Culture : Michel-Ange, Halimi, Rolling Stones — le passé nous rattrape

Du Louvre au théâtre du Splendid, la culture française revisite ses monuments. Michel-Ange face à Rodin, Halimi à Bobigny, les Stones incognito.

Culture : Michel-Ange, Halimi, Rolling Stones — le passé nous rattrape
Photo de Julian irigoyen sur Unsplash

Revue de presse du 12 avril 2026
Dernière mise à jour : 20:45

Ce dimanche, la culture française a décidé de regarder en arrière. Pas par nostalgie — par nécessité. Quand le Louvre rapproche Michel-Ange et Rodin, quand le théâtre ressuscite Gisèle Halimi à Bobigny, quand les Rolling Stones se déguisent en cafards pour sortir un titre, c'est le même geste : fouiller le passé pour dire quelque chose du présent.

Pourquoi le Louvre confronte-t-il Michel-Ange à Rodin ?

Quatre siècles les séparent. Tout devrait les opposer. Et pourtant, le Louvre a fait le pari de les réunir dans une exposition qui, selon Le Figaro, met en lumière leur « amour puissant envers la nature, les antiques et l'humanité selon Dante ». Michel-Ange, ciseleur de marbre florentin. Rodin, maître modeleur parisien. L'un taille, l'autre modèle. L'un cherche la forme dans le bloc, l'autre la fait émerger de la terre.

Le rapprochement n'est pas qu'esthétique. Il pose une question que les musées français esquivent trop souvent : qu'est-ce qui relie vraiment les artistes à travers les siècles ? Pas les techniques. Pas les époques. L'obsession du corps humain comme territoire politique. Chez Michel-Ange, le corps est théologique. Chez Rodin, il devient charnel, torturé, moderne. Le Louvre invite à voir la filiation — et la rupture.

Le procès de Bobigny : Halimi toujours d'actualité ?

Quatre nominations aux Molières. Ce n'est pas anodin. La pièce de Barbara Lamballais et Karina Testa, qui revisite le procès de Bobigny de 1972, touche manifestement un nerf. Au théâtre du Splendid, Gisèle Halimi reprend vie dans ce « procès politique » — ses mots — qui a fait basculer la France vers la légalisation de l'avortement.

Pourquoi ce retour sur scène maintenant ? Parce que le droit des femmes à disposer de leur corps, constitutionnalisé en France en 2024, reste contesté ailleurs. Parce que la figure de Halimi — avocate, militante, femme politique — incarne un type d'engagement qui manque cruellement au débat public actuel. Le théâtre fait ici ce que le discours politique ne sait plus faire : rappeler que les droits acquis l'ont été dans la douleur, et qu'ils ne se conservent pas par inertie.

Les Rolling Stones en cafards : coup marketing ou pied de nez générationnel ?

L'affaire est savoureuse. Les Rolling Stones ont sorti un vinyle sous le pseudonyme « The Cockroaches » — les cafards. Le Figaro a écouté Rough & Twisted, ce « vrai faux nouveau titre ». À 80 ans passés, Jagger et Richards jouent encore à se déguiser.

Le geste n'est pas innocent. Dans une industrie musicale obsédée par l'algorithme, le stream, la viralité TikTok, les vétérans du rock anglais choisissent le vinyle et l'anonymat. C'est un doigt levé — élégant — vers l'époque. Comme pour dire : la musique, ça se découvre, ça ne se prescrit pas. Reste à savoir si le morceau tient la route ou si c'est l'emballage qui fait tout le spectacle.

Le superéthanol à 75 centimes : la transition par le portefeuille

On quitte la culture, on entre dans le quotidien — mais les deux se rejoignent. Selon Le Monde, les garagistes d'Angers et de ses environs enregistrent un afflux de demandes pour l'installation de boîtiers éthanol. La raison tient en un chiffre : 75 centimes le litre de superéthanol, contre des prix à la pompe qui flambent.

Pas de grand discours écologique ici. Pas de militantisme vert. Juste des automobilistes qui font leurs comptes. La transition énergétique progresse — mais par le porte-monnaie, pas par la conviction. C'est à la fois rassurant (ça avance) et inquiétant (que se passe-t-il quand les prix se réalignent ?). Le boîtier éthanol est devenu l'objet-symbole d'une France qui veut bien changer, à condition que ça coûte moins cher.


Ce dimanche culturel raconte une France qui cherche ses repères dans le rétroviseur. Michel-Ange pour penser la sculpture, Halimi pour défendre les droits, les Stones pour résister à l'époque, l'éthanol pour boucler les fins de mois. Le passé n'est pas un refuge. C'est une boussole — à condition de ne pas confondre la direction et le chemin.