Mondial 2030 : le Maroc et l'Espagne préparent leur candidature dans l'ombre

La Coupe du monde 2030 se prépare en coulisses entre Rabat et Madrid, avec des contacts dès 2018 révélés par El País. Analyse des enjeux sportifs et diplomatiques.

Mondial 2030 : le Maroc et l'Espagne préparent leur candidature dans l'ombre
Photo de Victoria Prymak sur Unsplash

Le Mondial 2030 se joue déjà dans les coulisses maroco-espagnoles

La finale de la Coupe du monde 2026 n’a pas encore eu lieu que les regards se tournent déjà vers 2030. Une révélation du quotidien espagnol El País lève le voile sur les prémices de la candidature conjointe du Maroc, de l’Espagne et du Portugal, bien plus ancienne qu’annoncée officiellement. Des échanges entre responsables des deux côtés du détroit de Gibraltar, remontant à 2018, montrent que le projet a germé dans l’ombre bien avant son lancement public en 2023.

Selon les documents consultés par le journal, ces discussions informelles auraient impliqué Luis Rubiales, alors président de la Fédération espagnole de football, et Karima Benyaich, ambassadrice du Maroc en Espagne. À l’époque, la candidature était encore présentée comme une initiative strictement ibérique, portée par Madrid et Lisbonne. La dimension marocaine, aujourd’hui centrale, n’a été intégrée que plus tard, après des négociations discrètes dont les détails restent à éclaircir. Cette chronologie révèle une stratégie de maturation progressive, où le Maroc a su s’imposer comme un partenaire incontournable, au-delà du simple rôle de co-organisateur.


Une candidature qui dépasse le cadre sportif

L’organisation d’un Mondial est rarement une affaire purement footballistique. Pour le Maroc, cette candidature s’inscrit dans une dynamique plus large de soft power, après la performance historique des Lions de l’Atlas lors du Mondial 2022 au Qatar, où ils avaient atteint les demi-finales. La Coupe du monde 2026, bien que moins glorieuse pour la sélection nationale, a confirmé l’attractivité du pays comme destination footballistique, avec des infrastructures modernes et une ferveur populaire sans équivalent en Afrique.

Côté espagnol, l’enjeu est différent. Après l’élimination prématurée de la Roja en 2026, la Fédération cherche à redorer son blason en associant son nom à un événement d’envergure. La candidature 2030 offre une opportunité de relance, d’autant que l’Espagne n’a plus organisé de Mondial depuis 1982. Le Portugal, quant à lui, mise sur ce projet pour consolider son statut de petit pays capable de peser dans le football mondial, comme il l’avait fait avec l’Euro 2004.

Mais au-delà des calculs sportifs, c’est la dimension géopolitique qui retient l’attention. Une candidature tripartite Maroc-Espagne-Portugal serait une première dans l’histoire de la FIFA, et un symbole fort de coopération entre l’Europe et l’Afrique. Elle pourrait aussi servir de contrepoids aux candidatures concurrentes, comme celle de l’Arabie saoudite, dont les ambitions footballistiques suscitent des débats éthiques et politiques.


Les défis d’une organisation transcontinentale

Si la candidature est officiellement déposée, elle devra surmonter plusieurs obstacles. Le premier est logistique : organiser une Coupe du monde sur trois pays, dont deux continents, pose des questions inédites en termes de déplacement des équipes, de sécurité et de billetterie. La FIFA, qui a déjà étendu le format du Mondial 2026 à 48 équipes, pourrait se montrer réticente à ajouter une complexité supplémentaire.

Le deuxième défi est diplomatique. Les relations entre le Maroc et l’Espagne, bien que stabilisées ces dernières années, restent marquées par des tensions récurrentes, notamment sur la question du Sahara occidental. Une candidature commune suppose une coordination sans faille entre Rabat et Madrid, ce qui n’est pas acquis. Les révélations d’El País montrent d’ailleurs que les premiers contacts ont été menés de manière informelle, sans cadre institutionnel clair.

Enfin, il y a la question financière. Le coût d’organisation d’un Mondial est colossal – plus de 15 milliards de dollars pour la Russie en 2018, près de 20 milliards pour le Qatar en 2022. Si le Maroc et l’Espagne peuvent compter sur des infrastructures existantes, comme le stade Ibn Batouta de Tanger ou le Santiago Bernabéu de Madrid, des investissements supplémentaires seront nécessaires, notamment pour moderniser les stades portugais et marocains. La répartition des coûts et des bénéfices entre les trois pays sera un sujet sensible, d’autant que le modèle économique du Mondial a été critiqué pour son opacité et ses retombées limitées pour les populations locales.


Ce qu’il faut retenir

  1. Une candidature née dans l’ombre : Les premiers contacts entre le Maroc et l’Espagne pour le Mondial 2030 remontent à 2018, bien avant l’annonce officielle de 2023. Cette révélation montre que le projet a été mûri discrètement, avec une montée en puissance progressive du rôle marocain.
  2. Un enjeu qui dépasse le sport : Pour le Maroc, cette candidature est un prolongement de sa stratégie de soft power, après les succès de 2022. Pour l’Espagne, c’est une opportunité de relance après une Coupe du monde 2026 décevante. Le Portugal, lui, mise sur ce projet pour confirmer son statut de nation footballistique influente.
  3. Des défis logistiques et diplomatiques : Organiser un Mondial sur trois pays et deux continents pose des questions inédites. La coordination entre Rabat et Madrid, malgré des relations apaisées, reste un point de vigilance. La répartition des coûts et des bénéfices sera également un sujet clé.
  4. Une candidature sous le feu des critiques : La concurrence sera rude, notamment avec l’Arabie saoudite, dont la candidature soulève des questions éthiques. Le trio Maroc-Espagne-Portugal devra convaincre la FIFA de sa viabilité, alors que l’instance a déjà étendu le format du Mondial 2026 à 48 équipes.

Alors que la finale du Mondial 2026 se profile entre l’Espagne et l’Argentine, les regards se tournent déjà vers 2030. Pour le Maroc, cette candidature est une nouvelle étape dans sa quête de reconnaissance footballistique. Pour l’Espagne, c’est une chance de tourner la page d’un cycle décevant. Reste à savoir si les trois pays parviendront à transformer l’essai, dans un contexte où les enjeux sportifs se mêlent étroitement aux calculs géopolitiques.