne sont pas un club comme les autres. Elles bénéficient de financements publics, d’un accès privilégié aux talents, et d’une aura qui dépasse le sport. Leur domination dans la Botola n’est pas le fruit du hasard : c’est le résultat d’une stratégie où le football sert à la fois de divertissement et de contrôle social.
Prenez l’exemple de l’AS FAR. Le club a remporté 12 titres de champion du Maroc, dont le dernier en 2023. Ses joueurs sont souvent issus des rangs militaires ou recrutés parmi les meilleurs espoirs du pays. Une fois enrôlés, ils bénéficient d’un statut hybride : sportifs de haut niveau, mais aussi soldats. Une double casquette qui rappelle que, au Maroc, le sport et l’État ne font qu’un.
Cette saison, l’AS FAR est en difficulté. Un match nul contre l’Ittihad Tanger ce soir pourrait compromettre ses ambitions. Une contre-performance qui, si elle se confirme, pourrait être interprétée comme un signe de faiblesse – non pas du club, mais de l’institution qu’il représente.
Hassan El Fad et l’humour comme résistance (ou soumission ?)
Pendant ce temps, sur les planches, un autre Maroc s’exprime. L’humoriste Hassan El Fad, interviewé par Hespress, rappelle que le rire, au Maroc, n’est jamais innocent. "L’humour est un acte sérieux", dit-il. Une phrase qui résonne comme un avertissement.
El Fad insiste sur la crédibilité des personnages comiques, sur la nécessité de coller au réel. Mais dans un pays où le football est un exutoire – et où les FAR en sont un acteur central –, la question se pose : jusqu’où peut-on rire sans toucher aux lignes rouges ? Le sport, comme l’humour, est un terrain miné. Un faux pas, et c’est la chute.
Ce qu’il faut retenir : un prince, un ballon, un pays
La nomination de Moulay El Hassan à la tête des FAR n’est pas qu’une passation de pouvoir. C’est un message. Un rappel que, au Maroc, les institutions militaires et sportives sont indissociables. Que le football n’est pas qu’un jeu, mais un enjeu de souveraineté.
Ce dimanche, alors que les supporters marocains suivent les résultats de la Botola, ils devraient aussi jeter un œil du côté des casernes. Car c’est là, dans l’ombre des généraux, que se joue une partie de l’avenir du sport marocain. Et peut-être, aussi, celui du pays.