Maroc : mémoire oubliée de la Grande Mosquée de Paris et tensions au Golfe
Centenaire de la Grande Mosquée de Paris : le Maroc réclame sa place dans l’histoire. Au Golfe, Trump renonce à sa taxe sur Ormuz, mais les tensions persistent.
La Grande Mosquée de Paris, un centenaire sous silence marocain
Le 15 juillet 2026 marque le centenaire de la Grande Mosquée de Paris, inaugurée en 1926 en hommage aux soldats musulmans morts pour la France pendant la Première Guerre mondiale. Pourtant, derrière les célébrations officielles, une mémoire se fait discrète : celle du rôle fondateur du Maroc dans la genèse de ce monument. Selon Hespress, qui publie une enquête historique, le financement, la conception architecturale et même le choix des artisans ont été largement portés par le Makhzen chérifien et des mécènes marocains. Les archives consultées par le média révèlent que le sultan Moulay Youssef avait personnellement contribué à hauteur de 500 000 francs-or – une somme colossale pour l’époque – et que des artisans de Fès avaient été dépêchés pour réaliser les zelliges et les boiseries.
Pourtant, depuis les années 1950, la gestion de la mosquée a été transférée à l’Algérie, effaçant progressivement cette filiation marocaine des récits officiels. "Il ne s’agit pas de revendiquer une propriété, mais de rétablir une vérité historique", souligne un historien cité par Hespress. Ce silence institutionnel interroge, d’autant que le Maroc a récemment renforcé sa diplomatie culturelle en Europe, comme en témoignent les expositions sur Al-Andalus ou les accords de coopération éducative avec l’Espagne.
À l’heure où la France cherche à apaiser les tensions avec ses partenaires maghrébins, ce centenaire pourrait être l’occasion de rééquilibrer les récits. Mais pour l’instant, aucune déclaration officielle marocaine n’a été enregistrée, laissant planer le doute sur une éventuelle volonté de réouverture du dossier.
Trump recule sur la taxe d’Ormuz, mais le Golfe reste sous pression
Le président américain Donald Trump a annoncé mardi 14 juillet l’abandon de son projet de taxe de 20 % sur les cargaisons transitant par le détroit d’Ormuz. Initialement présentée comme une mesure de "protection" des intérêts américains face aux menaces iraniennes, cette proposition avait suscité une levée de boucliers parmi les pays du Golfe et les partenaires commerciaux des États-Unis. Selon Hespress, qui relaie la déclaration de Trump sur Truth Social, le revirement s’explique par des "discussions très productives" avec les dirigeants du Conseil de coopération du Golfe (CCG). À la place de la taxe, Washington mise désormais sur des "accords commerciaux et d’investissements" avec les monarchies pétrolières.
Ce recul apparent ne doit pas masquer la persistance des tensions dans la région. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite près d’un tiers du pétrole mondial, reste un point de friction entre l’Iran et les États-Unis. En juin 2026, plusieurs incidents impliquant des pétroliers avaient ravivé les craintes d’un blocus, poussant l’administration Trump à envisager des mesures radicales. Si la taxe a été abandonnée, le président américain a réaffirmé sa volonté d’imposer un "blocus total" à l’Iran en cas de nouvelles provocations, une rhétorique qui maintient la région sous haute tension.
Pour le Maroc, ces développements géopolitiques ont des répercussions indirectes mais réelles. Rabat entretient des relations économiques étroites avec les pays du Golfe, notamment dans les secteurs de l’énergie et des infrastructures. Une escalade des tensions pourrait perturber les flux commerciaux et les investissements, alors même que le royaume mise sur des partenariats stratégiques pour financer sa transition énergétique. Par ailleurs, le Maroc, qui préside actuellement le Comité Al-Qods, pourrait être amené à jouer un rôle de médiation, comme il l’a fait par le passé dans les crises régionales.
Contrôle renforcé sur les subventions aux associations : une réforme qui divise
Le ministère de l’Intérieur marocain a durci les règles d’attribution des subventions aux associations, dans un contexte marqué par des soupçons d’utilisation à des fins électorales. Selon des sources citées par Hespress, les autorités territoriales ont été invitées à accélérer la tenue de réunions avec les commissions chargées des activités culturelles et sportives, afin de valider les listes des bénéficiaires avant la fin du mois de juillet. Les régions de Casablanca-Settat et Rabat-Salé-Kénitra sont particulièrement visées par cette mesure, qui s’inscrit dans une volonté plus large de transparence.
Cette réforme intervient après plusieurs affaires ayant émaillé les dernières élections locales, où des associations avaient été accusées de servir de relais à des partis politiques. Pourtant, elle suscite des critiques parmi les acteurs de la société civile, qui y voient une tentative de museler les initiatives indépendantes. "Les délais imposés sont trop courts pour permettre un examen sérieux des dossiers", déplore un responsable associatif contacté par Hespress. Certains craignent également que cette mesure ne profite qu’aux structures proches des pouvoirs locaux, au détriment des petites associations engagées dans des causes sociales ou environnementales.
Le timing de cette réforme interroge : elle intervient alors que le Maroc prépare une série de grands chantiers, notamment dans le domaine de l’économie sociale et solidaire, où les associations jouent un rôle clé. Dans un éditorial publié par Aujourd’hui le Maroc, le journal souligne que le pays a besoin d’un "écosystème associatif dynamique" pour accompagner ses réformes économiques. Reste à savoir si ce contrôle accru servira la transparence ou, au contraire, affaiblira un secteur déjà fragilisé par les restrictions budgétaires.
Ce qu’il faut retenir
- Mémoire et diplomatie : Le centenaire de la Grande Mosquée de Paris révèle l’effacement progressif du rôle historique du Maroc dans sa construction. Une occasion manquée pour Rabat de réaffirmer son influence culturelle en Europe, alors que la France cherche à apaiser ses relations avec le Maghreb.
- Golfe : l’escalade évitée, mais les risques persistent : L’abandon de la taxe sur le détroit d’Ormuz par Donald Trump marque un recul tactique, mais la région reste sous la menace d’un blocus iranien. Pour le Maroc, ces tensions pourraient fragiliser ses partenariats économiques avec les monarchies du Golfe.
- Société civile sous pression : Le durcissement des règles sur les subventions aux associations reflète une volonté de moralisation, mais risque d’étouffer les initiatives locales. Un équilibre délicat à trouver pour un pays qui mise sur l’économie sociale comme levier de développement.