Meloni-Macron : quand l’extrême droite italienne dicte l’agenda européen

À Antibes, Macron et Meloni jouent la normalisation. Mais derrière les sourires, l’Italie impose ses thèmes : migration, défense, énergie. L’Europe se droitise-t-elle par procuration ?

Meloni-Macron : quand l’extrême droite italienne dicte l’agenda européen
Photo de Nico Ruge sur Unsplash

Le sommet d’Antibes, ou l’art de la normalisation forcée

Ce jeudi, Emmanuel Macron reçoit Giorgia Meloni à Antibes pour un sommet bilatéral qui sent le désespoir diplomatique. Quatre ans après l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite italienne, la France se résout enfin à « normaliser » une relation qui n’a jamais été aussi tendue. Officiellement, on parle défense, énergie, transports. Officieusement, Macron joue sa dernière carte avant 2027 : éviter que l’Europe ne bascule tout entière dans le camp souverainiste.

Le problème ? Meloni n’a pas besoin de la France pour exister sur la scène européenne. Elle a déjà son réseau : Orban en Hongrie, le PiS en Pologne (avant sa chute), et bientôt peut-être un allié de poids en France même. Car si Macron est en fin de mandat, Meloni, elle, est en pleine ascension. Son parti, Fratelli d’Italia, caracole en tête des sondages en Italie, et son modèle – populisme light, nationalisme économique, durcissement migratoire – fait des émules bien au-delà des Alpes.

À Antibes, les deux dirigeants vont donc jouer la comédie des convergences. Mais derrière les sourires de façade, une réalité s’impose : c’est Meloni qui dicte l’agenda. Et cet agenda, c’est celui d’une Europe qui se droitise, pas à pas, sans même avoir besoin d’une victoire électorale en France.


Migration : quand l’Italie impose sa loi à l’Europe

Le sujet qui fâche, c’est la migration. Meloni en a fait son cheval de bataille, et Macron, coincé entre une opinion publique de plus en plus hostile et une gauche divisée, n’a plus les moyens de résister. L’Italie a déjà obtenu gain de cause sur plusieurs points : externalisation des demandes d’asile, durcissement des conditions d’accueil, et surtout, une politique de fermeté qui sert de modèle à toute l’Europe.

Pire : la France, qui critiquait vertement les méthodes italiennes il y a encore deux ans, a fini par s’aligner. La loi « immigration » de 2023, avec ses quotas et ses expulsions accélérées, en est la preuve. À Antibes, Macron va sans doute vanter une « approche équilibrée ». Meloni, elle, n’aura qu’à sourire : son discours a gagné.

Et ce n’est qu’un début. Si le RN arrive au pouvoir en 2027, l’Italie aura un allié de poids pour verrouiller définitivement les frontières européennes. Meloni le sait. Macron aussi. D’où ce sommet : un dernier baroud d’honneur avant que la France ne devienne, elle aussi, un pays où l’extrême droite donne le ton.


Défense et énergie : les faux-semblants de la souveraineté européenne

Autre sujet de discussion : la défense et l’énergie. Là encore, Meloni arrive en position de force. L’Italie a su jouer la carte de la realpolitik : rapprochement avec les États-Unis sur la défense, mais sans rompre avec la Chine sur les infrastructures. Son projet de gazoduc avec l’Algérie et la Tunisie, présenté comme une alternative au gaz russe, est un coup de maître géopolitique.

Macron, lui, est coincé. La France, qui misait sur une autonomie stratégique européenne, se retrouve dépendante des choix italiens. Le sommet d’Antibes sera l’occasion de vanter une « coopération renforcée », mais tout le monde sait que l’Italie a déjà gagné la partie. Elle a réussi à imposer ses priorités : sécurité énergétique d’abord, indépendance européenne ensuite.

Quant à la défense, Meloni a une longueur d’avance. Son gouvernement a accéléré les commandes d’avions F-35 américains, tout en maintenant des liens étroits avec l’OTAN. La France, qui rêvait d’une Europe de la défense, doit se contenter de suivre. À Antibes, Macron parlera sans doute de « complémentarité ». Meloni, elle, parlera de résultats.


2027 : l’Europe face au risque d’un basculement

Le vrai enjeu de ce sommet, c’est 2027. Meloni sait que Macron est un président affaibli, et que la France pourrait basculer à l’extrême droite d’ici un an. Son calcul est simple : si le RN gagne, l’Europe aura deux poids lourds souverainistes – la France et l’Italie – capables de bloquer toute avancée fédérale.

Les partenaires européens regardent ce sommet avec inquiétude. Selon Le Monde, les capitales européennes s’alarment déjà des conséquences d’une victoire du RN. Une France dirigée par Jordan Bardella signifierait la fin du couple franco-allemand, et l’avènement d’une Europe où l’Italie de Meloni deviendrait le nouveau centre de gravité.

Macron, lui, joue la montre. À Antibes, il va tenter de rassurer : la France reste un pays pro-européen, la coopération franco-italienne est « solide ». Mais tout le monde sait que ces mots sonnent creux. Meloni, elle, n’a pas besoin de rassurer. Elle a déjà gagné.


Ce qu’il faut retenir

  1. Un sommet sous tension : Macron et Meloni jouent la normalisation, mais l’Italie impose ses thèmes – migration, défense, énergie.
  2. La migration, sujet clé : La France a déjà adopté des mesures inspirées par l’Italie. Si le RN gagne en 2027, l’Europe basculera.
  3. Défense et énergie : l’Italie mène la danse : Meloni a su jouer la carte américaine sans rompre avec la Chine. La France, elle, suit.
  4. 2027, année charnière : Une victoire du RN en France ferait de Meloni la nouvelle leader de l’Europe souverainiste.

À Antibes, ce jeudi, ce n’est pas seulement un sommet bilatéral qui se joue. C’est l’avenir de l’Europe. Et pour l’instant, c’est Meloni qui tient les rênes.